Présidentielle: que disaient les sondages à un an du premier tour lors des précédentes élections?

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par Soizic BONVARLET, le Lundi 6 avril 2026 à 07:06

À un an de la présidentielle, les premiers sondages dessinent déjà des scénarios de second tour, et même des victoires finales. Mais l’histoire récente invite à la prudence. Si en 2021 les sondeurs avaient plutôt vu juste, cela n'a pas toujours été le cas.

La séquence municipale passée, les instituts de sondage se projettent déjà sur l'élection présidentielle. D'autant que si des inconnues demeurent, plusieurs candidatures de celles qui pourraient accéder au second tour de l'élection ont été confortées par le précédent scrutin. C'est le cas du maire réélu du Havre, Édouard Philippe, dont le duel de second tour face au candidat qui pourrait être celui du Rassemblement national, Jordan Bardella, est annoncé par de nombreux instituts. Mais peut-on réellement se fier à de telles prédictions à un an de l'élection cardinale de la vie politique française ?

Marine Le Pen donnée en tête du 1er tour de 2022

Marine Le Pen en tête du premier tour de l'élection présidentielle avec 27% des voix, devançant Emmanuel Macron d'un point d'intentions de vote ? Telle a été l'une des hypothèses dessinées par les études d'opinion un an avant l'élection présidentielle de 2022. Cette prévision, alors établie par un sondage Ifop-Fiducial publié le 11 avril 2021, avait été démentie au soir du premier tour, le président sortant Emmanuel Macron étant arrivé en tête du scrutin avec près de 28% des voix, contre 23% pour Marine Le Pen.

Ce scénario d'un Emmanuel Macron devancé par Marine Le Pen au premier tour était loin d'être l'apanage d'une seule enquête. Dans un sondage Elabe publié le 14 avril 2021, Emmanuel Macron et Marine Le Pen recueillaient respectivement 25 et 26% d'intentions de vote. Or, ces résultats étaient conditionnés par la candidature de Xavier Bertrand, qui semblait alors la plus probable à droite. Dans l'hypothèse d'une candidature de Valérie Pécresse, dont le scénario s'est concrétisé, le président sortant se plaçait là encore derrière Marine Le Pen avec 27% des suffrages, quand la candidate du RN cumulait 28% d'intentions de vote.

Dans les deux sondages pré-cités, le troisième homme de l'élection, Jean-Luc Mélenchon, était donné à 11% d'intentions de vote. Le candidat de La France insoumise a finalement récolté près de 22% des voix, soit le double de ces estimations.

Plus largement, les résultats compilés par Le Monde de six sondages réalisés en mars et avril 2021 avaient également conclu à cette avance de Marine Le Pen sur Emmanuel Macron au premier tour, et à un score de Jean-Luc Mélenchon n'excédant pas 13,5%. Le score de Valérie Pécresse était en revanche estimé dans une fourchette allant de 9 à 13,5%, alors qu'il n'a été un an plus tard que de 4,8%.

Des hypothèses de second tour souvent proches de la réalité

Si à un an de l'élection présidentielle, les études ont pu s'avérer très approximatives sur les scores des candidats de premier tour, elles ont rarement été démenties quant aux finalistes et au vainqueur annoncé. Pour 2022, les sondages avaient ainsi prédit le duel de second tour entre le président sortant et la candidate du Rassemblement national, soldé par la victoire du premier. Ils avaient en revanche souvent sous-estimé l'écart entre les deux prétendants à l’Élysée.

Le sondage Ifop-Fiducial cité plus haut avait ainsi donné Emmanuel Macron vainqueur du second tour avec 54% des voix, face à Marine Le Pen à 46%. Rappelons que le 24 avril 2022, le président sortant a remporté le scrutin avec 58, 5% des voix contre 41,5% pour sa challengeuse. Le sondage Elabe était plus près des résultats finaux, avec 56% de suffrages estimés pour Emmanuel Macron et 44% pour Marine Le Pen.

Des castings parfois démentis par les faits

Si on remonte un peu plus loin, au mandat de François Hollande qui un an avant l'élection présidentielle de 2017, pouvait encore prétendre à sa propre succession, la plupart des instituts de sondage le plaçaient alors troisième, et donc éliminé dès le premier tour. Cinq à neuf points le séparaient du second tour lorsque le candidat de droite testé était Nicolas Sarkozy, et douze à dix-huit lorsqu'il s'agissait d'Alain Juppé.

Selon un sondage de la Sofres publié le 17 avril 2016, l'ancien maire de Bordeaux aurait pu obtenir 35% des voix devant Marine Le Pen à 26%, quand François Fillon aurait été battu au second tour par la candidate du RN, l'un et l'autre étant respectivement estimés à 23 et 32% d'intentions de vote. Emmanuel Macron bousculera finalement ces prédictions, arrivant en tête du premier tour devant Marine Le Pen et François Fillon, et gagnant l'élection présidentielle avec 66% des voix contre 34% pour Marine Le Pen.

Un peu plus loin encore, en 2011, François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen étaient à jeu égal un an avant l'élection. En effet, si un mois avant son arrestation à New York, le 15 mai 2011, Dominique Strauss-Kahn est donné favori de l'élection présidentielle, François Hollande, tout comme Martine Aubry, sont dans de nombreuses enquêtes au coude-à-coude avec Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen. Et de fait, un an après, François Hollande arrive de justesse en tête du premier tour, devant Nicolas Sarkozy et laissant Marine Le Pen à la porte du second tour, qui se soldera par la victoire du candidat socialiste.

Un précédent devenu cas d'école montre par ailleurs que les prévisions des instituts de sondages peuvent parfois s'avérer très loin de la réalité. En 2001, à un an de la présidentielle, le Premier ministre Lionel Jospin faisait jeu égal au premier tour avec le président sortant, Jacques Chirac, quand Jean-Marie Le Pen se plaçait 15 à 20 points derrière eux. Et ce alors que le 21 avril 2002, le candidat du Front national passera devant Lionel Jospin, accédant pour la première fois au second tour de l'élection suprême.

Une erreur d'évaluation qui pour aussi spectaculaire qu'elle soit, ne s'est pas reproduite depuis. Pour la prochaine élection présidentielle, si de nombreux flous demeurent sur la possibilité pour Marine Le Pen de se présenter, les candidatures diverses de la gauche ou encore le maintien de celle de Bruno Retailleau, à ce jour et sans bouleversement majeur, c'est, selon les sondages, Édouard Philippe qui pourrait tirer son épingle du jeu.