Bientôt un musée de la colonisation? C'est ce que proposent deux députées

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Amélia Lakrafi et Sabrina Sebaihi
Les députées Amélia Lakrafi et Sabrina Sebaihi, le 15 avril 2026, à la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale.
par Adèle Daumas, le Mercredi 15 avril 2026 à 18:24, mis à jour le Mercredi 15 avril 2026 à 18:30

Les députées Amélia Lakrafi (EPR) et Sabrina Sebaihi (Ecologiste) proposent de créer un musée sur l'histoire de la colonisation. C'est l'une des principales mesures issues de leur rapport "sur l'influence de la France dans un monde postcolonial", présenté ce mercredi à la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale.

Comment aider la France à regarder en face son passé colonial ? C'est l'une des questions sur lesquelles se sont penchées les députées Amélia Lakrafi (EPR) et Sabrina Sebaihi (Ecologiste et social), autrices d'un rapport "sur l'influence de la France dans un monde postcolonial" qu'elles ont présenté ce mercredi à la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Elles concluent que la création d'un musée "de l'histoire de la colonisation et de ses héritages", distinct des musées du Quai Branly et de l'immigration, pourrait encourager la France à engager un travail historique approfondi sur la question.

"Montrer que ce passé n'est pas effacé"

"Il ne faut pas perdre de vue que le problème de l'image de la France dans les pays anciennement colonisés est indissociable de la façon dont la France traite elle-même ce passé", rappelle Sabrina Sebaihi. Montrer que le passé colonial "n'est pas effacé" est donc une priorité.

Doter la France d'un musée retraçant la colonisation est un vieux serpent de mer, et l'idée avait déjà été lancée par Caroline Abadie, ancienne députée Renaissance, en 2021. L'absence de collections à exposer et l'existence du musée de l'histoire de l'immigration - dont la présentation a été repensée pour traiter en partie cette question -, sont les principaux arguments brandis par ses détracteurs. 

Sabrina Sebaihi défend toutefois une structure dédiée entièrement à la colonisation, "un lien pédagogique pour présenter cette histoire", en insistant sur la conception d'"expositions itinérantes pour aller au contact de l’ensemble de la population". Ce serait aussi l'"occasion de mener des projets de coopération culturelle avec d'autres pays en élaborant des expositions croisées."

Enfin, un tel établissement s'inscrit dans le cadre d'une redéfinition de la politique culturelle de la France, alors les parlementaires planchent actuellement sur la restitution des biens spoliés par le pays pendant la période coloniale. "La question des restitutions doit franchir une nouvelle étape", estime Sabrina Sebaihi, appelant à ne plus "faire du cas par cas" mais mettre en place "une politique volontariste, structurée, transparente", pensée comme un "acte de justice et de reconnaissance" et non comme une "concession ponctuelle".

Un rapport pour "améliorer l'image de la France" 

Cette proposition est l'une des 42 du rapport, dont le questionnement plus général est "comment améliorer l’image de la France auprès des pays anciennement colonisés par notre pays ?", résume Amélia Lakrafi. Les deux députées ont étudié "le phénomène de sentiment anti-français pour en mesurer la réalité, les ressorts et les manières de lutter contre", explique-t-elle.

"Dans les pays colonisés et plus particulièrement en Afrique, la France incarne plus largement l'Occident", souligne Sabrina Sebaihi. "On nous renvoie à la fois aux crimes liés à la colonisation, au maintien de formes d'influences héritées de la période dite de la Françafrique, mais aussi à notre positionnement international contemporain". Il est reproché à l'Hexagone "un double standard entre le conflit-russo ukrainien et d'autres conflits mondiaux" comme ceux qui se déroulent à Gaza, au Soudan ou dans la région des Grands Lacs. Les aides économiques accordées par la France sont, quant à elles, perçues comme "forme renouvelée d'ingérence".

Mobilités étudiantes, réparations symboliques

Pour améliorer cette image écornée, les deux élues préconisent aussi de repenser les termes employés pour désigner les relations entre ex-colon et ex-colonisés. Par exemple en parlant de "partenaires historiques" pour désigner ces pays, ou en utilisant l'expression de "diplomatie des sociétés civiles" plutôt que celle d'"influence", expose Amélia Lakrafi.

D'autre part, un effort est à fournir pour améliorer les échanges avec ces partenaires historiques. "Le sentiment anti-français en Afrique commence au consulat", observe Amélia Lakrafi, qui veut clarifier et simplifier les modalités d'attribution des visas, et faciliter les démarches pour la venue d'étudiants et de chercheurs. Sabrina Sebaihi appelle aussi à considérer la portée des réparations symboliques. Par exemple, dans le cas des essais nucléaires opérés par la France en Algérie, il "pourrait y avoir une coopération pour identifier les sites et participer à leur nettoyage".