Papillomavirus: un député envisage la vaccination obligatoire si les collégiens ne sont pas assez protégés

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Crédits: Unsplash.
par Adèle Daumas, le Jeudi 21 mai 2026 à 06:35

Ce mercredi 20 mai, le député Michel Lauzzana (EPR) a présenté à la commission des affaires sociales son rapport sur l'évalution de la campagne de vaccination contre les infections à papillomavirus humains. S'il salue un premier bilan "positif", il se montre favorable à une réflexion sur son obligation si la France ne parvient pas au taux de 80 % de couverture vaccinale.

En France, chaque année, 6 400 nouveaux cas de cancers - dont la moitié concernent le col de l'utérus - sont imputables au papillomavirus humain, un virus aussi appelé HPV. Or, un vaccin "très efficace" et "sans effet secondaire grave et sans contre-indication" existe, pointe le député Michel Lauzzana (Ensemble pour la République). C'est pourquoi la France a lancé en 2024 une vaste campagne nationale de vaccination gratuite à destination des élèves de cinquième.

Deux ans plus tard, Michel Lauzzana a présenté ce mercredi 20 mai en commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale son rapport d'évaluation de cette campagne. Et souligné qu'elle a permis un véritable "bond dans la couverture vaccinale", bien que certains freins demeurent.

Combler le retard de la France 

Preuve de l'efficacité du vaccin contre le HPV : les pays qui ont réussi à atteindre une couverture vaccinale proche de 80 % comme l'Australie, la Suède ou le Danemark, "sont en train d’éradiquer le cancer du col de l’utérus", a salué l'élu du Lot-et-Garonne.

"Dans le PLFSS 2024, on a choisi d’emprunter avec 20 ans de retard par rapport à nos voisins européens la voie de la campagne de vaccination scolaire, la seule vraiment efficace pour toucher les publics éloignés du soin", a-t-il expliqué. Les premiers résultats sont positifs : la campagne de l'année 2023-2024 a entraîné une hausse de la couverture vaccinale des jeunes de 12 ans de 38 % à 52 % pour les filles, et 28 % à 48 % pour les garçons.

Le but est d'atteindre 80 % pour une immunisation collective. Michel Lauzzana (EPR)

Au-delà du bénéfice sanitaire évident, les finances publiques profiteront aussi de ce succès. Le vaccin, dont le prix unitaire est de 116 € la dose, est pris en charge à 100 % par la Sécurité sociale. Mais "le coût de ces campagnes, de 45 millions d’euros en 2023, est très inférieur au coût de traitement estimé des pathologies liées au HPV, au moins 250 millions par an", a relevé Michel Lauzzana.

Des freins demeurent

Toutefois, celui qui est médecin dans la vie civile a aussi noté que la campagne de l'année suivante a suscité davantage de refus de la part des familles. Il a observé également des résultats inégaux selon les territoires et les établissements.

En cause, des "freins organisationnels" comme des problèmes de calendrier entre les deux doses de vaccin, des difficultés techniques pour obtenir les autorisations parentales liées à leur dématérialisation, ou encore l'oubli fréquent des carnets de santé des élèves (dont la présentation est obligatoire au moment de la vaccination).

Enfin, et surtout, il a déploré une certaine "résistance psychologique" liée au doute quant à la nécessité de se faire immuniser. "On m'a rapporté l'étonnement de collégiens qui se demandent pourquoi ce vaccin n'est pas obligatoire s'il est vraiment aussi important, sûr et efficace qu'on le dit". 

Vers une obligation vaccinale ?

C'est pourquoi le parlementaire a expliqué se montrer favorable à "une réflexion sur le consentement inversé", c'est-à-dire une vaccination par défaut sauf en cas de refus explicite, voire "à l’obligation vaccinale si les taux de 80 % ne sont pas atteints". "Cela devrait être examiné dans les années qui viennent", a-t-il précisé.

Avec Madame Buzyn, on a voté l'obligation vaccinale pour 13 vaccins. C'est maintenant complètement entré dans les moeurs. Michel Lauzzana (EPR) 

Une réflexion partagée par le député Ecologiste et social Hendrik Davy qui s'est déclaré en faveur de l'obligation vaccinale, rappelant qu'"on parle de 1 100 décès par an" dans le cadre du cancer du col de l'utérus. Serge Muller (Rassemblement national) s'est dit, quant à lui, attaché au "volontariat". "Nous sommes ici dans une démarche de prévention et d'information, pas dans une logique de contrainte", a-t-il estimé.

En parallèle, Michel Lauzzana préconise de mettre l’accent sur "le rattrapage vaccinal pour les 15-26 ans" et de "saisir la Haute Autorité de Santé (HAS) pour ouvrir la vaccination dès 9 ans et pour une seule dose". Il insiste aussi sur la nécessité de "mieux embarquer les établissements privés sous contrat" et adapter les campagnes aux jeunes en situation de handicap.