Présidentielle: Mélenchon de nouveau candidat, qu'est-ce qui a changé depuis 2022?

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Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Lundi 4 mai 2026 à 18:34

Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a officialisé dimanche soir sa candidature à l'élection présidentielle de 2027. Ce qu'il avait déjà fait pour le scrutin de 2012, de 2017 et de 2022. L'occasion de faire le point sur ce qui a changé depuis sa précédente candidature. 

"Nous c'est carré. Il y a une équipe, un programme, un seul candidat", a déclaré Jean-Luc Mélenchon dimanche soir en officialisant sa candidature à l'élection présidentielle de 2027. Le leader de La France insoumise briguera l'Elysée pour la quatrième fois consécutive. En 2022, il avait terminé à la troisième place, derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen, et à un peu plus de 400 000 voix de l'accession au second tour. Qu'est-ce qui a changé depuis ? Pour le scrutin précédent, il avait également lancé en novembre 2020, déjà sur le plateau de TF1 : "Oui je suis prêt. Je propose ma candidature. […] J’ai un programme, une équipe prête à gouverner."

À gauche, un paysage politique encore plus divisé?

Jean-Luc Mélenchon en a parlé dimanche soir : il a déploré la "confusion" et les "divisions internes" qui règnent actuellement au sein des autres formations politiques. Une manière notamment de renvoyer la gauche hors LFI dans ses propres divergences, concernant par exemple l'organisation d'une primaire pour désigner un candidat unique issu de ses rangs. "Mélenchon, il va y aller à fond, il va avoir ses signatures, ses trucs, l'argent, les militants, les réseaux sociaux. Et nous on va faire quoi ?", s'alarmait dès vendredi la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, candidate à cette primaire dont certains, à l'image du socialiste Boris Vallaud ou de Raphaël Glucksmann (Place publique), ne veulent pas entendre parler. 

Les mêmes s'accordent toutefois sur une chose : ils ne veulent pas faire avec Jean-Luc Mélenchon, jugé trop clivant et en incapacité de l'emporter au second tour. "Jean-Luc Mélenchon est l'homme politique le plus détesté de ce pays et le meilleur épouvantail pour la droite et l'extrême droite", a ainsi jugé le socialiste Pierre Jouvet ce lundi sur Franceinfo. Réplique de l'intéressé : "Ce pays n'est pas rempli de racistes et de fascistes. Entre un pétainiste d'extrême droite [Jordan Bardella du Rassemblement national, NDLR] et moi, je n'ai pas l'ombre d'un doute sur ce qu'il se passera dans le pays." Comprendre que l'Insoumis sortirait vainqueur de cet éventuel duel. 

Interviewé sur Brut dimanche soir dans la foulée de son annonce, le leader de LFI a affirmé en avoir marre de tendre la main à ses ex-partenaires de gauche. "Si les appareils politiques ne veulent pas des Insoumis […] eh bien tant pis, qu'ils fassent ce qu'ils veulent", a-t-il avancé. Ou encore : "Je préférerais qu'ils soient avec moi, ils ne veulent pas, je ne vais pas les forcer." La non-censure du gouvernement de Sébastien Lecornu par les socialistes, lors de l'examen du budget, a laissé des traces. 

Pour le scrutin de 2022, Jean-Luc Mélenchon avait officialisé sa candidature en novembre 2020, soit très en amont du scrutin et en pleine crise sanitaire liée à l'épidémie de Covid-19.  "Est-ce que vous pensez que c’était le bon moment? […] Emmanuel Macron s’est ouvert une bonne bouteille hier soir. Parce que la gauche et les écologistes, s’ils veulent gagner, ont besoin de se rassembler", avait à l'époque réagi le patron du PS, Olivier Faure. Les socialistes qui apparaissaient moins divisés qu'aujourd'hui en interne sur la stratégie à adopter , les écologistes et les communistes étaient alors dans des désignations internes. Ils "ont tous décidé d'avoir un candidat, certains ont déjà plusieurs pré-candidats", commentait l'Insoumis, parlant cette fois de "pagaille" pour les mois à venir et se plaçant comme "pôle de stabilité". 

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Une situation internationale qui s'est complexifiée

Sur TF1, Jean-Luc Mélenchon en a fait l'une des explications de sa candidature et de la nécessité d'avoir un candidat expérimenté ; à savoir celui qui est "le mieux préparé" pour affronter, entre autres, la menace "d'une guerre généralisée". "C'est le contexte et l'urgence qui ont fixé la décision insoumise", a-t-il déclaré. Depuis 2022, les conflits mondiaux se sont accrus, avec l'offensive israélienne à Gaza et la guerre en Iran. "Sans vouloir affoler, mais pour être lucide, nous entrons dans une saison très agitée de l'histoire du monde", a mis en garde l'Insoumis. 

En évoquant la guerre au Moyen-Orient, le tribun de 74 ans a pointé dimanche soir la responsabilité des Etats-Unis et d'Israël et estimé qu'il aurait fallu former un "front commun" avec l'Espagne pour s'opposer. 

Sauf que nombreux sont ceux, y compris, à gauche, qui ont critiqué l'attitude du tribun ces derniers mois. "Je n'oublie pas qu'il y a encore quelques semaines, Jean-Luc Mélenchon, dans des meetings, s'amusait à faire rire des salles avec des noms à consonance juive", en l'occurrence ceux de Raphaël Glucksmann et de Jeffrey Epstein, s'est exclamé lundi Pierre Jouvet, le secrétaire général du Parti socialiste. "Jean-Luc Mélenchon fracture dans ce pays", a-t-il insisté, citant aussi "son incapacité à prendre position pour qualifier le Hamas d'organisation terroriste après le 7 octobre [2023]". 

"On n'a pas besoin de quelqu'un qui ne pose de problème à personne [...] On a besoin de gens qui tiennent bon. Ils en sont incapables", a rétorqué le désormais candidat officiel dimanche soir, prenant pour exemple les 7 et 8 octobre : "Ils sont tous partis se cacher sous la table. Nous avons dit 'tous les crimes doivent être punis', et ensuite halte au génocide. On a tenu bon contre vents et marées."

Il y a quelques semaines, un cadre du MoDem reconnaissait auprès de LCP certaines qualités à Jean-Luc Mélenchon, "un orateur brillant", "un intellectuel cultivé". Le même pensait toutefois que l'élection présidentielle se jouerait sur la capacité des candidats en lice à gérer la situation internationale, y voyant une difficulté pour l'Insoumis. Les Français se poseront la question de "qui parle à Poutine et à Trump" et se demanderont "à qui donner les clefs du camion" face à "ces problèmes très lourds", affirmait-il.

La "nouvelle France", un nouveau concept

L'un des atouts de Jean-Luc Mélenchon dans la campagne à venir ? Son programme L'Avenir en commun, qui est déjà rédigé et qu'il porte depuis décembre 2016. En janvier 2025, lors d'une conférence de presse, La France insoumise en présentait la nouvelle mouture : sur les 831 mesures, 143 mesures avaient été ajoutées et 120 précisées. "C'est une étape qui marque le début de la campagne présidentielle pour nous [...] Nous voulons montrer que nous sommes prêts", déclarait l'Insoumis en chef devant la presse. C'est ce document composé de quatre parties et de 18 chapitres que l'on retrouve aujourd'hui sur le site dédié à la campagne de 2027. Parmi les mesures : la mise en place d'une 6e République, la suppression de la réforme des retraites, de Parcoursup, de la loi Cazeneuve de 2017 sur l'usage des armes à feu par les policiers, une rupture avec le capitalisme et "la politique de l'offre"...

Également présents en ligne : le programme élaboré par la Nupes pour les législatives de 2022 et celui par le Nouveau front populaire en 2024. En vue de 2027, L'Avenir en commun sera "bientôt" ouvert aux "contributions citoyennes", est-il précisé sur le site et des experts seront également auditionnés. 

Une nouvelle formulation a toutefois fait son apparition depuis 2022, celle de "nouvelle France" désormais portée par Jean-Luc Mélenchon. Avec ce terme, il est accusé par certains de ses opposants de faire la part belle au communautarisme. Le candidat et président des Républicains, Bruno Retailleau, y voit la "fin de la France" ; quand Gabriel Attal, le patron de Renaissance qui prépare sa candidature, dénonce une "négation de la France". "La nouvelle France, c'est pas un bout de la France contre l'autre, c'est toute la France", a assuré l'Insoumis dimanche soir sur TF1, se disant "stupéfait des présentations racialistes" faites de son propos et appelant à "regarder le changement inouï de ce pays" depuis 1958, année où est instaurée la 5e République par Charles de Gaulle.

Des changements que Jean-Luc Mélenchon a récemment listés dans une note de blog publiée en mars dernier : la place de la femme, les flux migratoires et la créolisation comme "conséquence culturelle", la précarisation des jeunes, la présence d'une "nouvelle classe ouvrière" et l'urbanisation de la France. "La 6e République, c'est le projet de la Nouvelle France", a résumé dimanche soir le leader insoumis.