Municipales: à Paris, comment le scandale du périscolaire a bousculé la campagne

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Emmanuel Grégoire, le 11 décembre 2025.
Emmanuel Grégoire, le 11 décembre 2025.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Jeudi 12 mars 2026 à 16:17, mis à jour le Jeudi 12 mars 2026 à 18:02

La bataille des élections municipales a été rattrapée par le scandale des violences sexuelles commises dans le périscolaire d'établissements de la capitale. En tant qu'ancien adjoint d'Anne Hidalgo, le socialiste Emmanuel Grégoire a été particulièrement ciblé par ses concurrents, qui ont tous fait des propositions pour éviter que de tels drames ne se reproduisent.

Les accusations se sont multipliées ces derniers mois, et le sujet s'est rapidement imposé au cœur des débats de la campagne des élections municipales à Paris. Dernière révélation en date : mardi, France Inter indiquait qu'un animateur d'une école maternelle du 15e arrondissement était visé par trois plaintes, déposées début février, pour viol sur mineur. Depuis janvier, pas moins de neuf agents du périscolaire ont été suspendus pour suspicions de violences physiques et sexuelles à l'école Saint-Dominique, une maternelle située dans le 7e arrondissement. En 2025, une quarantaine d'animateurs de la capitale avaient déjà été suspendus, dont 20 pour suspicion de faits à caractère sexuel.

Premier adjoint de la maire Anne Hidalgo jusqu'en juillet 2024, le candidat PS de la majorité sortante, Emmanuel Grégoire, est sous le feu des critiques. "C'est une honte et un scandale absolument choquant. Voilà leur bilan désastreux", a dénoncé Rachida Dati, la candidate des Républicains, sur Europe 1 ce jeudi matin. "La mairie de Paris est complètement déficiente sur ce sujet très grave, et M. Grégoire s'en lave les mains", a-t-elle accusé, assurant qu'elle "reprendrait tout en main" si elle remportait l'élection municipale.

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Au même moment sur Radio J, Pierre-Yves Bournazel (Horizons) estimait que "ce qu'il s'est passé, c'est le plus gros scandale que la ville de Paris n'ait jamais connu". Selon lui, "celles et ceux qui sont aux responsabilités ont commis des fautes très lourdes". Fin janvier, l'élu avait affirmé que s'il était maire de Paris, il "aurait démissionné et viré les membres de l'exécutif et d'administration qui ont failli". "Aujourd'hui, Paris n'est pas une ville heureuse, c'est une ville traumatisée. [...] Je veux faire la lumière sur ce scandale", a pour sa part déclaré Sarah Knafo, la candidate de Reconquête, dans une vidéo postée mercredi sur Instagram. 

En présentant son programme à la mi-février, l'Insoumise Sophia Chikirou avait, elle, lancé que "la ville a[vait] fait n'importe quoi avec le recrutement dans le périscolaire" et pointé la "responsabilité" d'Emmanuel Grégoire, en tant qu'ancien adjoint à l'hôtel de ville. Face aux révélations secouant la capitale, cette dernière, qui est aussi députée, avait déposé à l'Assemblée nationale en décembre 2025 une proposition de résolution visant à créer une commission d'enquête "sur les modalités de recrutement, de formation et d'organisation des activités périscolaires". "Mais elle est bloquée", déplore la candidate. 

La défense d'Emmanuel Grégoire

Face aux critiques, Emmanuel Grégoire se défend, rappelant avoir quitté la mairie depuis presque deux ans. "Je ne suis plus en charge et je n'ai jamais été en charge de ce sujet", a notamment réagi le socialiste ce jeudi matin sur France Info. "Ce qu'il s'est passé est intolérable. [...] Ce que j'ai vu remonter ces dernières semaines est insupportable", a poursuivi le candidat socialiste, précisant, lui aussi, que ce serait "le premier dossier dont [il] va se saisir" s'il est élu maire de Paris fin mars. "Tout sera revu de fond en comble."

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Emmanuel Grégoire, qui a lui-même confié avoir été victime de violences sexuelles lorsqu'il était en CM1, estimait toutefois en février dernier que les manquements passés devaient être "partagés". Et notoirement avec sa rivale Rachida Dati, maire du 7e arrondissement, dans lequel se situe Saint-Dominique, l'une des écoles incriminées.

La candidate LR a pour sa part affirmé à plusieurs reprises que l'ex-premier adjoint d'Anne Hidalgo, qu'elle juge responsable de ce "scandale", serait "convoqué par la justice après les municipales". "Je ne le serai jamais, mais jamais !", s'est étranglé Emmanuel Grégoire, dénonçant un "mensonge" destiné à "mettre la confusion dans la confusion, y compris sur ses propres affaires à elle", en allusion au procès de Rachida Dati pour corruption en septembre.

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A chaque candidat, ses propositions

Durant la campagne électorale, tous les candidats se sont engagés à empêcher qu'un adulte puisse se retrouver seul avec un enfant, dans un contexte de manque d'attractivité des métiers de l'animation. Ensuite, chacun y est allé de ses propositions. Emmanuel Grégoire propose notamment de mettre fin aux contrats de vacations morcelées en recrutant 2 800 agents sur des temps continus. Rachida Dati souhaite imposer des binômes d'animateurs en permanence. Comme elle, Pierre-Yves Bournazel Bournazel et Sarah Knafo défendent un contrôle approfondi des animateurs  ce que la ville de Paris assure faire d'ores et déjà.

Le candidat Horizons souhaite également instaurer un nouveau règlement pour le périscolaire et promet 7 000 titularisations d'animateurs vacataires. Sophia Chikirou (LFI) veut, elle, titulariser 4 000 vacataires et atteindre 10 000 permanents en 2032. Sarah Knafo (Reconquête) préfère en appeler aux grands-parents pour gérer l'animation et veut "favoriser le recrutement de retraités et des parents d'élèves disponibles", qui seraient "payés à la vacation".

Tous les candidats du premier tour à Paris :

  • Marielle SAULNIER (EXG)
  • Thierry MARIANI (EXD)
  • Emmanuel GRÉGOIRE (UG)
  • Blandine CHAUVEL (EXG)
  • Sarah KNAFO (EXD)
  • Pierre-Yves BOURNAZEL (UC)
  • Rachida DATI (UD)
  • Sophia CHIKIROU (LFI)
  • Mahel PIEROT-GUIMBAUD (EXG)