Alors que François Ruffin a confirmé son intention d'être candidat à l'élection présidentielle, la polémique fait rage autour de sa bande dessinée Picardie Splendor. Accusé de reproduire des clichés racistes et de se représenter lui-même en "sauveur blanc", il réactive des critiques déjà anciennes à gauche.
C'est l'histoire du lancement d'une bande dessinée qui plombe un lancement de campagne. Picardie Splendor, paru aux éditions Les Arènes le 7 mai, n'en finit pas de polluer l'image et les déclarations de François Ruffin, candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2027. En cause : un logiciel surranné qui serait celui du président de Debout! en matière de lutte contre le racisme.
La polémique, particulièrement vive sur les réseaux sociaux, concerne les relents d'un inconscient raciste qui figureraient dans l'opus consacré aux "aventures de François Ruffin député-reporter". L'une des planches de la bande dessinée a été notamment perçue comme représentant un sauveur paternaliste et donneur de leçons en la personne de François Ruffin, venant délivrer dans un train une femme noire et un autre passager qu'il perçoit comme arabe, contraints eux de se soumettre. La version relatée par le député picard a d'ailleurs été dépuis remise en cause par Félix, le passager en question.
Le 19 mai sur son blog, François Ruffin a admis "des passages ratés, notamment cette case qui donne l’impression que j’ai pris des cours de maintien, à bomber le torse et me tenir droit, pas vraiment dans mes habitudes". Et de poursuivre : "le contraste est marquant avec le jeune homme qui, lui, courbe l’échine : je comprends que cette image choque". François Ruffin a tenté de s'expliquer en mettant en avant son antiracisme "marqué années 90", qu’il résume à travers la formule "Blacks, blancs, beurs", et dans une référence à "l'église Saint-Bernard, parrainages de sans-papiers, etc".
Une justification formulée après les nombreuses critiques qui ont, pour une grande part d'entre elles, émané de sa propre famille politique. "François, le temps des colonies c’est fini", a commenté, dessins à l'appui, sa collègue de groupe à l'Assemblée nationale, Sabrina Sebaihi (Ecologiste et social). Danielle Simonnet, qui siège elle aussi sur les bancs écologistes, a pour sa part estimé que son collègue confirmait "qu'il ne comprend pas le racisme systémique". Quand Nadège Abomangoli (La France insoumise) a simplement tweeté "Merci bwana Ruffin".
Si cette séquence semble plomber les premiers pas de François Ruffin sur son chemin pour la présidentielle, les polémiques internes à la gauche nées de certains de ses positionnements ne sont pas nouvelles. Son refus de se rendre à la marche contre l'islamophobie, organisée le 10 novembre 2019 à la suite de l'assassinat d'Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard, avait déjà provoqué l'indignation, en particulier chez les Insoumis, dont il n'avait à l'époque pas encore rompu les rangs. "Je n’irai pas dimanche, je joue au foot", avait à l'époque argué François Ruffin dans une réplique qui lui colle encore à la peau au sein des milieux militants.
Sur une question cardinale à gauche, celle de la Palestine, François Ruffin a aussi été critiqué, notamment en décembre 2024, lorsqu'il avait refusé de qualifier de "génocide" le massacre qui s'exerçait à Gaza. "Est-ce qu’il va y avoir une extermination des Palestiniens ? Non, ce n’est pas ça le sujet", avait-il estimé lors d'une émission Twitch sur la chaîne de L'Humanité. Un sujet qui, comme beaucoup d'autres, est un marqueur de sa différence avec Jean-Luc Mélenchon, le leader insoumis ayant employé le terme de "génocide" dès décembre 2023, et jugeant que "l'histoire retiendra" quelles furent les positions des uns et des autres sur la question.
Mais là encore, face à un tollé interne à la gauche, François Ruffin s'était expliqué dans une note de blog, quelques jours plus tard. "Ça arrive : vous causez au micro, et aussitôt après, vous le regrettez. C’était le cas, la semaine dernière, lors du live Twitch à L’Huma, et un goût amer derrière", avait-il alors écrit. "A la fois sur le ton : raisonner à distance, sans dire l’horreur de Gaza, les souffrances des enfants, les larmes des mères. Et sur le fond : car oui, il s’agit bien d’un génocide", avait-il alors rectifié.
Plus récemment, il s'était déclaré "hostile à l’immigration pour le travail", sur le plateau des 4 vérités de France 2. "Le souverainisme et le chauvinisme mènent fatalement à une politique xénophobe digne du RN", avait tweeté la porte-parole de Lutte Ouvriere, Nathalie Arthaud, également sur les rangs de la campagne présidentielle, quand le député LFI Andy Kerbrat avait accusé François Ruffin de "troquer le rouge pour le brun en divisant les travailleurs".
Des critiques parfois similaires à celles dont Fabien Roussel a fait les frais, notamment durant la campagne pour l'élection présidentielle de 2022. Alors candidat du PCF, il lui avait été reproché à gauche d'être le tenant d'un discours chauvin, s'adressant à une France rurale et périurbaine au détriment des habitants des quartiers populaires, quand de l'autre côté de l'échiquier politique, certains avaient vanté sa capacité à incarner une forme d'"antiwokisme". Une dichotomie réactivée récemment suite à ses propos, sur le plateau de Cnews, concernant notamment l'existence d'un "racisme anti-blanc".
"Il a 120 000 soutiens citoyens. Il a réuni 2500 personnes à Lyon. Il dirait qu'il ne fait pas beau, on l'accuserait d'être climatosceptique", a récemment déclaré Sébastien Jumel, ancien député communiste et désormais porte-parole du mouvement Debout!, à propos de François Ruffin. Dans sa dernière note de blog, celui qui aspire à présider le pays dit vouloir porter "ce langage commun entre les caristes de Gennevilliers et les auxiliaires de vie de Normandie", afin de "réconcilier la France, quand tant d’autres forces œuvrent à la déchirer".