Les députés du parti présidentiel ont fait adopter, ce vendredi 10 avril, dans l'hémicycle une motion de rejet pour contrer "l'obstruction parlementaire" de la gauche sur la proposition de loi "visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai". Une manière d'accélérer le processus législatif.
Coup de théâtre à l'ouverture des débats. Face au nombre conséquent d'amendements déposés par la gauche sur la proposition de loi "visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai", le groupe Ensemble pour la République a décidé de déposer une motion de rejet préalable sur le texte qu'il avait lui-même inscrit à l'ordre du jour ce vendredi 10 avril. "Certains groupes politiques ont fait le choix de l'obstruction parlementaire rendant impossible l'examen de ce texte dans un délai raisonnable", a justifié à la tribune la députée Nicole Dubré-Chirat (EPR).
Avec cette stratégie, le groupe emmené par Gabriel Attal souhaitait que la proposition de loi soit renvoyée en commission mixte paritaire (une instance de conciliation entre l'Assemblée et le Sénat), afin "d'éviter des discussions sans fin" et de "permettre son adoption avant le 1er-Mai prochain".
Dans la foulée, les présidents des quatre groupes de gauche ont successivement fait des rappels au règlement et demandé des suspensions de séance. Le député Stéphane Peu (Gauche démocrate et républicaine) a dénoncé une "négation du Parlement" ; sa collègue Cyrielle Chatelain (Ecologiste) un "49.3 du groupe macroniste". "Une fois de plus, on voit une manœuvre dilatoire qui consiste à contourner l'Assemblée nationale", a pour sa part déclaré le socialiste Boris Vallaud, pointant du doigt un "passage en force" et des "manigances de couloir".
"Vous voulez supprimer un jour chômé, férié depuis 1947. Et vous ne le faites pas par le débat parlementaire, vous le faites par des coups de force parlementaires", a vivement déploré Hadrien Clouet (La France insoumise).
Au moment des explications de vote sur la motion de rejet préalable, alors que Stéphane Viry (Liot) prenait la parole, une Marseillaise a été entonnée par les bancs de gauche, en guise de protestation. Un peu plus tard, c'est L'Internationale qui a été chantée dans l'hémicycle.
En mai 2025, les partisans de la proposition de loi visant à "lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur", dite loi Duplomb, avaient adopté la même tactique : une motion de rejet préalable avait été présenté par la droite et le bloc central face au "mur d'obstruction" - et adoptée.
"Vous nous empêchez de débattre ! Vous êtes des pro du système, mais arrêtez de faire ce genre de manifestations qui n'a aucun sens et qui est délétère pour la fonction de député", a lancé Nicole Dubré-Chirat (EPR) aux députés de gauche. "Nous voulons débattre de ce texte qui est attendu", a-t-elle ajouté. "Certains ici ont lancé un concours Lépine de l'obstruction", a poursuivi Sylvie Bonnet (Droite républicaine).
Finalement, un peu avant 11 heures, la motion de rejet a été adoptée (120 pour et 105 contre), grâce aux voix du bloc central (à l'exception des élus Les Démocrates), de la droite et de l'extrême droite. La gauche s'y est opposée (le détail du scrutin est ici). La proposition de loi va donc désormais être envoyée en commission mixte paritaire, qui devrait se tenir la semaine prochaine.