Laits infantiles contaminés: comment des députés veulent mieux les contrôler pour éviter un nouveau scandale sanitaire

Actualité
Image
Photo d'illustration - AFP 19/05/2026
Photo d'illustration. Les rappels concernaient des lots des marques Danone, Lactalis, Vitagermine, Popote et La marque.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Mardi 19 mai 2026 à 16:40, mis à jour le Mardi 19 mai 2026 à 17:10

A l'issue d'une mission "flash" sur les laits infantiles, les députés Mathilde Hignet (La France insoumise) et Michel Lauzzana (Ensemble pour la République) s'apprêtent à présenter cet après-midi, mardi 19 mai, quatorze préconisations "pour mieux protéger la santé des nourrissons face aux risques alimentaires", alors que leur rapport révèle des "lacunes qui doivent impérativement être prises en compte pour l’avenir". 

Fin février, la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale avait acté la création d'une mission "flash" sur les laits infantiles, face aux inquiétudes soulevées par le rappel de nombreux lots par les marques Nestlé, mais aussi Danone, Lactalis, Vitagermine, Popote et La marque. Les deux rapporteurs Mathilde Hignet (La France insoumise) et Michel Lauzzana (Ensemble pour la République) s'apprêtent à dévoiler leurs conclusions ce mardi après-midi. L'objectif initial : revenir sur la chronologie des faits, entre novembre 2025 et février 2026, "identifier d’éventuels dysfonctionnements" et "établir des recommandations visant à mieux protéger cette population fragile".

Au terme de leurs travaux, les deux députés formulent 14 recommandations "pour mieux protéger la santé des nourrissons face aux risques alimentaires" car, selon leur rapport, consulté par LCP, cette crise des laits infantiles "révèle certaines lacunes qui doivent impérativement être prises en compte pour l’avenir". Ils plaident donc notamment pour un renforcement des contrôles et une amélioration des procédures permettant de réagir en cas de crise.

Une toxine à l'origine de la contamination

Concrètement, les lots de laits infantiles avaient été retirés du marché à cause d'une contamination par la toxine céréulide. Comment est-ce possible, alors que des contrôles de la qualité sanitaire existent aux niveaux européen et français ? "A la différence de la bactérie Bacillus cereus, qui produit [la toxine], la céréulide n'est pas un contaminant réglementé à l'échelle européenne. Les analyses conduites portent ainsi uniquement sur la bactérie", expliquent les élus, qui ont mené une dizaine d'auditions ces dernières semaines. "La fabrication de l'huile ARA par fermentation conduit ainsi à détruire la bactérie, mais pas la toxine", poursuivent-ils, tout en précisant que Cabio Biotech, le fournisseur chinois d'huile contaminée par la toxine céréulide n'a pas répondu à leurs sollicitations.

Une situation qui "pose la question de notre capacité à détecter les dangers émergents dans l’alimentation", écrivent Mathilde Hignet et Michel Lauzzana. Les corapporteurs proposent donc, parmi leurs 14 recommandations, de revoir la liste des substances réglementées par l’Union européennen, ainsi que de "mettre en place un laboratoire européen de référence pour Bacillus cereus et appuyer une candidature de l'Anses". Pour éviter d'avoir recours à un fournisseur chinois, les deux députés préconisent également d'étudier "la possibilité de développer une filière nationale ou européenne de production pour l'huile ARA". 

"Mieux centraliser les informations disponibles"

Dans leur rapport, Mathilde Hignet (LFI) et Michel Lauzzana (EPR) reviennent, en outre, sur les délais entre "la prise de conscience" par les industriels de la contamination et "la notification" aux autorités publiques et s'interrogent sur "la bonne application du principe de précaution". "Des retraits massifs plus précoces, correspondant à une application plus stricte du principe de précaution, auraient ainsi permis d’éviter le sentiment d’incompréhension qui a résulté de ces vagues de retrait successives", estiment-ils. 

Sur ce point, les deux élus recommandent notamment "d'accorder un traitement spécifique aux laits infantiles dans le cadre des procédures d’alerte", mais aussi de "mettre en place divers moyens institutionnels permettant de mieux centraliser et diffuser les informations disponibles en situation de crise sanitaire", afin de lutter contre la désinformation qui peut sévir sur les réseaux sociaux en particulier si la communication officielle est insuffisamment claire. En fonction des décisions qui seront rendues par la justice  qui a été saisie par des familles , Mathilde Hignet et Michel Lauzzana ajoutent qu'il sera peut-être nécessaire de renforcer la loi Egalim "pour que l'obligation de notification immédiate des industriels ne puisse pas faire l'objet d’interprétations". 

"Au regard de la sensibilité" de la population exposée, ils plaident par ailleurs pour un renforcement des contrôles par les industriels eux-mêmes d'une part, et par les autorités publiques d'autre part, pour se rapprocher ainsi du niveau d'exigence en vigueur pour les médicaments.