Législatives : La France insoumise et le Parti socialiste sur la voie d'un accord

Actualité
par Soizic BONVARLETStéphanie Depierre, le Mercredi 27 avril 2022 à 15:11, mis à jour le Jeudi 28 avril 2022 à 15:50

La France insoumise et le Parti socialiste se sont réunis mercredi 27 avril, dans le cadre de discussions autour d'un programme commun en vue d'un accord entre formations de gauche (LFI, PCF, PS, EELV) pour les élections législatives. Si les négociations sont toujours en cours, des convergences se sont faites jour, comme autant de préalables à la poursuite de ces discussions.

Sommes-nous en train d'assister au rabibochage des "deux gauches irréconciliables" théorisées par Manuel Valls ? Plus qu'avoir opéré un pas l'un vers l'autre, c'est déjà sur un accord préalable que le Parti socialiste et l'Union populaire se sont retrouvés ce mercredi : celui, fondamental pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, portant sur la question programmatique.

Les représentants des deux formations politiques se sont réunis mercredi matin dans les locaux de La France insoumise, dans le 10ème arrondissement de Paris, afin de négocier les conditions d'une coalition de gauche pour les élections législatives. Un rapprochement quasiment inenvisageable il y a encore quelques jours, en raison de plaies anciennes, mais aussi, plus récemment, d'un discours très offensif de la candidate du PS à l'élection présidentielle, Anne Hidalgo, à l'endroit de Jean-Luc Mélenchon.

Dès avant la réunion, Adrien Quatennens prévient : "Nous n’entamons pas des négociations avec le PS, mais nous répondons à une demande du PS pour voir si compte-tenu de nos points d’accord, un chemin est possible". Le député LFI du Nord le souligne : "Il n’est pas question ici de circonscriptions, mais de programme".

Pas de point de désaccord "insurmontable"

À l'issue de près de trois heures de tractations, les représentants du PS sont les premiers à s'exprimer. "Nous avons eu une discussion constructive, permettant de considérer qu'il n'y avait pas entre nous, de point de blocage insurmontable" déclare alors Pierre Jouvet, porte-parole du parti. Il faut dire que mardi, lors d'un bureau national, Olivier Faure s'était montré clair : "Si vous pensez que le PS est mort, qu'il n'y a plus rien à faire, que vous n'appartenez plus à la gauche, alors partez. Rejoignez La République en marche. Sinon restez et battez-vous avec nous. Ça nous changera", aurait déclaré le premier secrétaire du PS, selon les informations de nos confrères du Figaro. Tout porte à croire que les représentants du PS présents au QG de La France insoumise étaient de ceux déjà acquis à l'idée d'un rapprochement avec la formation de Jean-Luc Mélenchon, ligne majoritaire portée par Olivier Faure et validée en Conseil national le 19 avril dernier.

Pierre Jouvet a ainsi acté que la première pierre de l'édifice, consistant à "construire un programme partagé", était désormais posée, tout en récusant un quelconque "sacrifice". "Chacun est respecté pleinement dans son identité", a conclu le porte-parole.

Même tonalité de la part de la France insoumise, qui dit avoir pris au sérieux la volonté du PS "d'afficher une rupture avec le bilan qui a été celui de François Hollande", selon les mots du député européen LFI Manuel Bompard. "On nous a dit qu'il n'y avait pas de difficulté à s'engager sur l'abrogation de la loi El Khomri, sur la sixième République, sur le blocage des prix (...) De telle sorte qu'on n'avait pas l'impression de discuter avec le même Parti socialiste qu'il y a deux ou trois ans", a-t-il déclaré. Il a cependant concédé qu'il restait "des sujets à aborder", notamment sur la retraite et le rapport à l'Union européenne.

Et maintenant ?

L'Union populaire attend désormais du PS qu'il fasse une déclaration publique et mette noir sur blanc ses gages d'accord programmatique, avant de poursuivre les négociations autour des candidatures et de la stratégie à mener, et donc en particulier, des circonscriptions. Pour le député LFI Eric Coquerel, il faudrait que les bases d'un accord global soient posées "d'ici la fin de la semaine", puisque la campagne de l'Union populaire sera lancée officiellement le 7 mai.

Or, si les négociations semblent en bonne voie avec le PS, les cadres de La France insoumise se montrent plus réservés à l'égard d'Europe Écologie-Les Verts. "Le point de blocage est programmatique. La balle est dans leur camp", a déclaré Manuel Bompard, évoquant notamment la question du blocage des prix du carburant. "Avec EELV c'est plus compliqué", a également concédé Eric Coquerel, qui avance notamment le fait que contrairement au PS, avec qui les discussions ont lieu face à "une délégation homogène", le parti écologiste est encore divisé sur plusieurs aspects programmatiques, et sur le bien-fondé même d'un rapprochement avec l'Union populaire. Dans un entretien à Libération, le secrétaire national des Verts, Julien Bayou, a ainsi fustigé la "volonté hégémonique" de Jean-Luc Mélenchon, qui propose aux Français de faire de lui leur Premier ministre en envoyant une majorité de gauche à l'Assemblée nationale.