Municipales: la météo des alliances à gauche, entre accalmies locales et tempêtes politiques

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La carte des alliances à gauche en vue du second tour des municipales
La carte des alliances à gauche en vue du second tour des municipales.
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Lundi 16 mars 2026 à 16:18, mis à jour le Lundi 16 mars 2026 à 17:33

Depuis l'annonce des résultats du premier tour des municipales dimanche soir, les discussions se poursuivent entre les différentes forces de gauche dans le but de conserver des villes, voire d'en conquérir. Où en sont-elles ce lundi à 17 heures ? LCP vous propose un bulletin météo des alliances, pour comprendre où en sont les accords et les tensions entre partis.

Le premier tour des élections municipales terminé, l'heure est aux tractations. A gauche notamment, où les forces politiques de feu le Nouveau front populaire (NFP) ont besoin de s'allier dans plusieurs villes pour espérer les emporter, voire les conserver. Tout se joue dans les prochaines heures : la date limite pour déposer les candidatures du second tour est fixée à mardi 18 heures. Mais des contraintes matérielles, comme l'envoi à l'impression des documents de campagne, nécessitent d'aller encore plus vite.

Accord, refus ou discussions plus ou moins avancées autour d'une liste commune, LCP fait le point sur les communes où cela se joue. Et ce, par couleur politique. Voici ce que l'on sait ce lundi à 17 heures. 

Là, où La France insoumise pourrait mener la liste

A Toulouse, le deal est d'ores et déjà acté. Le candidat insoumis François Piquemal, arrivé deuxième au premier tour, et son homologue socialiste François Briançon, troisième, ont annoncé une "liste commune" pour le second tour ce lundi matin. "L'union de la gauche est en place", a tweeté François Piquemal. L'objectif ? Prendre la ville au maire divers droite sortant, Jean-Luc Moudenc, qui a terminé en tête dimanche soir. "Quand on est de gauche, on rassemble la gauche", a justifié François Briançon, le patron du PS de Haute-Garonne, à qui reviendrait la métropole toulousaine en cas de victoire. "Je me suis entretenu avec Olivier Faure [le patron du PS, NDLR], je l’ai tenu au courant, j’ai pris mes responsabilités", a ajouté le socialiste.

C'est conclu également à Limoges. Le candidat socialiste Thierry Miguel, troisième du premier tour (avec 16,92% des voix) a accepté ce lundi de fusionner sa liste avec celle du député insoumis Damien Maudet (24,86% au premier tour) pour battre le président Les Républicains de la métropole, Guillaume Guérin, en tête dimanche (27,34%). La gauche espère ainsi faire rebasculer à gauche cette ville de 130 000 habitants dirigée par le PS pendant plus d'un siècle (1912-2014). Le maire sortant divers droite Emile Roger Lombertie, qui briguait un troisième mandat mais n'a obtenu que 10,05% des suffrages au premier tour, avait retiré sa liste dès dimanche soir "en espérant que le maire de Limoges ne soit pas un LFiste".

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Là, où le Parti socialiste pourrait mener la liste

Il y a d'abord les villes dirigées par le Parti socialiste et où ce dernier, en difficulté, aura besoin des voix de La France insoumise notamment pour espérer inverser la tendance. C'est le cas notamment à Clermont-Ferrand. Le candidat des Républicains, Julien Bony, a créé la surprise en arrivant en tête du premier tour (33,93%) dans ce bastion socialiste depuis la Libération. Le sortant, le socialiste Olivier Bianchi, prend la deuxième place (29,99%), suivi par la députée insoumise Marianne Maximi (17,01%). Ces deux derniers devront donc s'entendre pour conserver la ville. "Nous sommes prêts au rassemblement", a déclaré la candidate LFI. "J'ai le sentiment que c'est les électeurs qui nous ont envoyé un message et qui nous demandent finalement de nous unir, donc nous allons discuter", a pour sa part réagi Olivier Bianchi.

La configuration est similaire à Brest, où le maire PS sortant François Cuillandre a terminé deuxième du premier tour (23,8%) et aura besoin de la candidat insoumise Cécile Beaudouin, troisième avec 15,39% des voix, pour battre dimanche prochain le divers droite Stéphane Roudaut (30,24%) qui est sorti en tête du premier tour. 

A Avignon, pour tenter de conserver la ville à gauche (la sortante PS Cécile Helle n'était pas candidate à sa succession), la liste du socialiste David Fournier va fusionner avec celle de La France insoumise menée par Mathilde Louvain, arrivées respectivement troisième (19,89%) et quatrième (19,03%) au premier tour. "Il n'y aura qu'une seule liste de gauche" au second tour, a confirmé à l'AFP un proche de David Fournier. Dimanche, c'est le journaliste télé Olivier Galzi (DVD) qui est arrivé en tête avec plus de 27% des voix, suivi par la candidate du RN, Anne-Sophie Rigault, à plus de 25%.

Ensuite, Amiens pourrait figurer au rang de conquête de la gauche si elle parvient à s'entendre. Le second tour s'annonce serré. Certes, le maire sortant Hubert de Jenlis (DVC) termine en tête du premier tour (25,98%), mais avec une courte avance sur le socialiste Frédéric Fauvet (23,97%). Ce dernier pourra-t-il compter sur l'insoumis Samy Olivier, qui ne peut se maintenir (9,7%) mais peut fusionner ? L'attitude de Julia Bellina (divers) sera aussi importante dans la configuration à venir.

Là, où les écologistes pourraient mener la liste

Comme pour le PS, les écologistes auront premièrement à coeur de conserver les villes qu'ils dirigeaient dans la mandature précédente. Dans plusieurs d'entre elles, il leur faudra faire avec leurs partenaires. C'est le cas à Besançon, où la maire sortante Anne Vignot, deuxième du premier tour (33,37%), a annoncé ce lundi matin, dans un communiqué, faire alliance avec Séverine Vézies (LFI), dont la liste a totalisé 10,90% des votes, afin "de battre la droite". En effet, le candidat divers droite Ludovic Fagaut est arrivé en tête dimanche (40,13%).

A Lyon, l'édile écologiste sortant Grégory Doucet a mieux résisté face à Jean-Michel Aulas que ce qui avait été annoncé par les sondages. Mais les deux hommes étaient au coude-à-coude au premier tour : 37,36% pour le représentant de gauche et 36,78% pour celui de la droite et du centre. Des discussions étaient en cours pour le second tour entre Grégory Doucet et la candidate insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi, troisième (6,62%). Un accord a été trouvé ce lundi après-midi. "L'enjeu est de ne pas laisser la ville à Aulas et à Wauquiez", explique l'entourage du socialiste à LCP.

Dans la ville de Grenoble, l'écologiste Eric Piolle avait annoncé qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat. C'est Laurence Ruffin qui avait été désignée pour lui succéder. Au premier tour, elle termine en deuxième place (26,33%), juste derrière le candidat des Républicains, Alain Carignon (27,04%). Pour lui barrer la route, Laurence Ruffin devra donc s'accorder avec le représentation de La France insoumise, Allan Brunon, qui est arrivée troisième (14,59%). Le candidat divers gauche Romain Gentil obtient, lui, 10% des voix. "On considère que notre devoir, notre responsabilité est de porter l'union. [...] Nous devons porter l'union avec ces différents partis politiques pour que les Grenoblois se retrouvent.", a affirmé Laurence Ruffin ce lundi matin.

A Poitiers également, l'écologiste sortante Léonore Moncond'huy (26,41%) devra compter sur ses alliés pour assurer sa victoire au second tour face à l'ancien macroniste Anthony Brottier (DVC), arrivé deuxième dimanche soir (23,90%). L'insoumis Bertrand Geay a récolté 14,05% au premier tour, et le socialiste François Blanchard, 11,48% – qui, lui, pourrait s'unir avec Anthony Brottier. Léonore Moncond'huy n'a jamais exclu de fusionner sa liste avec celle du candidat LFI. Dimanche soir, elle a assuré vouloir "garder Poitiers à gauche", mais refuser une éventuelle alliance qui soit "un rapport de force permanent". "On a bon espoir de pouvoir s'entendre", a pour sa part lancé Bertrand Geay.

Outre les mairies sortantes, les écologistes pourraient gagner la ville de Lorient, en la prenant au sortant, l'UDI Fabrice Loher (DVC). Certes, ce dernier est arrivé en tête du premier tour avec 35,44% des voix, mais ne dispose pas de réserves de voix. Contrairement à l'écologiste Damien Girard (23,19%), qui s'est déjà affiché dimanche soir avec la socialiste Gaëlle Le Stradic (DVG), troisième avec 19,03% des voix. Que fera le candidat LFI Vincent Le Tertre, qui a récolté 5,16% des suffrages ?

Là, où il n'y aura pas d'accord

A Marseille, le maire sortant, le socialiste Benoit Payan, a définitivement fermé la porte à toute alliance avec La France insoumise et son candidat Sébastien Delogu : il a déposé sa liste pour le second tour à la préfecture dès ce lundi matin. "On a toujours été très clair", "face au Rassemblement national, il n'y a ni compromission ni tambouille ni arrangement", a-t-il alors déclaré, entouré de ses colistiers. "C'est une position irresponsable qui pourrait donner les clefs de Marseille au Rassemblement national", a réagi Sébastien Delogu. Au premier tour, Benoit Payan avait fini dans un mouchoir de poche avec le RN Franck Allisio (36,70% contre 35,02%). La candidate du centre et de droite Martine Vassal (12,41%) vient, elle, d'annoncer qu'elle se maintenait au second tour.

A Bordeaux, le sortant Pierre Hurmic a terminé premier (27,68%), mais est talonné par le député Ensemble pour la République Thomas Cazenave (25,58%). Troisième, Philippe Dessertine (DVC, 20,20%) a, pour l'heure, affirmé qu'il irait jusqu'au bout. Le candidat de La France insoumise, Nordine Raymond, quatrième avec 9,36% des suffrages, avait fait un pas vers le maire écologiste. "Mon téléphone est allumé, la nuit va être longue, si Pierre Hurmic décide qu'on peut parler de fond, la balle est dans son camp", avait-il lancé dimanche soir. Sans succès. Au Monde, l'entourage de Pierre Hurmic a indiqué qu'il n'y aurait pas d'accord : "La liste Bordeaux en confiance portera le rassemblement à gauche dimanche 22 mars, sans modification ni fusion." La liste déposée à la préfecture sera inchangée, sans alliance avec LFI dans l'entre-deux-tours.

A Paris, les négociations s'annoncent compliquées, après une campagne extrêmement tendue entre socialistes et Insoumis. Le candidat socialiste Emmanuel Grégoire a largement distancé sa concurrente de droite Rachida Dati (Les Républicains) d'au moins dix points et semble en mesure de permettre à la gauche de conserver la ville. La candidate de La France insoumise, Sophia Chikirou, qui a passé le cap des 10%, a l'intention de se maintenir s'il ne lui propose pas de fusion, hypothèse que le socialiste a toujours exclue. "J'ai dit maintes et maintes fois que je ne souhaitais pas faire alliance avec LFI. Je ne demande rien à Sophia Chikirou, elle fera ce qu'elle veut", a répété ce lundi à la presse Emmanuel Grégoire lors d'un déplacement dans le 13e arrondissement.

Pas d'accord non plus à Caen, entre le candidat écologiste Rudy L'Orphelin, qui est soutenu par le PS et a terminé deuxième du premier tour (21,75%), et l'insoumis Aurélien Guidi (12,51%). Les deux listes de gauche partiront chacune de leur côté dimanche prochain. "Aurélien Guidi et ses colistiers ont refusé tout échange de fond", a déploré Rudy L'Orphelin sur Instagram. Ce qui éloigne considérablement une éventuelle victoire dans cette ville dirigée par Aristide Olivier (DVD). Ce dernier a largement terminé en tête du premier tour du scrutin, avec 48,51% des voix. 

Qu'en sera-t-il à Nantes ? Si des discussions ont bel et bien débutées entre la sortante socialiste Johanna Rolland (qui a terminé en tête avec 35,24% des voix) et le candidat LFI William Aucant, qui a pris la troisième place, en recueillant 11,20% des suffrages, elles n'ont pour l'heure pas abouti. "Le refus de la candidate socialiste de reconnaître le résultat du premier tour empêche l'union nécessaire face à la droite", déplore William Aucant, dans un communiqué. Au premier tour, Johanna Rolland ne devançait que d'une courte tête le divers droite Foulques Chombart de Lauwe (33,77%), et pourrait donc être menacée dans une ville qu'elle dirige depuis 2014. Dimanche, Mounir Belhamiti (DVC) était quatrième avec 8,12% des voix.

Là, où la gauche se bat contre la gauche pour la gagne 

La maire écologiste sortante de Strasbourg, Jeanne Barseghian, est en mauvaise posture. Avec 19,72% des voix au premier tour, elle a été nettement devancée par deux de ses adversaires : la candidate du PS Catherine Trautmann qui termine en tête (25,93%) et celui des Républicains Jean-Philippe Vetter (24,23%). A la quatrième place, et en position de se maintenir, on retrouve l'insoumis Florian Kobryn (12,03%). L'interrogation pour le second tour ? Jeanne Barseghian et Florian Kobryn feront-ils alliance pour contrer un retour de Catherine Trautmann, qui a dirigé la ville de 1989 à 1997, et entre 2000 et 2001 ?

A Lille aussi, les discussions se poursuivent à gauche. Le maire sortant socialiste Arnaud Deslandes, arrivé devant d'une courte tête (26,26%), et la candidate LFI Lahouaria Addouche (23,36%) courtisent chacun de leur côté le troisième du premier tour, à savoir l'écologiste Stéphane Baly (17,75%). "On travaille à trouver un accord respectueux du résultat des urnes", a déclaré à l'AFP l'équipe de Stéphane Baly lundi matin. Les écologistes lillois mènent des discussions parallèles avec les deux camps de gauche, a confirmé sur France Info la secrétaire nationale des Écologistes, Marine Tondelier.