Interrogés sur le sujet par LCP, des députés de tous bords politiques déplorent la systématisation des "pauses fraîcheur" lors de la Coupe du monde de football qui se déroule sur le continent américain. Tous dénoncent ces minutes supplémentaires de publicité qui, sous couvert d'assurer le bien-être des joueurs, cassent le rythme des matchs.
À chaque match, depuis le début de la Coupe du monde de football, c'est le même rituel, honni d'une partie des téléspectateurs. À la 22e minute pendant la première mi-temps, puis autour de la 67e minute durant la seconde, l'arbitre interrompt le jeu et invite les joueurs à aller se rafraîchir en bord de terrain, quelle que soit la température, et qu'importe la configuration du stade, qui peut être climatisé. Dans la majeure partie du monde, des États-unis à la France, les diffuseurs en profitent pour tourner une page de publicités d'environ trois minutes, transformant dans le même temps la physionomie des matchs, ce qui ulcère certains passionnés du ballon rond.
L'argument invoqué par la Fifa pour instaurer ces pauses systématiques est évidemment louable : assurer la sécurité et le bien-être des joueurs, alors que le mercure pourrait allégrement grimper au-delà des 30 degrés durant la compétition, avec des taux d'humidité importants. "Mais personne n'est dupe. Le but recherché, c'est avant tout de passer des publicités supplémentaires", réagit François Piquemal (La France insoumise) auprès de LCP. "Il faudrait les supprimer. L'arbitre n'a pas besoin d'une norme précise, s'il fait chaud, il peut arrêter le match à la 10e ou à la 30e minute", estime le député de Haute-Garonne.
C'est la disparition du football humaniste par rapport à un football capitaliste. Karl Olive, député Renaissance
"On aimerait que ce soit uniquement à des fins sanitaires, mais c'est aussi à des fins commerciales", juge également Karl Olive (Renaissance), joint par téléphone. Fan de football, l'élu des Yvelines déplore en outre qu'une telle évolution ait été amenée "au doigt mouillé", alors que "cela dénature l'esprit du jeu".
"Je suis de la génération Platini. Et Platini n'aurait jamais accepté ces coupures systématiques", s'exclame-t-il, "malheureux" de cette évolution. Quelques mois avant la compétition, Didier Deschamps avait lui aussi pesté contre cette révolution sur le plan purement footballistique. "Ça change le football d'avoir ces 3 minutes [de suspension]. Peu importe l'équipe, si elle est dans un temps fort, trois minutes, ça casse tout", avait critiqué le sélectionneur des Bleus sur TF1, à l'issue d'un match préparatoire contre le Brésil.
Contacté par LCP, Julien Odoul (Rassemblement national) estime, lui aussi, "regrettable" l'introduction de ces "pauses fraîcheur". "On les appelle comme ça, mais en fait ce sont des pauses fric, des pauses pub, pensées pour les annonceurs qui disposent de deux créneaux supplémentaires", cingle le député de l'Yonne. "Cela dénature la compétition, cela joue sur le rythme des matches, c'est navrant pour le téléspectateur et ça ne se justifie pas. Les joueurs s'hydratent déjà à n'importe quel arrêt de jeu et sont habitués à jouer sous des températures de 30 degrés."
Aurait-il fallu légiférer en amont pour contraindre les diffuseurs français à ne pas diffuser ces deux pages publicitaires supplémentaires ? "Dès lors que vous avez une faille dans le système... Les droits d'une Coupe du monde, ça coûte extrêmement cher", tempère Karl Olive, tout en regrettant que les téléspectateurs ne puissent pas au moins assister aux échanges techniques entre les joueurs et leur sélectionneur. Selon des estimations réalisées par plusieurs médias, le groupe M6 aurait déboursé entre 120 et 130 millions d'euros pour décrocher les droits télévisuels de la compétition. Un montant bien supérieur aux 70 millions d'euros qu'aurait payé TF1 pour la couverture partielle de l'édition précédente au Qatar.
On perdra de l’argent sur cet événement, c’est clair. David Larramendy, président du directoire du groupe M6
"C'est un signe de plus que cette Coupe du monde atypique est particulièrement politique, malgré les dénégations des dirigeants du football", analyse François Piquemal, qui regrette "l'avilissement à certains puissants". Au-delà des matches, l'élu LFI juge intéressant de se pencher sur la compétition, pour les enseignements qu'elle apporte.
"Le football de ces dernières années, qui s'est particulièrement financiarisé, est devenu un business hallucinant", déplore de son côté Julien Odoul. "C'est quoi la prochaine étape ? Des pauses de cinq minutes ? On est inondé de merchandising, de pub. On en finit par oublier le jeu, la qualité du sport et les sportifs." Et d'adresser un ultime tacle à la Fifa : "Elle devrait se rappeler que dans son nom, il y a le "f" de football."