Alors que la Coupe du monde de football commence ce jeudi 11 juin, plusieurs députés dénoncent les ravages de l'addiction liée aux paris sportifs et portent des initatives visant à mieux encadrer ces jeux d'argent. Les mises devraient atteindre plus d'un milliard d'euros lors de la compétition dont le coup d'envoi sera donné ce soir sur le continent américain.
"Si nous voulons toutes et tous ramener la Coupe à la maison, il va aussi falloir ramener les publicitaires à la raison." Alors que la Coupe du monde de football débute ce jeudi au Mexique, une autre compétition s'apprête à faire rage en parallèle de la compétition qui va se jouer ballon au pied : celle des opérateurs de paris sportifs, qui ont prévu d'investir près de 800 millions d'euros en publicité cette année.
Un budget en hausse de 25 % par rapport à l'année précédente, qui se concentre en majorité sur une stratégie numérique, a confié au Parisien la présidente de l’Autorité nationale des jeux (ANJ), Isabelle Falque-Pierrotin. Et pour cause : les sites de paris ciblent avant tout les plus jeunes. "Les bookmakers pratiquent une politique mbappesque : 'moi, tu me parles pas d'âge'", a déploré le député Emmanuel Duplessy (Écologiste et social) lors des questions au gouvernement, mardi 9 juin, en référence à une déclaration de Kylian Mbappé passée à la postérité.
Selon l'élu écologiste, près de huit adolescents sur dix ont déjà été exposés à des publicités pour les jeux d'argent. Alors que les mises dans les paris sportifs ont été multipliées par trois en seulement cinq ans, elles pourraient atteindre 1,2 milliard d'euros durant la compétition, un record.
54 % des Français de moins de 35 ans ont l'intention de miser de l'argent sur un site de paris sportifs durant la Coupe du monde. Étude de Toluna-Harris Interactive pour l'Autorité nationale des jeux
"Nous entrons dans une période de risque très important", a reconnu la ministre des Sports, Marina Ferrari, lors d'une audition à l'Assemblée nationale le lendemain. Conscient du danger, le gouvernement va lancer une campagne de prévention sur le risque d'addiction, a-t-elle confirmé devant les députés, démentant des rumeurs de blocage parues dans la presse ces derniers jours. L'ANJ et l'Arcom (le régulateur de l'audiovisuel et du numérique) vont, en outre, mettre en place un observatoire durant l'évènement, pour en tirer les conséquences, a également indiqué Marina Ferrari.
Insuffisant, pour Emmanuel Duplessy, qui demande d'agir contre le "matraquage publicitaire". Le député du Loiret a déposé une proposition de loi inspirée de la loi Évin, pensée pour lutter contre le tabagisme et l'alcoolisme. Le texte interdit la publicité pour les paris sportifs pendant les matches et sur les réseaux sociaux. Il ambitionne aussi de mieux encadrer les contenus des opérateurs. Bref, forcer les bookmakers à arrêter de "faire croire qu'on peut mettre la daronne à l'abri en pariant sur le prochain buteur", a cinglé l'élu, reprenant le slogan publicitaire d'un gros site de paris sportifs.
Le coût pour la société des jeux d'argent est de 15 milliards d'euros par an, soit près de trois fois les recettes fiscales du secteur. Emmanuel Duplessy, député Écologiste et social
Autre axe du texte : combattre l'association systématique qui est faite entre le sport et les jeux d'argent, en empêchant le naming des stades, des compétitions, et surtout l'utilisation des joueurs, particulièrement célébrés par les jeunes parieurs. Un sujet qui crispe jusqu'au sein de l'équipe de France, Kylian Mbappé et Rayan Cherki, notamment, ayant récemment tiqué quant à l'utilisation de leur image, gérée par la Fédération française de football, pour faire la publicité d'un opérateur.
De son côté, Marina Ferrari a tenu à souligner que les diffuseurs français avaient pris l'engagement de ne pas diffuser de publicités liées à la promotion de paris sportifs pendant les "pauses fraîcheur", cette nouveauté de la Coupe du monde prévue pour coller davantage au marché publicitaire américain. L'ANJ - le régulateur des jeux - préfèrerait pour sa part qu'il n'y ait aucune publicité pour les paris sportifs dans une période allant de cinq minutes avant à cinq minutes après le coup de sifflet final d’un match.
Farida Amrani et Aly Diouara (La France insoumise), Alexis Corbière (Écologiste et social)... Plusieurs députés ont alerté la ministre contre les ravages de l'addiction aux paris sportifs. D'autres initiatives sont également portées dans le cadre de la proposition de loi sur l'organisation du sport professionnel. En commission, Belkhir Belhaddad (apparenté au groupe Socialistes) a fait adopter un amendement pour encadrer les mises des 18-25 ans, considérés comme davantage à risque que le reste de la population. Le texte sera examiné fin juin dans l'hémicycle... Un agenda qui ne lui permettra pas, en tout état de cause, d'entrer en vigueur pour cette édition de la Coupe du monde.