A un an de l'élection présidentielle de 2027, les prétendants déclarés, ceux qui préparent leur candidature, ou encore ceux qui envisagent de se lancer, réfléchissent tous à la meilleure manière d'aborder les mois à venir. Pour certains d'entre eux, il reste encore une question stratégique à trancher : quand officialiser sa candidature ?
Gabriel Attal officialisera-t-il sa candidature à l'élection présidentielle le 30 mai ? L'ancien Premier ministre, aujourd'hui secrétaire général de Renaissance, tiendra en tout cas, à cette date, un meeting au parc des Expositions, porte de Versailles, à Paris. Alors qu'il avait un temps prévu de faire de même dès le 12 avril, un autre ex-Premier ministre, Edouard Philippe (Horizons) – candidat à la présidentielle depuis septembre 2024 – a, lui, fait marche arrière, préférant prendre son temps. "C'était malin de décaler. Le jour où il annonce trois mesures, il sera immédiatement attaqué, car il est le favori", commentait peu après un cadre du MoDem.
Justement, si la question ne se pose plus pour Edouard Philippe, elle se pose pour d'autres : quand est-il le plus judicieux de se déclarer candidat à une élection présidentielle ? Tôt pour installer sa candidature aux yeux des Français, ou plus tardivement lorsque l'échéance se rapproche ? LCP s'est penché sur les campagnes précédentes pour savoir s'il était possible de glaner quelques conseils en vue de 2027.
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Emmanuel Macron ne pouvant pas se présenter à un troisième mandat, nul besoin déjà de regarder le timing de l'officialisation des candidatures des Présidents sortants, souvent plus tardives puisqu'ils sont en fonction (c'était le 3 mars pour Macron en 2022 ; le 15 février pour Nicolas Sarkozy, qui perdra, en 2012). Le scrutin de 2027 sera une élection de conquête. Qu'en était-il alors pour ceux qui ont remporté la course à l'Elysée ces vingt dernières années ?
Quelques mois avant la présidentielle de 2007, et après deux mandats de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, qui est alors ministre de l'Intérieur, met fin à un faux suspense en confirmant sa candidature le 29 novembre 2006 dans une interview à la presse quotidienne régionale. Celle qui sera sa principale rivale, Ségolène Royal (qui échouera au second tour), avait remporté la primaire quelques jours plus tôt, le 16 novembre (face à Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius), après avoir déclaré sa candidature à l'investiture socialiste le 29 septembre.
La fin d'année était alors propice aux officialisations : Jean-Marie Le Pen (qui arrivera en quatrième position en 2007) – surprise du précédent scrutin, en 2002, avec sa qualification au second tour – le fait le 24 novembre et François Bayrou (troisième en 2007) se lance, quant à lui, véritablement le 2 décembre 2006, depuis son fief du Béarn.
Cinq ans plus tard, les candidats se positionnent plus en amont sur la ligne de départ du scrutin présidentiel de 2012. François Hollande, qui remportera la primaire de son camp ainsi que l'élection face au sortant Nicolas Sarkozy, choisit la date du 31 mars 2011, soit plus de six mois avant le premier tour du scrutin interne, qui a lieu le 5 octobre. Entre-temps, le patron du Fonds monétaire international (FMI) et favori des sondages, Dominique Strauss-Kahn, est empêché par l'affaire du Sofitel de New York. Le 23 octobre 2011, François Hollande devient le candidat officiel du Parti socialiste, en remportant le second tour de la primaire face à Martine Aubry.
Du côté du Front national, la candidature de Marine Le Pen (troisième au final) est validée à l'unanimité par le bureau politique du parti le 16 mai 2011. Et Jean-Luc Mélenchon (quatrième), le leader du Front de gauche, propose officiellement sa candidature le 21 janvier 2011. A l'époque, seul François Bayrou (cinquième) se déclaré plus tardivement : ce n'est que le 7 décembre 2011 qu'il annonce se présenter à la présidentielle, en "homme libre".
C'est aussi le début d'année 2016 que ces deux candidats, opposés sur l'échiquier politique, choisiront pour se lancer en vue de la présidentielle de 2017 : le 8 février au journal de 20 Heures de TF1 pour Marine Le Pen (elle terminera deuxième) et le 10 février, également sur TF1, pour Jean-Luc Mélenchon (quatrième). Ils n'ont pas besoin d'en passer par des processus internes et ne sont pas non plus membres du gouvernement… contrairement à d'autres.
Benoît Hamon (cinquième), par exemple. Ministre de l'Education nationale du gouvernement de Manuel Valls, il annonce le 16 août 2016 sa candidature à la primaire organisée par le Parti socialiste, dont le premier tour doit se tenir en janvier 2017. Son collègue à l'Economie et des Finances, Emmanuel Macron, qui se prépare depuis des mois, se déclare, lui, candidat – directement au scrutin présidentiel – le 16 novembre. Quelques jours plus tard, confronté à une forte impopularité, François Hollande annonce, dans une allocution en direct de l'Elysée, avoir "décidé de ne pas être candidat à l'élection présidentielle" et donc à sa propre succession.
Quant à François Fillon (troisième), il s'y était pris très tôt, en se déclarant dès mai 2013 candidat "quoi qu'il arrive" à la primaire ouverte de la droite et du centre, avant de le confirmer en avril 2015. Le 27 novembre 2016, François Fillon l'emporte largement au second tour de cette primaire sur Alain Juppé, pourtant longtemps présenté comme le favori, qui s'était, lui, déclaré en août 2014.
En 2022, c'est le 3 mars qu'Emmanuel Macron annonce être candidat à sa propre succession à la présidence de la République. Face à lui, Marine Le Pen (deuxième) se lancée le 16 janvier 2021, quelques semaines après Jean-Luc Mélenchon qui "propose" sa candidature dès le 8 novembre 2020 sur TF1. Au contraire, Eric Zemmour attend le 30 novembre 2021 pour officialiser la sienne.
Si l'on résume, et que l'on prend les gagnants des scrutins de 2007, 2012 et 2017 – trois élections de conquête –, se lancer très tôt n'est pas spécialement synonyme de victoire à la présidentielle. Nicolas Sarkozy en 2006 et Emmanuel Macron en 2016 (ils étaient certes tous les deux ministres) se sont officiellement déclarés en novembre de l'année précédent le scrutin. En 2011, François Hollande était candidat dès le mois de mars, mais à la primaire, avant d'être intronisé comme candidat à l'Elysée en octobre de la même année. Une chose est plus certaine : c'est à l'automne que les choses se décantent... Ce qui laisse encore un peu de temps aux prétendants pour 2027.