Le partage des compétences entre métropoles et communes peut virer à la confrontation, lorsque ces deux entités ne sont pas politiquement alignées. Méconnues du grand public, les métropoles jouent pourtant un rôle actif dans le quotidien de ses habitants.
Déjouant tous les pronostics pré-électoraux, Grégory Doucet a conservé son poste de maire à Lyon, dimanche dernier. L'élu écologiste n'en a pour autant pas fini avec les difficultés : outre le recours déposé par son rival, Jean-Michel Aulas, il devra surtout composer avec le basculement à droite de la métropole, lors du véritable "troisième tour" des élections municipales.
Ce jeudi 26 mars, Véronique Sarselli (LR) a en effet été désignée pour succéder à l'écologiste Bruno Bernard. Alliée de Jean-Michel Aulas, la maire de Sainte-Foy-lès-Lyon va hériter d'un mastodonte aux compétences élargies, regroupant 58 communes, et doté d'un budget de plus de 4 milliards d'euros - davantage que celui de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Méconnues des citoyens, les métropoles ont été créées en 2010, par une réforme des collectivités territoriales, et largement remaniées en 2014 par la loi "Maptam". Ces établissements publics exercent de plein droit un certain nombre de compétences en lieu et place des communes et des départements, et pas des moindres : habitat, transports scolaires, voirie... Il existe au total 21 métropoles en France, n'exerçant pas toutes la même influence. Comme le prévoit la loi, elles se concentrent uniquement autour des grandes villes françaises, comme à Nice, Rennes, Dijon ou Saint-Etienne.
La métropole de Lyon, spécifiquement créée en 2014, est assurément l'une des plus puissantes. Elle exerce sur son territoire les compétences exercées auparavant par la communauté urbaine de Lyon et par le département du Rhône, et des compétences complémentaires en provenance de communes. D'autres aptitudes lui ont été octroyées : création et gestions d'équipements culturels, entretien des réseaux de chaleur et du très haut débit, concession de distribution d'électricité et de gaz, logement, santé, attractivité économique...
De mauvaises relations entre la commune principale et la métropole peuvent de fait vite compliquer le mandat d'un maire, dans un ballet régi par un partage des tâches millimétré. A Lyon, la métropole vote le plan local d'urbanisme, et la mairie décide des permis de construire. La métropole a la main sur le Sytral, l'autorité des transports. La mairie gère les écoles primaires, la métropole, les collèges. Et le partage est parfois difficile à suivre pour les habitants, qui peuvent pester, à tort, contre la mairie sur la propreté des rues...
Chez les écologistes, on s'attend au détricotage de certaines mesures confortées ces dernières années par le tandem écologiste Lyon-métropole : réouverture de certaines voies réservées aux bus et vélo, arrêt de l'encadrement des loyers ou abandon de grands projets d'aménagement.
Il n'y a pas qu'à Lyon où le maire devra faire avec une autre couleur politique à la métropole. A Paris, Emmanuel Grégoire (PS) devra lui aussi composer avec la droite. Patrick Ollier, maire LR de Rueil-Malmaison, brigue un troisième mandat à la métropole. Toutefois, désignée comme un "nain budgétaire" par la Cour des comptes en 2023, la métropole du Grand Paris "peine à s’affirmer dans l’exercice de ses missions les plus stratégiques", piégée par un millefeuille territorial particulièrement complexe, où coexistent la ville de Paris et la région Île-de-France, qui gère les transports.
A Marseille, la gauche a conservé une mairie arrachée à la droite en 2020. Mais la présidence de la métropole d'Aix-Marseille-Provence devrait bien rester dans le giron de la droite. Sa dirigeante ne sera pas Martine Vassal, largement défaite lors des élections municipales. Depuis 2020, les échanges ont souvent été houleux entre la métropole la plus étendue de France et la ville phocéenne, sur des questions cruciales comme la propreté, la gestion de la voirie ou les transports.
Dans d'autres cas, c'est un réalignement politique qui s'opère entre le siège et la métropole. La métropole de Bordeaux a ainsi été récupérée par la majorité du centre et de la droite, du fait de la victoire de Thomas Cazenave (Renaissance) à Bordeaux et de la chute de l'écologiste Clément Rossignol-Puech, défait par Christian Bagate (sans étiquette) à Bègles. Cas de figure similaire dans le Finistère, où François Cuillandre (PS), défait par Stéphane Roudaut (LR), a perdu la mairie de Brest et la présidence de la métropole.
Enfin, dans certains cas, la situation est plus incertaine, avec une majorité éclatée. Si le maire socialiste Mathieu Klein a été réélu à Nancy, la gauche devra compter avec des résultats moins satisfaisants qu'il y a six ans, et ne dispose pas à elle-seule de la majorité des sièges communautaires du Grand Nancy. A Strasbourg, la socialiste Catherine Trautmann l'a emporté en s'alliant avec Horizons dans l'entre-deux-tours. Au niveau de la métropole, les jeux sont loin d'être faits, les tractations entre les différents camps ayant débuté. L'absence de large majorité absolue poussant de fait les différents camps à travailler en bonne intelligence. Le but initial de la métropole, au-delà des querelles partisanes, restant de faciliter l'existence de ses habitants.