Les acteurs de l'intelligence artificielle générative sont "très avares en données précises sur leur véritables impacts environnementaux", a déploré la présidente de l'Arcep, Laure de La Raudière, lors d'une audition à l'Assemblée nationale ce mercredi 24 juin. Elle a également alerté sur le risque de "verrouillage du marché" par les acteurs dominants, au vu de la concentration du secteur.
L'évaluation de l'impact environnemental des acteurs de l'intelligence artificielle (IA) générative reste limitée en raison du manque de transparence du secteur, a souligné la présidente de l'Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep), lors d'une audition à l'Assemblée nationale, ce mercredi 24 juin.
Laure de La Raudière a alerté sur la croissance de l'impact environnemental du numérique, notamment du fait d'une "massification" de l'usage de l'IA générative. L'empreinte carbone des centres de données, qui représente entre 40 et 50 % du total de l'empreinte du numérique, a ainsi augmenté de 23 % en 2024, après avoir connu une croissance de 14 % en 2023.
Les modèles d'IA générative sont des "ogres de consommation électrique", a pointé la présidente de l'Arcep, tout en déplorant que les acteurs du secteur soient peu ouverts à la transparence quant aux données de leur impact environnemental. Selon elle, les acteurs de l'IA, au moins les plus importants, devraient avoir une "obligation de transparence" en la matière. "Cela permettrait aux utilisateurs de choisir en connaissance de cause, et orienterait le marché vers les modèles les plus vertueux", a estimé Laure de La Raudière.
En outre, elle a jugé que le problème devait être pris à la source, en favorisant la promotion de "l'éco-conception des services numériques". Cette pratique vise à "rendre plus sobre l'ensemble de nos applications et services" en utilisant des technologies plus vertueuses, ou en évitant une conception visant à pousser à un usage addictif, comme le font la plupart des réseaux sociaux.
La présidente de l'Arcep a, par ailleurs, pointé la "concentration massive" dans le domaine de l'IA. où règnent une poignée d'acteurs, quasiment tous non-européens. "ChatGPT est utilisé par 80 % des utilisateurs de l'IA générative", a-t-elle souligné.
Utilise-t-on vraiment la tech que nous souhaitons pour nous et pour les générations à venir ? Laure de La Raudière, présidente de l'Arcep
De fait, ce phénomène présente le même risque que celui qui peut exister dans le secteur des télécoms : celui d'un "verrouillage du marché par les acteurs dominants". "Ils ont valorisé leur position quasi-oligopolistique sur des marchés adjacents, et ont soigneusement mis en place des barrières techniques et commerciales, rendant complexes, voire impossibles, les migrations vers les services d'autres fournisseurs", a décrit Laure de La Raudière. "Ils verrouillent ainsi les clients dans leur univers, empêchant une concurrence saine de se développer."
Autre évolution mise en avant par la présidente de l'Arcep au cours de l'audition : l'essor de l'IA transforme radicalement le comportement des internautes, qui utilisent les modèles comme des moteurs de recherche. "Vous n'avez plus le même accès à l'information, ou la capacité de découvir de nouveaux contenus", a-t-elle poursuivi. "Si vous créez de nouvelles entreprises, et qu'elles sont invisibles via les moteurs de recherche, cela pose un enjeu de développement économique", a mis en garde Laure de La Raudière, prônant davantage de transparence dans le fonctionnement des IA et dans la description des sources utilisées.
La présidente de l'Arcep juge plus généralement nécessaire de laisser l'utilisateur choisir son modèle d'IA. "Si vous êtes dans un environnement Google, vous avez du Gemini. Si vous êtes dans un environnement Microsoft, c'est Copilot", a-t-elle expliqué. Cette intrégration verticale mène "nécessairement à un comportement pervers lié à la dominance de ces acteurs, et au fait qu'ils interviennent sur des marchés adjacents".