Des députés de gauche ont entonné La Marseillaise et l'Internationale dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, ce vendredi 10 avril, pour protester contre la stratégie du socle gouvernemental sur une proposition de loi élargissant la possibilité de travailler le 1er mai. Une technique déjà utilisée à quelques reprises par le passé, presque toujours dans des moments de forte tension.
C'est un moment qui reste rare dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Les députés de gauche ont entonné ce vendredi matin La Marseillaise pour tenter de s'opposer à la proposition de loi "visant à permettre aux salariés de certains établissements et services de travailler le 1er mai".
Ce texte doit permettre aux salariés de certains commerces comme les boulangeries, les boucheries, les fleuristes, ou encore les cinémas, de travailler le 1er mai, jour normalement "férié et chômé" pour les travailleurs.
La gauche, farouchement opposée au texte, avait décidé d'étirer les débats au maximum, afin d'empêcher son adoption ce vendredi. Mais les députés du parti présidentiel ont choisi de court-circuiter l'examen de la proposition de loi, initialement présentée par leurs collègues de droite, en déposant une motion de rejet du texte.
Une manœuvre qui vise en réalité à accélérer le parcours législatif de la proposition de loi pour qu'elle puisse s'appliquer dès cette année. Cette motion ayant été adoptée, le texte va en effet directement faire l'objet d'une commission mixte paritaire, sans avoir été examiné dans l'hémicycle.
Ce contournement des débats, que l'on avait déjà observé lors de l'examen de la loi Duplomb, a mis en colère les députés de gauche, qui ont multiplié les demandes de suspensions de séance. Celles-ci finissant par être refusées, plusieurs d'entre eux ont entonné la Marseillaise puis, quelques minutes plus tard, l'Internationale.
Une attitude critiquée par Frédéric-Pierre Vos (Rassemblement national) : l'élu a dénoncé des "scènes de tumulte" déclenchées par les insoumis et les écologistes qui ont "entonné des chants révolutionnaires". En vertu de l'article 70 du règlement de l'Assemblée nationale, le député RN a demandé qu'un "rappel à l'ordre soit inscrit sur le procès-verbal de séance". "Ces faits seront transmis au Bureau", a réagi la présidente de séance Marie-Agnès Poussier-Winsback (Horizons).
Le recours à La Marseillaise comme mode de contestation n'est pas nouveau. Le 16 mars 2023, les députés de gauche avaient déjà utilisé cette technique, afin d'essayer d'empêcher la prise de parole d’Elisabeth Borne, qui s'apprêtait à annoncer le recours au 49.3 sur la réforme des retraites.
Un mois plus tôt, les députés de La France insoumise avaient cette fois entonné le chant des gilets jaunes "On est là !", ce qui avait entraîné une réponse des députés Les Républicains, Les Démocrates, Renaissance, Horizons et Rassemblement national, qui avaient chanté l'hymne français.

En remontant plus loin, en 2013, les députés UMP avaient, eux aussi, chanté La Marseillaise pour dénoncer la décision de la vice-présidente Laurence Dumont (PS) d'accorder une suspension de séance avant un vote sur la réforme des conseillers généraux.
Le journal Le Monde avait dénombré en 2023 d'autres moments de la vie parlementaire où La Marseillaise avait été utilisée par les députés pour protester :
La Marseillaise peut aussi correspondre à des moments de concorde nationale, même si cela est plus rare. Cela a été le cas le 13 janvier 2015, quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo et de l'Hyper Cacher : à la fin de la minute de silence observée par les députés, l'un d'entre-eux a entonné l'hymne national, avant que tous ses collègues ainsi que les ministres ne le suivent.
Le 16 novembre 2015, trois jours après les attentats du 13 novembre, le Parlement était réuni en Congrès à Versailles. Après le discours du président de la République, François Hollande, l'ensemble des députés, sénateurs et ministres avaient également entonné l'hymne national.