Ce mardi, le défilé du 14-Juillet sera placé sous l'égide du réveil stratégique européen, à dix mois de la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron. De De Gaulle à Hollande, en passant par Sarkozy et Mitterrand, les présidents de la République française aiment utiliser cette parade militaire pour adresser des messages plus ou moins subliminaux.
Ce mardi, Emmanuel Macron participera à son dernier défilé du 14-juillet en tant que président de la République pour son second quiquennat. 500 soldats issus des pays de la "coalition des volontaires" défileront en ouverture du cortège militaire ainsi que 25 soldats ukrainiens. Une façon, selon l’Élysée, de montrer le visage d'une Europe forte, qui "reprend son destin en main".
De Gaulle, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron : la fête nationale est traditionnellement l'occasion pour les présidents de la République d'adresser des messages très politiques aux Français et au reste du monde. LCP revient sur plusieurs d'entre-eux.

Ce 14 juillet 1959, Charles de Gaulle organise le premier défilé du 14-juillet de la Ve République, neuf mois après l'avènement de ce nouveau régime taillé spécialement pour le retour au pouvoir du Général. Sous un soleil qualifié d'"implacable" par les journalistes de l'époque, le Général De Gaulle défile "coiffé de son képi à deux étoiles" et vêtu de "sa légendaire tenue kaki clair". Le lendemain, Le Monde évoquera un "déploiement inaccoutumé de décors" et une "mise en scène à grande échelle". L'auteur de l'article saluera également "l'intermède musical" précédant le défilé (chants révolutionnaires, Marseillaise), une "innovation originale et très réussie".
Au-delà de ce spectacle visant à démontrer la restauration de la puissance française, le Général de Gaulle fête aussi l'éphémère Communauté française, une association politique entre la France et certaines de ses colonies africaines. Le président de la République remet à Michel Debré et aux chefs des gouvernements des douze "Etats" associés des "drapeaux surmontés de deux mains enlacées". Instituée en 1958, cette Communauté perdra sa raison d'exister dès 1960 avec l'accession à l'indépendance de ses pays membres.
(Image: capture d'écran INA)
En 1996, le défilé du 14-Juillet marque un tournant inédit en accordant une place de choix à la Police nationale. Pour la première fois depuis 38 ans, des policiers défilent sur les Champs-Élysées à cette occasion.
C'est une conséquence directe du contexte sécuritaire de l'époque, après la vague d'attentats de 1995 et la mise en œuvre du plan Vigipirate. Plusieurs unités sont représentées, parmi lesquelles la sécurité publique, la police de l'air et des frontières, les CRS et la préfecture de police de Paris.
Au-delà de son aspect symbolique, cette participation traduit une évolution profonde de la doctrine française de sécurité. Longtemps réservé aux armées, le défilé du 14-Juillet met désormais aussi à l'honneur les forces chargées de la protection du territoire national face à la menace terroriste. En faisant défiler la police nationale, Jacques Chirac adresse ainsi un message politique clair. Pour lui, la défense de la Nation ne repose plus uniquement sur les opérations extérieures, mais aussi sur la capacité de l'État à assurer la sécurité intérieure.
Le 14 juillet 2004, la République française parachève la célébration du centenaire de l'Entente cordiale entre la France et la Grande-Bretagne. Trois mois après la visite de la reine Elizabeth à Paris, des soldats britanniques sont les invités d'honneur du défilé. La ministre de la Défense de l'époque, Michèle Alliot-Marie, salue notamment la coopération des deux armées dans les Balkans mais aussi en Afghanistan, "une véritable fraternité d'armes, terreau de l'identité européenne de défense".
Le défilé est placé sous haute surveillance, deux ans après la tentative d'assassinat de Jacques Chirac sur les Champs-Elysées par le militant d'extrême droite, Maxime Brunerie. Mais c'est la traditionnelle interview du chef de l'Etat qui marque les esprits ce jour-là.
Jacques Chirac y recadre violemment Nicolas Sarkozy : "Il n'y a pas de différends entre le ministre des Finances et moi pour une raison simple, c'est que notamment s'agissant de la Défense, je décide et il exécute", lance le chef de l'Etat, qui affirme ne pas vouloir "laisser les ambitions, ou les calculs venir perturber l'action des trois années à venir".
Nicolas Sarkozy, tout juste élu à l'Elysée, veut incarner la "rupture" après les douze années de présidence Chirac. Pour son premier défilé du 14-juillet, le nouveau chef de l'Etat "imprime sa marque", selon les journalistes de l'époque. "Il casse le protocole, improvise un bain de foule", explique-t-on au journal télévisé de France 2. Autres changements notables : Nicolas Sarkozy renonce aux grâces collectives, ne donne pas d'interview télévisée et n'organise pas de conférence de presse.

Lors du défilé, les petits chanteurs à la croix de bois interprètent la Marseillaise et l'Hymne à la joie, dans une journée placée sous le signe de l'Union européenne. Les drapeaux des 27 pays membres sont portés par des militaires qui défilent, formant un V. Les armées européennes marchent sur le Champs-Elysées. "Nous avons voulu dire que la France était de retour en Europe et que l'Europe devait regarder la France avec d'autres yeux", déclare Nicolas Sarkozy, lors de la "garden party" organisée à l'Elysée. Le soir, un grand "concert de la fraternité", avec en tête d'affiche Michel Polnareff est organisé. Sous les yeux de Nicolas Sarkozy, il réunit 600 000 personnes.
(Image: capture vidéo INA)

Sept mois après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher, le défilé du 14-juillet met en lumière les forces de sécurité antiterroristes. Les policiers du Raid, de la BRI, les gendarmes du GIGN et les militaires de l'opération Sentinelle défilent sur les Champs-Elysées.
L'objectif de François Hollande, à la tête de l'Etat depuis 2012 : "Rassurer" les Français, explique alors Le Monde. Lors de son interview télévisée, le président de la République se pose en "protecteur", se prévalant de l'accord imposé à la Grèce, en pleine crise économique, et évoquant l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Mais c'est bien le terrorisme qui occupe le devant de scène : "Moi, je ne dois pas avoir peur mais les Français ne doivent pas avoir peur parce que nous sommes un peuple qui ne doit jamais cédér", déclare François Hollande.
(Image: capture d'écran Youtube du ministère des Armées)
Pour son premier défilé, Emmanuel Macron invite le nouveau président des Etats-Unis, Donald Trump, à l'occasion du centenaire de l'entrée en guerre de l'Amérique lors de la première guerre mondiale. Le nouveau président de la République a déjà, à plusieurs reprises, défié Donald Trump, sur la question du climat ("Make our planet great again") ou lors de plus anecdotiques poignées de main.
Ce 14 juillet 2017 permet à Emmanuel Macron d'affirmer sa stature internationale, mais aussi de "réaffirmer les solides liens d'amitié entre la France et les Etats-Unis". Le chef de l'Etat affirme d'ailleurs que, tout au long de son histoire, la France a pu trouver des "alliés sûrs, des amis qui sont venus à (son) secours" : les "Etats-Unis d'Amérique sont de ceux-ci", souligne le président de la République. Donald Trump sera par ailleurs charmé par l'innovation du jour : une fanfare militaire reprend les tubes des Daft Punk, sous l'oeil amusé d'Emmanuel Macron.
Sur le plan intérieur, ce premier 14-juillet d'Emmanuel Macron est placé sous le signe du deuil, un an après l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice. Il se déroule aussi dans un moment de grande tension entre l'armée et le président de la République, le général Philippe de Villiers regrettant l'annonce d'une coupe budgétaire de 850 millions d'euros dans le budget de la Défense.
Ce mardi 14 juillet 2026, le défilé sera pour Emmanuel Macron l'occasion de défendre son bilan en matière de Défense, mais aussi son action sur la scène internationale. 500 soldats de pays issus de la "coalition des volontaires", ainsi que des soldats ukrainiens, paraderont sur les Champs-Elysées. Une manière de rappeler l'engagement du président de la République française dans le soutien à l'Ukraine, dont le président, Volodymyr Zelensky, sera présent à Paris. Le message est également celui d'un "réveil" stratégique de l'Europe, qui dispose "d'armées puissantes capables d’entrer en premier dans un conflit", affirme l'Elysée.
La parade comptera un nombre record de militaires : il y aura 6 800 troupes à pied et 30 % de véhicules et d'aéronefs supplémentaires. L'objectif est cette fois de montrer une armée "modernisée" portée par le "doublement" du budget des Armées entre 2017 et 2027.