"J’irai jusqu’au bout": Bruno Retailleau lance sa conquête de l’Élysée devant une droite presque au complet

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Bruno Retailleau à Paris, le 20 juin 2026 (© Raphaël Marchal / LCP)
Bruno Retailleau à Paris, le 20 juin 2026 (© Raphaël Marchal / LCP)
par Raphaël Marchal, le Samedi 20 juin 2026 à 18:04

REPORTAGE. Bruno Retailleau a lancé sa campagne avec son premier véritable meeting organisé ce samedi 20 juin à Paris. Le candidat LR à la présidentielle s'est appuyé sur des cadres du parti de droite, mais aussi sur l'écrivain Boualem Sansal, pour défendre son projet pour la France.

La chaleur suffocante qui frappe la capitale n'a pas découragé les militants. Plusieurs milliers de personnes - 6 000, selon les organisteurs - étaient présentes au Parc floral, ce samedi 21 juin, pour le premier meeting de campagne de Bruno Retailleau. Le président des Républicains, privilégié par les militants de son parti en avril, s'est lancé d'une salle parisienne acquise à sa cause, sous les yeux d'un parterre de cadres de la droite venus assister à ses débuts.

Bruno Retailleau ne s'y est pas trompé, démarrant son discours d'un peu moins d'une heure en faisant applaudir nommément certains de ceux qui avaient fait le déplacement. Aux places d'honneur, le président du Sénat, Gérard Larcher ; l'ex-candidate à la présidentielle et présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse ; François Baroin, maire de Troyes et éternel espoir de la droite, chaudement salué par le sénateur vendéen ; l'eurodéputé François-Xavier Bellamy ; Othman Nasrou, le secrétaire général des Républicains, ou encore Michel Barnier, ex-Premier ministre. Mais aussi l'écrivain Boualem Sansal, accueilli comme une rockstar.

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Boualem Sansal et Michel Barnier, le 20 juin 2026 (© Raphaël Marchal / LCP)

Détenu pendant près d'un an en Algérie, l'académicien a pris la parole dans une salle chauffée par les Jeunes Républicains qui encadraient la tribune. Boualem Sansal a rapporté que Bruno Retailleau était considéré comme un "héros" dans les geôles algériennes, du fait de son engagement contre le régime. La veille, l'ex-prisonnier avait annoncé sur LCI qu'il voterait "très probablement" pour lui. "Boualem Sansal est devenu une légende", a salué en retour le sénateur vendéen, après avoir fait une nouvelle fois applaudir l'écrivain.

La venue de nombreuses figures de la droite n'a pas tout à fait oublier les absents. En premier lieu desquels les six ministres, suspendus du parti pour leur participation au gouvernement de Sébastien Lecornu. Celle de Xavier Bertrand, et encore davantage celle de Laurent Wauquiez, le patron des députés LR. "Chacun fait ce qu'il veut, mais c'est dommage que Laurent Wauquiez ne soit pas là. On devrait être tous unis", juge Jacqueline, une militante venue de Saône-et-Loire.

"Plus rien ne marche"

Pour rejoindre l'estrade, Bruno Retailleau a dû fendre une armée de photographes et de journalistes, sous les vivats d'une salle comble, à l'âge moyen plutôt élevé. Auparavant, point de discours des poids lourds de la droite évoqués plus hauts. Seuls quelques jeunes maires récemment élus ont pris la parole, dont l'ex-député Pierre-Henri Dumont, élu à Marck (Pas-de-Calais).

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Gérard Larcher et François Baroin, le 20 juin 2026 (© Raphaël Marchal / LCP)

Bruno Retailleau n'a pas hésité à dramatiser l'élection, "la plus importante depuis un demi-siècle". "Ce sera soit l'effondrement, soit le relèvement", a-t-il prophétisé, avant d'évoquer longuement l'état d'un pays en déshérence. Justice, école, économie... "Après 10 ans d'En marche, plus rien ne marche", a cinglé l'ex-ministre de l'Intérieur, resté plus d'un an au gouvernement. Le président des LR a défendu son obsession : "remettre la France à l'endroit", truffant son discours de cette anaphore.

C'est devenu insupportable. La France marche à l'envers. Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle

"Il faut redonner la parole au peuple", a jugé le candidat à la présidentielle, fustigeant la "confiscation" du pouvoir par les élites politiques. Le sénateur s'en est longuement pris au Conseil constitutionnel, coupable de censurer des lois votées par les représentants du peuple, à l'image de la loi immigration. Il a également plaidé pour une réforme constitutionnelle pour laisser davantage la place au référendum, déplorant que les Français ne puissent pas "choisir leur politique migratoire".

"Je ne suis pas un jacobin"

À l'inverse, Bruno Retailleau, qui avait promis de fendre l'armure, a évoqué ses racines vendéennes, revendiquant d'avoir grandi loin des cercles du pouvoir parisien. "Je ne suis pas un jacobin", a lancé le sénateur. C'est là, a-t-il dit, qu'il a acquis la certitude qu'il fallait récompenser le travail, un marqueur de la droite. Esquissant quelques mesures de son futur projet, qui doit être dévoilé à l'automne, le sénateur a proposé de regrouper toutes les prestations sociales. et de les plafonner à 70 % du smic.

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Durant le meeting de Bruno Retailleau (© Raphaël Marchal / LCP)

De même, il a promis un grand mouvement de libération aux entrepreneurs, "matraqués fiscalement". De quoi réjouir Romain, 20 ans, encarté chez LR, mais qui trouve que les politiques ne se préoccupent pas suffisamment de lever les freins à l'entreprenariat chez les jeunes.

Les macronistes et LFI particulièrement ciblés

Bruno Retailleau a beau avoir prononcé son discours sans notes, il avait visiblement préparé les formules qui font mouche. Dans son viseur, tout particulièrement, les héritiers du macronisme et La France insoumise. "Je ne prétendrai jamais à être Jupiter", a-t-il lancé, en référence à Emmanuel Macron. "La France n'a pas besoin d'un surhomme, elle a besoin d'hommes et de femmes sûrs", a poursuivi le candidat à la présidentielle. "Et je n'aspirerai jamais à être Robespierre, pas un héros, mais un bourreau", a-t-il poursuivi, fustigeant la vision de la "nouvelle France" défendue par les insoumis. Un "nouvel antisémitisme" et un "nouveau sectarisme", a-t-il tancé.

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Othman Nasrou et François-Xavier Bellamy, le 20 juin 2026 (© Raphaël Marchal / LCP)

Suffisant pour effacer les doutes autour de sa candidature, alors que le sénateur plafonne autour des 10 % dans les intentions de vote et peine à s'aligner face à ses principaux concurrents en amont du scrutin, Gabriel Attal (Renaissance) et Édouard Philippe (Horizons) ? "Je vous fais le serment de gagner en 2027. J'irai jusqu'au bout", a-t-il martelé, face aux périls qui menacent le pays.

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Au meeting de Bruno Retailleau (© Raphaël Marchal / LCP)

Anne-France est en tout cas charmée par le "style bosseur et taiseux" du vendéen, seul à encore incarner, selon elle, la droite gaulliste. "On est qu'au début de la campagne", souligne-t-elle, pour conjurer les sondages en berne. D'autres militants croisés apprécient la personnalité de Bruno Retailleau, mais semblent davantage douter de sa capacité à lancer une dynamique. "Pour gagner, ça va être chaud", témoigne Redine. "C'est à cause de Fillon, il a contaminé tout le monde. Pour gagner, il faut être proche des gens, il faut faire du Chirac, toucher tous les milieux, pas seulement son électorat", assure-t-il. Pour lui, c'est un autre absent du meeting qui revêt les atours du favori de la droite : le maire de Cannes, David Lisnard. "C'est une étoile montante. Il va se passer un truc."