Co-rapporteurs de la mission d'information "sur l’évolution du pouvoir d’achat en France depuis 2017", Thierry Benoit (apparenté Horizons) et Robert Le Bourgeois (Rassemblement national) livrent ce mercredi les conclusions de leurs travaux. Ils constatent notamment une progression "en trompe-l'oeil" du pouvoir d'achat depuis la première élection d'Emmanuel Macron, et des disparités marquées en fonction des territoires.
Si le pouvoir d'achat figure souvent en tête des préoccupations des Français dans les études d'opinion et enquêtes pré-électorales, il demeure une donnée difficile à appréhender. C'est en tout cas de ce constat que sont partis Thierry Benoit (apparenté Horizons) et Robert Le Bourgeois (Rassemblement national), tous deux à l'origine de la mission d'information consacrée à l’évolution du pouvoir d’achat en France depuis 2017.
Une balise temporelle qui n'a pas été choisie par hasard. Car si elle marque l'élection à la présidence de la République d'Emmanuel Macron, la période a été à partir de cette date jalonnée de crises successives en lien avec le pouvoir d'achat. Les co-rapporteurs évoquent ainsi "la crise des Gilets jaunes, le choc sanitaire de 2020-2021, le choc inflationniste". Ils précisent cependant n'avoir pas été en mesure de "suffisamment documenter les effets ou risques induits par la guerre des États-Unis en Iran".
C'est l'un des principaux constats du rapport : pour mener des politiques publiques en sa faveur, il faut d'abord être en capacité d'appréhender le pouvoir d'achat dans toutes ses dimensions. Robert Le Bourgeois et Thierry Benoit appellent aussi à "une réforme de la mesure du pouvoir d'achat et de la statistique publique". Sans remettre en cause la compétence des agents de l’Insee, ils estiment que des "corrections concrètes" sont nécessaires dans les choix méthodologiques, afin "d’aligner les pratiques françaises sur les standards européens".
Selon les deux co-rapporteurs, "l’intégration des loyers imputés dans le revenu disponible brut répond à une logique de comptabilité nationale, mais n’a pas sa place dans un indicateur destiné à mesurer l’évolution du niveau de vie vécu par les ménages". Ils préconisent ainsi de supprimer les loyers imputés du calcul du pouvoir d’achat.
Il existe en France un fossé devenu vertigineux entre les chiffres officiels du pouvoir d'achat, et le vécu de nos compatriotes qui décrivent un déclassement profond et durable. Robert Le Bourgeois (Rassemblement national)
Les députés proposent également de mettre en avant une pluralité d'indicateurs plus proches selon eux du vécu des Français, que le simple calcul du pouvoir d’achat par unité de consommation réalisé par l'Insee. Ils souhaitent par ailleurs "renforcer l’indépendance et la transparence de la statistique publique", alors que l'Insee demeure, depuis sa création en 1946, une direction générale attachée au ministère de l’Économie et des Finances.
Les députés rapportent que les chiffres officiels du pouvoir d’achat font apparaître une progression d’ensemble d’environ 13 % du revenu disponible brut (RDB) des ménages entre 2017 et 2024. Une hausse d’environ 9 % quand elle est rapportée au nombre d’unités de consommation.
"Ce bilan d’apparence favorable appelle cependant plusieurs réserves majeures", expliquent les co-rapporteurs. "D’une part, cette progression a été très heurtée, le pouvoir d’achat par unité de consommation ayant reculé en 2020 et en 2022. D’autre part, et c’est sans doute le point le plus préoccupant, le pouvoir d’achat des salaires a, lui, reculé sur la période". Autrement dit, les revenus du travail n'ont pas permis de gain de pouvoir d'achat. "La hausse agrégée ne reflète donc pas l’expérience vécue par la majorité des Français, qui tirent l’essentiel de leurs ressources de leur travail", concluent Robert Le Bourgeois et Thierry Benoit.
Celui qui a des compléments de revenus (loyer, dividendes, actions, assurance-vie...), passe les crises. En revanche celui que ne vit que de son travail et a un salaire modeste, affronte de réelles difficultés. Thierry Benoit (apparenté Horizons)
Surtout, le rapport met en évidence "des écarts de niveaux de vie territoriaux structurels" et "une géographie des inégalités nettement structurée à l’échelle nationale". L'usage contraint de la voiture et le prix élevé des logements dans les centres-villes constituent l'une des clés de compréhension des écarts de pouvoir d'achat. Ainsi, les rapporteurs constatent que "c’est dans les périphéries éloignées des zones d’emploi, comme dans leurs centres, que l’on trouve les ménages aux budgets les plus contraints, principalement parce que leurs ressources sont plus faibles".
De manière prévisible, le rapport opère également un focus sur les Outre-mer, le phénomène de vie chère s'y articulant à un chômage structurellement élevé. Afin de faire baisser les prix de la consommation en partie liés au coût de l'importation, les députés préconisent notamment de "favoriser le développement de l’agriculture locale et de la transformation directement sur les territoires ultramarins".
De fait et pour l'ensemble du territoire français, l'alimentation s'avère selon le rapport "le premier poste d'ajustement des ménages". Tout en étant incontournable, elle demeure la seule dépense "réellement compressible lorsque le reste à vivre se réduit", ce qui en fait "le principal amortisseur des tensions budgétaires des ménages modestes". Un phénomène d'autant plus prégnant qu'il s'articule avec la crise inflationniste.
Le rapport décrit ainsi des phénomènes de privation et de renoncement alimentaires, s'appuyant notamment sur une enquête de l'Ifop publiée en 2023 dans laquelle près de trois Français sur dix déclarent devoir sauter des repas faute de moyens suffisants. Les députés notent en outre que face à la hausse du prix de la viande, les ménages contraints opèrent en particulier des substitutions vers des sources de protéines moins onéreuses.
La consommation des produits labellisés et issus de l'agriculture biologique serait également en baisse depuis 2022. Parmi les propositions du rapport figure celle de Robert Le Bourgeois, conforme au programme du RN, afin d'instaurer temporairement une TVA à 0 % sur une liste de 100 produits de première nécessité alimentaires. Thierry Benoit précise préférer à cette mesure une réouverture du débat sur la TVA sociale.
L’énergie et les carburants constituant également, avec le logement, le fondement des dépenses contraintes des ménages, en particulier dans le contexte actuel, les députés y consacrent sans surprise une partie de leur rapport. Et là encore, Robert Le Bourgeois reprend l'une des mesures-phare du RN au travers de la baisse de la TVA sur l’énergie de 20 % à 5,5 %. Si Thierry Benoit ne souscrit pas à cette proposition, les deux rapporteurs souhaitent que "la France [reprenne] le contrôle de la formation des prix de l’énergie pour ses consommateurs", en renégociant les règles européennes de tarification de l’énergie, afin de généraliser les tarifs réglementés.