L’ancien Premier ministre socialiste est décédé à l’âge de 88 ans. Nommé à Matignon en 1997, Lionel Jospin avait mené un gouvernement de "gauche plurielle". Après cinq ans de cohabitation, il avait mis fin à sa carrière politique, le 21 avril 2002, après avoir échoué à se qualifier pour le second tour de l'élection présidentielle qui avait vu s'affronter Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen.
Au lendemain du second tour des élections municipales, le Parti socialiste perd l'une de ses figures majeures. L'ancien Premier ministre Lionel Jospin est mort, dimanche 22 mars, à l'âge de 88 ans. Sa disparition a été annoncée ce lundi.
Ancien élève de l'ENA, Lionel Jospin entame une carrière de diplomate au mitan des années 60 avant de devenir professeur d'économie. Militant trotskyste à l'Organisation communiste internationaliste (OCI), il entre au Parti socialiste en 1971 à la faveur du Congrès d'Epinay, qui place François Mitterrand au premier plan de l'appareil. Proche du futur président de la République, il entre en 1973 au bureau exécutif et devient secrétaire national à la formation. En janvier 1981, lors du Congrès de Créteil qui fait de François Mitterrand le candidat du parti à l'élection présidentielle, Lionel Jospin lui succède à la tête du PS.
Lorsque François Mitterrand devient président de la République, Lionel Jospin, désormais Premier secrétaire du Parti socialiste est candidat aux élections législatives. Élu député de Paris, dans le 18e arrondissement, en juillet 1981, il mène parallèlement à la tête du parti les négociations en vue de l'accord de gouvernement avec les communistes.
Si Lionel Jospin est réélu à l'Assemblée en 1986, il change de circonscription, devenant député de Haute-Garonne à la faveur d'une législative partielle. Après la réélection de François Mitterrand en 1988, il renonce à son siège pour intégrer le gouvernement.
A son arrivée rue de Grenelle, Lionel Jospin quitte le poste de Premier secrétaire tout en restant membre du bureau national du PS.
Comme ministre de l’Éducation nationale, il redessine la carte universitaire et fait voter en 1989 la loi d'orientation sur l'éducation, dite aussi "loi Jospin", qui fait de l'éducation "la première priorité nationale". Sa portée est essentiellement pédagogique et son objectif revendiqué est de "mettre l’élève au centre du système".
Il connaîtra sa traversée du désert après son départ du gouvernement démissionnaire d’Édith Cresson, en 1992, et sa défaite aux élections législatives de 1993. Songeant un temps à se retirer de la politique, il est rattrapé par le virus en 1995, le PS le désignant pour être son candidat à l'élection présidentielle suite au désistement de Jacques Delors. S'il arrive en tête du premier tour avec 23,3 % des voix, il perd au second tour face à Jacques Chirac. Il redevient alors Premier secrétaire du PS, se retrouvant à la tête du premier parti d'opposition.
Faisant alliance avec les Verts, les communistes, le parti radical-socialiste et le Mouvement des Citoyens, Lionel Jospin initie la coalition de la "gauche plurielle", qui remporte les élections législatives de 1997, après que Jacques Chirac ait décidé de dissoudre l'Assemblée nationale.
Nommé à Matignon le 2 juin 1997, il forme un gouvernement de "majorité plurielle" avec notamment la communiste Marie-George Buffet au ministère de la Jeunesse et des Sports, et l'écologiste Dominique Voynet au ministère de l'Environnement. C'est sous cette cohabitation que la ministre de l'Emploi et de la Solidarité, Martine Aubry, met en place la réforme dite des 35 heures, l'une des grandes promesses de campagne de la gauche plurielle. Autre loi très contestée sur sa droite et également adoptée sous le gouvernement Jospin, celle du Pacte civil de solidarité (PACS), instauré en 1999.
Candidat à l'élection présidentielle de 2002, Lionel Jospin est concurrencé par plusieurs candidatures de gauche, n'étant pas parvenu à maintenir l'élan de la majorité plurielle sur sa candidature. Sa déclaration durant la campagne : "Mon projet n'est pas socialiste", suscite de nombreuses critiques de son camp, et Lionel Jospin échoue dès le premier tour, le 21 avril 2002. Une élimination au profit de Jean-Marie Le Pen qui suscite d'abord la sidération, avant une mobilisation et des manifestations dans tout le pays appelant à battre le candidat d'extrême droite. Dès le soir du premier tour, Lionel Jospin indique qu'il se retirera de la vie politique au lendemain de l'élection présidentielle, assumant "pleinement" la responsabilité de son "échec". Finalement, Jacques Chirac est largement réélu.
Bien qu'en 2007, il rejoigne un temps l'équipe de campagne de Ségolène Royal, sa présence dans l'arène politique se fera en effet discrète. Il a ensuite siégé au Conseil constitutionnel de 2015 à 2019.