Maire d'Issy-les-Moulineaux depuis 1980, député pendant 24 ans, ministre sous Nicolas Sarkozy et François Mitterrand, André Santini est mort dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 85 ans. Figure de l'UDF, puis de l'UDI, réputé pour sa répartie, il avait été réélu maire lors des dernières municipales en 2026, malgré une longue période d'hospitalisation et des affaires judiciaires.
C'est une figure de la Ve République et du centre qui s'en est allée. Selon une information du journal Le Parisien, André Santini (UDI) est mort dans la nuit du dimanche 31 mai au lundi 1er juin, à l'âge de 85 ans.
Il venait d'être réélu maire lors des dernières municipales, malgré un affaiblissement et un amaigrissement visibles, et après une longue période d'hospitalisation. Une ville dont il a été la principale figure, puisqu'il la dirige depuis 1980, une éternité : Valéry Giscard d’Estaing était encore président de la République.
André Santini est né tout près de là, dans le 14e arrondissement de Paris, en 1940. Fils de commerçants d’origine corse, André Santini mène des études de droit et de sciences politiques. Spécialiste du droit de la presse et du droit fiscal international, il est également diplômé de l’École nationale des Langues orientales et parle le japonais.
C'est à Courbevoie (Hauts-de-Seine) qu'il débute son apprentissage politique, en tant qu'adjoint au maire. Il devient rapidement maire d'Issy-les-Moulineaux, dès 1980, année durant laquelle il adhère au Parti social-démocrate, une composante de l'UDF (Union pour la démocratie française). À partir de 1988, il sera régulièrement élu à l'Assemblée nationale, en tant que député-maire des Hauts-de-Seine. Il sera même désigné président de la commission des affaires économiques entre 1993 et 1994, et vice-président du Palais-Bourbon entre 1997 et 1998.
Son sens des bons mots, son allure reconnaissable, sa gouaille, en font un interlocuteur privilégié des journalistes. Depuis les couloirs de l'Assemblée nationale, il brocarde ses opposants comme ses alliés, et reçoit régulièrement le prix de l'humour politique pour ses saillies grinçantes. Amoureux invétéré de cigares, il est à l'origine du club des parlementaires amateurs de havane.
En parallèle, il fait de sa ville d'Issy-les-Moulineaux une commune prospère, qui attire aussi bien de nombreux sièges français d'entreprises internationales comme Coca-Cola ou Microsoft, que les rédactions de nombreux médias français.
À deux reprises, André Santini est appelé au gouvernement. La première fois en 1986 dans le gouvernement de Jacques Chirac, durant la cohabitation avec François Mitterrand, où il devient secrétaire d'État chargé des Rapatriés, puis ministre de la Communication. La deuxième plus de vingt ans plus tard, dans le gouvernement de François Fillon, où il est secrétaire d’État à la Fonction publique (2007-2009). Son soutien à Nicolas Sarkozy a mis fin à son aventure à l'UDF, et c'est à l'UDI qu'il terminera son parcours politique.
Dès 2006, le maire d'Issy-les-Moulineaux connaît de premiers déboires judiciaires, avec une mise en examen pour prise illégale d'intérêts dans l'affaire de la Fondation Hamon, chargée de faire émerger un projet de musée qui ne verra jamais le jour, dans laquelle Charles Pasqua est impliqué. André Santini sera finalement relaxé au terme d'une longue procédure judiciaire.
À la fin de sa vie, cet inflexible bâtisseur sera rattrapé par son temps. La loi sur le non-cumul des mandats met fin à son rôle de député-maire, et c'est un certain Gabriel Attal qui sera élu à sa suite en 2017. Trois de ses sorties lui valent des condamnations pour injures publiques en 2012, 2013 et 2015. Sa gestion des conseils municipaux est critiquée par ses opposantes, qui l'accusent de misogynie. Fin 2023, il qualifie deux élues de "pin-up", ce qui lui vaudra une plainte pour outre sexiste.
En 2022, surtout, André Santini fait l'objet d'une plainte pour agression sexuelle et harcèlement sexuel et moral de la part de son ex-chef de cabinet et de son ancien huissier, des faits qu'il qualifie de "diffamatoires". Les deux jeunes employés de sa mairie déposent également plainte contre lui pour prise illégale d'intérêts.
Ces différentes affaires n'empêcheront pas sa réélection lors des dernières municipales de mars 2026, au terme d'une drôle de campagne : André Santini est en effet hospitalisé depuis le mois d'octobre. Connu jusqu'ici pour sa corpulence imposante, il apparaît sur un fauteuil roulant, le visage émacié. Sa dernière apparition publique remonte au mois de mars, lors du conseil municipal de sa réinstallation. Il n'aura fait qu'entamer son neuvième mandat de maire.