"Je me demande pourquoi je soutiens le gouvernement": sur le 1er-Mai, Sébastien Lecornu fâche son camp politique

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Sébastien Lecornu LCP 04/12/2025
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, le 4 décembre 2025 (© LCP)
par Anne-Charlotte DusseaulxStéphanie Depierre, Elsa Mondin-Gava, le Mardi 14 avril 2026 à 13:50, mis à jour le Mardi 14 avril 2026 à 17:21

En présence du ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, plusieurs députés Ensemble pour la République ont vivement critiqué, ce mardi matin en réunion de groupe, la décision du gouvernement de reculer sur la proposition de loi visant à favoriser l'ouverture de certains commerces, comme les boulangeries et les fleuristes, le 1er mai.

"Je me demande pourquoi je soutiens le gouvernement", a lancé ce mardi 14 avril le député Jean-Marc Fiévet lors de la réunion hebdomadaire du groupe Ensemble pour la République, après la décision de Sébastien Lecornu de reculer sur la proposition de loi sur le 1er-Mai. C'est peu dire que l'arbitrage du Premier ministre, sur un texte défendu par sa famille politique, a crispé au sein même du bloc central. "Un gouvernement sans courage n'a aucune raison d'exister", a poursuivi, selon un participant, l'élu des Deux-Sèvres, qui a pris la parole pour afficher son mécontentement. Sa collègue Nicole Dubré-Chirat est également montée au créneau. "On n'est pas obligé de légiférer sous la pression syndicale, dont certaines organisations avaient le même discours pendant les Jeux olympiques pour le travail du dimanche", a-t-elle notamment déploré.

Face aux députés du parti présidentiel, dont Gabriel Attal est le chef de file, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, avait fait le déplacement ce mardi matin à l'Assemblée nationale. A son arrivée dans la salle, c'était "ambiance glaciale et silence de mort", raconte à LCP une députée présente. "Le pauvre s'est fait démonter, ça me fait presque de la peine. Ce n'est pas lui qui devrait venir nous voir vu ce que le gouvernement a fait", relate un autre élu EPR, visant tout particulièrement Sébastien Lecornu. Et le même d'ajouter : "En neuf ans, je n'ai jamais vu un tel acte de défiance d'un gouvernement qui lâche le principal groupe sur lequel il repose." De son côté, selon un participant, Gabriel Attal a évoqué un "moment d'incompréhension et de colère" pour son groupe parlementaire. "On passe pour des abrutis", estime un autre.

D'autres députés du groupe EPR plaident cependant l'indulgence au vu du "contexte fébrile". "On est sur des braises avec la crise énergétique. Pour moi, le 1er mai, ce n'est pas la top priorité du moment !", explique l'un d'entre eux à LCP. Un autre dit "comprendre la décision du Premier ministre" et estime que c'était "la bonne", car "son rôle est de veiller à la cohésion sociale". "Avec la motion de rejet, qui est un truc violent, on a perdu l'intersyndicale et le MoDem", regrette le même.  

"Je n'ai jamais vu ça ! C'est lunaire"

Mais depuis l'annonce lundi soir par Jean-Pierre Farandou de la non-convocation de la commission mixte paritaire (CMP), l'instance de conciliation entre députés et sénateurs, sur la proposition de loi portant sur l'élargissement du travail le 1er mai  adoptée vendredi après une motion de rejet , nombreux sont ceux qui ont publiquement regretté cette décision.

Sur X, Gabriel Attal l'a déploré et appelé à "revenir sur les causes profondes de l'absurdité politique et technocratique de cette situation". "Le gouvernement recule, encore, face aux injonctions de la gauche", a critiqué sa collègue Prisca Thévenot ; quand Guillaume Kasbarian a déclaré sur Sud Radio ce mardi matin : "C'est lamentable ! La gauche et les syndicats tiennent le gouvernement par les couilles !" 

Chez les alliés non plus, la décision de Sébastien Lecornu n'est pas passée. Frédéric Valletoux (Horizons) est également remonté, sur la méthode notamment. "Le gouvernement ouvre les échanges avec les syndicats la veille de la CMP, à 18 heures, je n'ai jamais vu ça ! C'est lunaire", réagit le président de la commission des affaires sociales, qui assure avoir appris par la presse que la réunion de conciliation n'était pas convoquée. "C'est dommageable de nous avoir emmenés jusque-là pour se rendre compte que ça n'allait pas", complète ce cadre du parti d'Edouard Philippe auprès de LCP.

Pour éviter la motion de censure ?

Du côté de la Droite républicaine, qui portait initialement la proposition de loi, "tout le monde est furieux" aussi, assure le député Philippe Gosselin, pour qui Sébastien Lecornu a commis "une faute" et "succombe à la pression". "Ça va être un marqueur, beaucoup d'artisans ne comprennent pas, nous sollicitent", renchérit l'élu de la Manche. 

Ce mardi, dans les couloirs de l'Assemblée nationale, il n'y a guère qu'à gauche  et au MoDem où l'on "salue la position du gouvernement" tout en défendant un besoin de "sécurisation" pour les artisans boulangers  qu'on se réjouit du recul du gouvernement sur le 1er mai. "Lecornu ne voulait pas tomber sur un truc d'Attal", croit savoir un député communiste, dont le groupe avait annoncé le dépôt d'une motion de censure si le gouvernement ne faisait pas marche arrière sur le 1er mai.

"On aurait eu une motion de censure, le Parti socialiste aurait été obligé de la voter et on se serait mis dans les mains du Rassemblement national", résume un député du parti présidentiel. Un conseiller ministériel n'est pas tendre envers Gabriel Attal, qui peaufine sa candidature à l'élection présidentielle de 2027, l'accusant d'avoir "sous-estimé la portée symbolique du 1er-Mai" et l'exhortant à "arrêter de prendre en otage l'Assemblée avec des trucs très clivants". Et d'ajouter, acerbe : "Il est patron de groupe, dans l'hémicycle, on compte les voix pas les likes."