Washington a demandé à Anthropic de suspendre l'accès à ses derniers modèles d'intelligence articifielle aux non-Américains. Une injonction inédite qui a fait réagir la classe politique française, largement animée par la volonté de défendre une autonomie stratégique en la matière.
C'est un blocage inattendu qui a largement fait réagir les principaux responsables politiques. En réaction à une demande de l'administration Trump, la start-up Anthropic a annoncé avoir désactivé ses derniers modèles d'intelligence artificielle (IA) les plus puissants, Mythos 5 et Fable 5.
Dans un communiqué, Anthropic a indiqué qu'elle n'avait pas eu d'autre choix, le gouvernement américain lui ayant demandé de suspendre l'accès à ces modèles à l'ensemble des ressortissants étrangers, y compris ceux situés sur le territoire américain ou employés directement par la start-up. Selon l'entreprise, l'administration américaine a justifié sa demande par la découverte de failles dans l'utilisation de Fable 5, la version grand public de Mythos, dont l'usage est restreint à certains États et entreprises.
Cette décision de l'administration américaine et ses conséquences ont provoqué de vives réactions en France et en Europe, de nombreux responsables y voyant la mainmise des États-Unis sur le secteur de l'IA. "Les grandes puissances considèrent désormais les technologies stratégiques comme des instruments de puissance", a réagi la ministre déléguée chargée de l'IA et du Numérique, Anne Le Hénanff, sur le réseau social X. "Cette réalité conforte l’Europe dans le choix qu’elle a fait : construire son autonomie technologique."
Et sans surprise, le sujet s'est invité dans la pré-campagne présidentielle en vue de l'élection de 2027, plusieurs candidats déclarés, ou potentiels, ayant réagi sur X. "La guerre de l'IA a déjà commencé", a soutenu Gabriel Attal (Renaissance). "L’IA doit être traitée comme l'énergie ou les matières premières. Nous ne pouvons pas compter sur d'autres car cela nous rend vulnérables, la décision des États-Unis le montre. Anthropic est leur détroit d'Ormuz", a indiqué l'ex-Premier ministre, mettant en garde contre le "risque de la vassalisation totale de la France".
"L'IA est désormais une infrastructure critique, aussi essentielle que l'électricité ou Internet", a pour sa part constaté Édouard Philippe (Horizons). "Il est temps que l’Europe se réveille et déploie ses propres armes", autre ancien Premier ministre, exhortant notamment à une simplification des normes, et à l'utilisation privilégiée des acteurs européns. Comme Gabriel Attal, le maire du Havre cite le fleuron français, Mistral.
"Dans la course à l’intelligence artificielle, une nation qui dépend des autres pour sa technologie est une nation qu’on peut débrancher du jour au lendemain", a écrit de son côté Bruno Retailleau (Les Républicains). "Il faut faire avec l’IA ce que nous avons fait avec le nucléaire : il faut la penser comme une part de notre souveraineté", a jugé le sénateur. L'ex-ministre de l'Intérieur met en avant les "atouts" de la France en vue du développement de champions de l'IA, appelant à une nation qui "reste maîtresse de son destin". Bruno Retailleau va jusqu'à inviter le patron d'Anthropic, Dario Amodei, à s'installer en France, "dans un cadre qui respecte [la] liberté entrepreneuriale".
"LFI classe le numérique comme nouvelle frontière de l'humanité et refuse que la France soit une colonie numérique des USA", a réagi de son côté Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise). Critiquant la "béatitude aveuglée" d'Emmanuel Macron en la matière, il insiste sur "l'urgence d'être indépendants et souverains".
Tandis que pour le Rassemblement national, Jordan Bardella a lui aussi jugé que le développement de l'intelligence artificielle était "déjà un sujet de souveraineté nationale majeur". Et d'affirmer : "La France doit accélérer dans le soutien à la pépite Mistral AI et à tout l’éco-système IA.".