C'est indispensable pour être candidat à l'élection présidentielle. Les prétendants à l'Élysée doivent recueillir 500 parrainages d'élus (parlementaires, maires, etc.) pour se présenter aux suffrages des Français. Les candidats déclarés ou potentiels partent donc déjà à la chasse aux signatures.
Une simple formalité pour certains, et un casse-tête politico-administratif pour d'autres : le recueil des 500 parrainages - condition indispensable pour faire partie de la liste officielle des candidats à l'élection présidentielle - commence à agiter les états-majors des prétendants à la candidature en vue du scrutin élyséen de l'année prochaine.
La période officielle de recueil des signatures n'est pas encore connue, les dates des deux tours de l'élection présidentielle ayant tout juste été dévoilées par l'Élysée. Elle débutera environ dix semaines avant l'élection, et s'achèvera au plus tard le sixième vendredi avant le premier tour. À ce stade, seules des promesses de signatures peuvent donc être recueillies par les candidats.
Ce filtre des 500 parrainages, pensé pour éviter un nombre trop important de candidats, des candidatures fantaisistes, ou encore des candidatures de dites de témoignage, a été mis en place dès la première élection présidentielle au suffrage universel direct, en 1965. Il a toutefois connu plusieurs évolutions :lors des trois premiers scrutins, seuls 100 parrainages étaient exigés. Mais devant l'inflation du nombre de candidats - six en 1965, sept en 1969, douze en 1974 -, une réforme a porté le seuil à 500 signatures.
Sont habilités à parrainer un candidat : les députés, les sénateurs, les eurodéputés, les maires, les présidents de métropoles, les conseillers départementaux et régionaux, les membres des assemblées locales... Au total, la liste des parrains comportait quelque 42.000 élus en 2017. Pour éviter la défense d'intérêts uniquement locaux, une candidature n'est validée que si les parrains sont issus d'au moins 30 départements ou collectivités d'Outre-mer différents. Et petite innovation pour cette échéance, la procédure sera mixte, l'envoi électronique sécurisé se greffant au traditionnel courrier.
Dans la chasse au signature, les stratégies sont évidemment différentes entre un candidat à la notoriété établie, issu d'un parti politique bien implanté sur le territoire et comptant de nombreux parlementaires, et un candidat isolé, ou sans bataillon d'élus, voire méconnu du grand public. Mi-mai, quelque 500 élus locaux ont ainsi appelé Gabriel Attal (Renaissance) à se présenter dans une tribune publiée par La Tribune dimanche, de quoi montrer d'emblée que l'ancien Premier ministre fait partie de ceux qui n'auront aucun mal à franchir cette étape.
Mais même en s'appelant Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen, la chasse aux signatures peut s'avérer ardue : en 2022, le candidat de La France insoumise et la candidate du Rassemblement national avaient bataillé pour atteindre le seuil requis. Le recueil des 500 signatures pour Jean-Luc Mélenchon reste d'ailleurs un "enjeu" pour 2027, a affirmé Clémence Guetté sur France 3, dimanche 28 juin. Et ce malgré la hausse du nombre de députés et maires insoumis depuis le dernier scrutin présidentiel. Comme bon nombre de candidats, c'est d'abord vers les maires que les cadres du parti se tournent, puisqu'ils représentent la majeure partie des parrains. Un courrier a ainsi été envoyé ces derniers jours aux quelque 36.000 édiles du pays, afin de solliciter leur parrainage.
Quant au Rassemblement national, il ne sait pas encore qui portera ses couleurs pour l'élection présidentielle - puisque cela dépendra de la décision que la justice rendra mardi prochain dans le procès en appel qui concerne notamment Marine Le Pen -, mais il affiche cette fois ses certitudes dans la collecte des signatures. Fin mars, Jordan Bardella, le président du parti - et son futur candidat si la peine d'inéligibilité de cinq ans à laquelle Marine Le Pen a été condamnée en première instance est confirmée le 7 juillet - a indiqué que le RN était "pratiquement sûr" d'obtenir les 500 signatures, fort de ses résultats aux dernières élections municipales et d'un nombre de parlementaires qui n'a jamais été aussi important.
Chaque élu ne peut apporter sa signature qu'à un seul candidat, et son choix est irrévocable. Il n'existe, en outre, aucune obligation de parrainage : en 2022, seuls 13.427 parrainages ont été décomptés par le Conseil constitutionnel après validation. Par ailleurs, la procédure prévoit que c'est à l'élu qui veut accorder sa signature d'en faire la déclaration via un formulaire de "présentation" d'un candidat, et non à ce dernier de le revendiquer.
Les élus peuvent d'ailleurs décider de parrainer n'importe qui, y compris des personnalités qui ne se sont pas candidates à l'Élysée. Lors du dernier scrutin présidentiel, le maire de La Chapelle-Rambaud (Haute-Savoie), Matthieu Bach, avait par exemple parrainé l'astronaute Thomas Pesquet, tandis que l'humoriste Guillaume Meurice avait reçu six signatures.
A contrario, certains prétendants à l'élection présidentielle échouent à trouver suffisamment d'élus pour être sur la ligne de départ du premier tour. En 2022, Philippe Poutou, le candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) s'était qualifié de justesse, grâce à une mobilisation de dernière minute, alors que l'ex-ministre de la Justice Christiane Taubira (274 signatures), comme le fondateur de l'UPR, François Asselineau (293 signatures) avaient été écartés.
La politologue Clara Egger, qui revendiquait une candidature citoyenne, avait pour sa part échoué dans sa quête, ne recueillant que 36 parrainages, tout comme le syndicaliste et militant trotskiste Anasse Kazib, qui avait obtenu 160 parrainages.
Pour tenter d'arracher les 500 signatures pour 20227, certains "petits" candidats se sont lancés dans des initiatives innovantes, à l'image de Benoît Mathieu, qui prône la participation citoyenne et qui parcourt la France à vélo à la rencontre des édiles, comme le rapporte Le Progrès.
Depuis l'élection présidentielle de 2017, les noms des parrains, ainsi que leur choix de parrainage, sont intégralement rendus publics. Une réforme qui peut, selon certains, dissuader des élus d'accorder leur signature, craignant que celle-ci ne soit vue comme une forme de soutien.
Or, un parrainage - ce mot ne figure d'ailleurs pas dans la loi qui parle de "présentation" d'une candidature - ne vaut pas forcément. En 2022, le député Christophe Blanchet (MoDem) avait ainsi apporté sa signature à Marine Le Pen. "Ce n’est pas un parrainage d’adhésion, cette démarche ne constitue en rien un soutien de nature politique, mais plutôt l’accomplissement d’un devoir civique. Car je souhaite que l’élection présidentielle puisse se dérouler dans des conditions pleinement démocratiques", avait-il alors expliqué, comme le relatait Ouest France.
Face aux difficultés rencontrées par certains candidats, François Bayrou avait d'ailleurs proposé en 2022 de mettre en place une sorte de "banque de parrainages démocratiques", une réserve alimentée par des élus de tous bords visant à assurer la possibilité pour des personnalités politiques représentant des partis établis d'être sur la ligne de départ du scrutin présidentiel. Un moyen de remédier au "risque de déstabilisation et de perte de confiance", avait estimé le chef de file du MoDem, qui était à l'époque Haut-commissaire au plan. Son idée n'a toutefois jamais été mise en œuvre, tout comme la "banque de la démocratie" pour le financement des campagnes électorales.