Dans un rapport rendu mercredi 25 mars, l'Anses confirme "une surexposition de la population française au cadmium par l’alimentation". Une alerte qui relance le débat sur la nécessité d'interdire l'épandage de fertilisants contenant ce métal lourd sur les sols agricoles. En février dernier, un texte portant cet objectif avait été adopté en commission à l'Assemblée nationale. Sera-t-il inscrit à l'ordre du jour de l'hémicycle prochainement ?
Du poison du biberon à l'assiette. C'est en substance, le constat formulé par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) quant à l'exposition du corps humain au cadmium. L'étude publiée le 25 mars indique que les niveaux d’imprégnation dépassent dans la population française les valeurs de référence dès la naissance, avec une contamination prénatale, et augmentent tout au long de la vie. Elle confirme également que les aliments de base constituent la principale source d’exposition.
Et pour cause, cette contamination concerne d'abord les sols agricoles, 75% des taux de cadmium étant liés aux apports phosphatés dans les produits fertilisants. En France, leur utilisation importante, associée à certaines sources d’approvisionnement présentant des teneurs élevées en cadmium, contribuent à l’accumulation de ce métal lourd dans le sol. Qui se retrouve dans notre alimentation, en particulier dans les céréales, à commencer par le blé, ou encore dans les pommes de terre pour les denrées les plus courantes. Les produits les plus contaminés sont ainsi le pain, les pâtes, les céréales du petit-déjeuner, les biscuits, les chips, mais aussi les fruits de mer et le chocolat dont le cacao provient d'Amérique latine.
Le cadmium étant classé comme cancérogène avéré depuis 1993, Santé publique France alerte depuis 2021 sur son lien probable avec l’explosion des cancers du pancréas dans notre pays. En juin dernier, la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) avait, dans un courrier adressé au gouvernement, fait part de sa "grande inquiétude", allant jusqu'à évoquer une "bombe sanitaire".
Une expression reprise par le député Benoît Biteau (Écologiste et social), qui est parvenu, en février, à faire adopter en commission et à une voix près une proposition de loi "visant à protéger l’alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium". Le texte préconise l'interdiction des engrais phosphatés pollués au cadmium à compter du 1er janvier 2027. Inscrit à l'ordre du jour de la journée d'initiative parlementaire du groupe Écologiste, il n'avait pas pu être examiné en séance publique faute de temps.
A la faveur de l'alerte de l'Anses, Benoît Biteau monte une nouvelle fois au créneau. Dans un communiqué publié le 25 mars, il en appelle à "la responsabilité collective des députés, et notamment celle de la majorité gouvernementale pour permettre la validation d’un texte dans le cadre de la prochaine niche transpartisane". Dans l'esprit du député de Charente-Maritime, l'objectif d'un tel texte serait aussi de "suspendre l’autorisation d’épandage des engrais phosphatés dont la teneur en cadmium n’est pas conforme aux préconisations des agences sanitaires".
Pour favoriser l'inscription de sa proposition de loi à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale, le député-paysan, dont le texte a déjà été signé par 36 de ses collègues, tente d'en convaincre d'autres de faire de même. Objectif : agir vite, afin que la proposition de loi puisse éventuellement être examinée lors de la prochaine semaine transpartisane qui aura lieu dans l'hémicycle à partir du 11 mai. Si la version actuelle échouait à rassembler, Benoît Biteau envisage, selon nos informations, d'en proposer une autre, avec en ligne de mire la semaine transpartisane qui aura lieu début juin. Il s'agirait, dans cet autre texte, de plafonner à l'horizon 2030 le taux de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 milligrammes par kilogramme d’anhydride phosphorique (P2O5), seuil conforme à celui préconisé par l'Anses.
Pour ce faire, Benoît Biteau avance trois pistes qui permettent de limiter drastiquement cette contamination, à savoir "les méthodes de dépollution, l'approvisionnement via des gisements pauvres en cadmium, et des pratiques agronomiques visant à s'affranchir des fertilisations phosphatées". Des alternatives qui selon lui, "n'impactent pas la compétitivité du monde agricole".
Si plusieurs députés du bloc central ont manifesté une forme de bienveillance à l'endroit de la proposition de loi en s'abstenant lors du vote en commission le 4 février dernier - permettant ainsi son adoption in extremis -, l'initiative de Benoît Biteau n'a pas encore réuni de co-signatures au-delà de celles des groupes de gauche.
Du côté du gouvernement, on assure que "le sujet de l’exposition au cadmium est bien identifié en interministériel", et qu'un ensemble de textes réglementaires "pour uniformiser et renforcer l’encadrement et l’innocuité des matières fertilisantes" ont été soumis au Conseil d’État en février. Ses conclusions étant attendues d'ici avril, ces décrets et arrêtés seront publiés "dans la foulée", indique le ministère de l'Agriculture.