Depuis 2014, et au fil des législatures, plusieurs députés amoureux du ballon rond avaient pris l'habitude de jouer au football dans le cadre de l'équipe de France des parlementaires. Mais ces dernières années, ils n'ont plus foulé les terrains. LCP vous explique pourquoi.
C'était en juin 2014. A l'époque, François Hollande était à l'Elysée, le socialiste Claude Bartolone présidait une Assemblée nationale où il existait une majorité et un groupe de députés avaient décidé de créer une équipe de France de football des parlementaires, lancée en grande pompe à l'Hôtel de Lassay, entraînée par Guy Roux et emmenée par les députés PS Régis Juanico et Eduardo Rihan-Cypel. Quelques mois plus tard, le premier match caritatif contre le Variétés Club de France, qui rassemble d'anciens joueurs professionnels et des personnalités médiatiques, était diffusé sur LCP (à revoir ici), avec Patrick Chêne au commentaire. Une autre époque.
Car, douze ans plus tard, si les députés amoureux du ballon rond suivront sans aucun doute avec passion le parcours des Bleus, cela fait bien longtemps qu'ils ont raccroché leurs crampons. L'équipe est "à l'arrêt", nous ont répété plusieurs d'entre eux ces derniers jours. Dernier match en date : le 27 septembre 2023.
"La dissolution de 2024 a eu raison de la continuité immédiate de l'équipe", explique à LCP Julien Dive (Les Républicains), pour qui "face à l’instabilité, au contexte, au bazar ambiant des mois qui ont suivi, il aurait été mal inspiré d'organiser un match de football".
Membre de l'équipe depuis ses débuts, Marietta Karamanli (Socialistes), qui en était même co-capitaine, insiste davantage sur le rythme des travaux à l'Assemblée nationale. "Avec les collègues, on est sous l'eau en termes notamment de présence, car il n'y a pas de majorité" dans l'hémicycle, affirme l'élue. Elle ajoute : "Même moi qui donnait beaucoup de temps [à l'équipe] avant, je ne peux plus. Le calendrier est très contraint, nous sommes très pris et nous n'avons pas le temps de nous entraîner ou de faire des actions pour le sport."
Pour certains, la défaite du député Régis Juanico aux élections législatives de 2022 n'a pas facilité les choses. "Ça a été un peu repris par Karl Olive, mais il n'a pas vraiment réussi à relancer une équipe", note Eric Coquerel (La France insoumise). En 2022, l'élu Ensemble pour la République avait en effet été désigné co-capitaine avec Marietta Karamanli donc et Pierre-Henri Dumont (Les Républicains) – qui a, lui, été battu en 2024. "Nous sommes restés au point mort", confirme Alexandre Sabatou (Rassemblement national), membre de l'équipe.
A cela, selon deux députés, se sont ajoutées les difficultés rencontrées par le Variétés Club de France, épinglé par Mediapart en 2024, notamment sur sa gestion opaque. Karl Olive a présidé l'association entre novembre 2022 et juin 2025, date à laquelle le journaliste Jacques Vendroux lui a succédé.
Mais, dès septembre 2022, bien avant la dissolution, des tensions avaient déjà vu le jour. En cause, la présence dans l'équipe, et pour la première fois, de députés du Rassemblement national : Philippe Ballard, Julien Odoul, Alexandre Sabatou et Emmanuel Blairy. Alors à la veille d'un match caritatif contre l'Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) au profit de l'association "e-Enfance" qui lutte contre le cyber harcèlement, les joueurs membres de La France insoumise, suivis par leurs collègues socialistes et écologistes, avaient annulé leur participation. "Le Rassemblement national a voulu faire de ce match [...] un objet de récupération politique visant à affirmer sa prétendue 'normalisation'", avaient-ils alors dénoncé.
Finalement, un an plus tard, le 27 septembre 2023, la gauche avait retrouvé le chemin du stade Émile Anthoine, tout près de la Tour Eiffel, pour une rencontre dont les bénéfices allaient à la même association. Seul Alexandre Sabatou (RN) était encore dans les rangs. "On doit être six ou sept [joueurs] de La France insoumise, un seul du RN. C'est plutôt eux qui sont marginalisés que nous", expliquait Eric Coquerel auprès de BFMTV, tout en admettant que ce n'était "pas une réponse totalement satisfaisante".
Depuis, les crampons sont restés au placard. A jamais le dernier ? "J’ai récemment pris contact avec les partenaires privés de l'époque afin d'essayer de réorganiser cela pour l'automne prochain", confie Julien Dive à LCP. Compliqué, estime Marietta Karamanli, pour qui "lancer une saison en octobre pour cinq ou six mois [des législatives anticipées sont attendues dans la foulée de l'élection présidentielle, NDLR], alors que tout le monde sera très pris, avec le budget notamment" – et la campagne présidentielle –, "peut être un peu anecdotique".
La socialiste préfère attendre les échéances de 2027. Selon elle, il faudra ensuite "créer une association avec des députés qui s'investissent vraiment". Reste une inconnue, et pas des moindres : la future composition de l'Assemblée nationale.