Le Bureau de l'Assemblée nationale a sanctionné deux députés ce mercredi matin : Élise Leboucher (La France insoumise) et Benjamin Lucas (Écologiste et social) pour des propos tenus dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, lors de l'examen d'un texte visant "lutter contre les mariages simulés ou arrangés", dans le cadre de la "niche parlementaire" du groupe Union des droites pour la République d'Éric Ciotti.
Réuni ce mercredi matin, le Bureau de l'Assemblée nationale a, selon nos informations, sanctionné les députés Élise Leboucher (La France insoumise) et Benjamin Lucas (Écologiste et social) d'un "rappel à l'ordre" après des propos tenus lors de la journée réservée aux textes du groupe UDR la semaine dernière. Les troupes d'Éric Ciotti défendaient à cette occasion une proposition de loi, déjà votée au Sénat, visant à "lutter contre les mariages simulés ou arrangés".
Au terme d'une journée de débats houleux, les propos incriminés avaient été tenus peu avant 23 heures (voir la vidéo en tête d'article). Pour répondre à l'argument des défenseurs du texte qui estimaient que les élus locaux attendaient avec impatience cette loi, Élise Leboucher avait cité une interview de David Lisnard, le président de l'Association des maires de France, dans laquelle il n'en parlait pas. "Donc, à part les maires qui sont, comme vous, xénophobes – une minorité finalement", avait poursuivi la députée LFI, selon le compte-rendu des débats de la séance du soir.
S'en étaient suivies de vives protestations sur les bancs de la droite et de l'extrême droite. "Encore une insulte, il va falloir se calmer !', avait notamment lancé le chef de file du groupe Droite républicaine, Laurent Wauquiez.
"À entendre votre dernière phrase, on pourrait comprendre que vous disiez à certains de nos collègues qu’ils étaient xénophobes", avait réagi le président de séance Christophe Blanchet (Les Démocrates), appelant la députée à "préciser" ses propos et à s'excuser "si ce n’est pas ce qu’[elle voulait] dire". "Soit des excuses, soit un rappel à l’ordre !", avait lancé Laurent Wauquiez dans l'hémicycle. Réponse d'Élise Leboucher : "Nous estimons que, oui, ce texte est un texte raciste et que les élus qui le défendent pourraient, potentiellement, avoir la même volonté. C’est simplement ce que je voulais dire. Mais je ne ciblais pas les députés particulièrement."
Dans la foulée, le député Ian Boucard (DR) avait demandé "une inscription au procès-verbal, une évocation au bureau et un rappel à l'ordre" du président de séance. Ce qui avait été fait par Christophe Blanchet. "Au nom de l'UDR et, je crois également pouvoir le dire, au nom des collègues du Rassemblement national, je demande un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal", avait pour sa part déclaré le député Marc Chavent.
C'est à ce moment-là que Benjamin Lucas avait pris la parole pour un rappel au règlement et pour "s'inclure" au rappel à l'ordre adressé à Élise Leboucher. "Je vais le dire clairement, car à cette heure-ci, l’abcès est crevé. Oui, ceux qui défendent un texte xénophobe et raciste sont probablement xénophobes et racistes !", avait-il alors justifié. Avant d'ajouter : "Alors, oui, il y a de la xénophobie. Sanctionnez-nous tant que vous voulez !"
Après ces propos, les deux députés de gauche ont donc écopé d'un "rappel à l'ordre", soit la plus faible des quatre sanctions disciplinaires prévues par le règlement de l'Assemblée nationale. Dans l'ordre, il y a : le rappel à l'ordre donc ; le rappel à l'ordre avec inscription au procès-verbal ; la censure ; et la censure avec exclusion temporaire. Contrairement à son collègue, Élise Leboucher avait fait le choix de venir s'expliquer ce mercredi devant les membres du Bureau de l'Assemblée nationale.