Image
Le DGPN, Frédéric Veaux, en septembre 2022

Le directeur général de la Police nationale justifie l'éviction du directeur de la PJ de Marseille

Actualité
par Raphaël Marchal, le Jeudi 13 octobre 2022 à 14:00, mis à jour le Jeudi 13 octobre 2022 à 15:06

Lors d'une audition à l'Assemblée nationale, Frédéric Veaux a justifié la décision de démettre de ses fonctions le directeur de la police judiciaire de la zone sud, Éric Arella, sur fond de contestation de la réforme de la PJ. "Les limites ont été franchies", a indiqué le chef de la police, qui avait dû franchir une "haie de déshonneur", la semaine dernière, lors d'une visite à l'hôtel de police de Marseille. 

Les images ont fait le tour des médias et des réseaux sociaux. Le directeur général de la Police nationale, accueilli devant l'Évêché par 200 policiers en tenue, leur gilet "police judiciaire" barré d'un bandeau noir puis, à sa sortie de réunion, contraint de fendre une "haie de déshonneur" formée par des fonctionnaires de police bras croisés et visages fermés, dans un silence glacial. Au lendemain de cette mobilisation destinée à protester contre le projet de réforme de la police judiciaire, le patron de la PJ de la zone Sud, Éric Arella, était limogé. Une décision qui a elle-même suscité un fort mouvement de soutien à ce dernier au sein de l'institution. 

Six jours après cet épisode, Frédéric Veaux était auditionné, mercredi 12 octobre, par les députés de la mission d'information sur la réforme de la police judiciaire. Visiblement marqué par la scène à laquelle a donné lieu sa visite à Marseille, le haut-fonctionnaire a jugé que l'éviction du directeur de la PJ était inéluctable. "Les limites ont été franchies", a-t-il plaidé, estimant que les "chefs sont responsables de ce qu'il se passe dans les services". "On était dans un cadre inhabituel. On peut manifester, on peut faire une conférence de presse, des tracts assez agressifs, voter aux élections professionnelles. Mais on ne peut pas accepter ce type de comportements." Et d'affirmer que le départ d'Éric Arella, fonctionnaire doté de "très grandes qualités professionnelles", n'a aucun lien avec une quelconque opposition à la réforme de la police judiciaire.

Une réforme "nécessaire"

Au-delà de cette épisode, symbole d'une fronde d'ampleur au sein de la PJ, le DGPN a tenté de convaincre du bien-fondé de la réforme, qu'il a jugée "particulièrement nécessaire". Le projet prévoit de départementaliser tous les services de police - renseignement, police judiciaire, sécurité publique et police aux frontières - et de les placer sous l'autorité d'un seul directeur départemental. Une petite révolution, puisqu'à l'heure actuelle ces différents services dépendent d'une direction nationale. "Personne ne conteste le fait que notre organisation est cloisonnée et très centralisée", a souligné Frédéric Veaux durant son audition.

Dans le cadre de cette réforme, les enquêteurs de la police judiciaire seraient intégrés à une "filière investigation", au côté de ceux de la sécurité publique. Ce qui leur fait craindre de devoir abandonner leur cœur de métier pour devoir, eux aussi, se charger de la délinquance du quotidien. "À l'heure actuelle, le cloisonnement complet de ces services aboutit à des doublons, et même à des logiques de concurrence", a souligné le DGPN. Et d'évoquer la baisse des taux d'élucidation, les difficultés connues par la filière judiciaire et la complexification de la procédure pénale. Sensible au mouvement de fronde, le ministère de l'Intérieur, Gérald Darmanin, s'est dit ouvert aux négociations. Mais pas question de revenir sur la réforme.