Présidentielle 2027: le parquet national financier veut "accélérer le déroulement des investigations" visant des candidats

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Le tribunal de Paris (© Wikimedia)
Le tribunal de Paris (© Wikimedia)
par Raphaël Marchal, le Vendredi 17 juillet 2026 à 10:30

À moins de dix mois de l'élection présidentielle, le parquet national financier (PNF) compte "accélérer le déroulement des investigations" visant des candidats, afin d'apporter "une première réponse" aux citoyens appelés aux urnes, indique son chef Pascal Prache.

Alors que dans moins d'un an, les Français éliront un nouveau président de la République, le parquet national financier (PNF) se prépare à ce que Pascal Prache qualifie d'"exercice compliqué" pour l'institution judiciaire qu'il dirige, mise en place en 2013 en réaction à l'affaire Cahuzac. "Si on ne fait rien en période préélectorale, on nous dira : 'Vous protégez ceux et celles qui sont mis en cause'. Si on fait quelque chose, on nous dira : 'Vous polluez le débat électoral'", résume le magistrat.

À la tête du PNF depuis janvier, Pascal Prache refuse de laisser le parquet financier "prisonnier du calendrier électoral". L'une des "missions" du PNF est "de vérifier si la probité est au rendez-vous ou pas", rappelle-t-il. Pour ce faire, il compte "accélérer le déroulement des investigations", en "priorisant" des dossiers politico-financiers à fort retentissement médiatique afin d'"avancer sur la réalité" des faits dénoncés et apporter "une première réponse" aux électeurs. 

Une enquête ouverte n'est pas synonyme de "poursuites", rappelle le magistrat. Soit l'affaire "tient" et peut valoir "une réponse pénale" devant le tribunal. Soit elle "ne tient pas", parce que les faits sont insuffisamment caractérisées ou pour cause de prescription, par exemple, et l'enquête s'arrête. Ou, "troisième option", les "premières vérifications" imposent de "creuser davantage" en poursuivant les investigations.

Des enquêtes remarquées

Le PNF est récemment intervenu dans l'actualité politique, avec l'ouverture d'une enquête préliminaire visant Dominique de Villepin, et d'une information judiciaire concernant Édouard Philippe. Deux figures de la vie politique française : le premier est un candidat potentiel à la présidentielle, tandis que le second a déclaré sa candidature.

Interrogé sur l'enquête visant Dominique de Villepin, le procureur concède qu'elle "fait partie des dossiers sur lesquels on considère qu'il faut qu'on avance". En mai, le PNF a annoncé avoir lancé des investigations sur des statuettes reçues par l'ex-ministre des Affaires étrangères, et qu'il a ensuite conservées. L'enquête a été ouverte après des révélations dans l'émission Complément d'Enquête du 30 avril.

"15 % des procédures que nous diligentons au PNF proviennent de sources ouvertes", essentiellement "d'articles de presse", note Pascal Prache. Médias donc, mais aussi plaintes, signalements... "Ce n'est pas le PNF qui se crée son contentieux en période préélectorale, mais le PNF qui est rendu destinataire d'éléments", fait valoir le procureur. Et d'avertir des risques "d'instrumentalisation", en exhortant ses troupes à "être très vigilantes".

Autre affaire, visant notamment Édouard Philippe : une plainte avec constitution de partie civile a enclenché la saisine d'un juge d'instruction pour détournement de fonds publics, harcèlement moral ou encore prise illégale d'intérêt au sein de la communauté d'agglomération du Havre, ville dont l'ancien Premier ministre est maire.

Le "rôle significatif" du PNF

D'autres personnalités politiques de premier plan, comme l'ancienne ministre de la Culture, Rachida Dati, et l'ex-maire de Paris, Anne Hidalgo, se trouvent au cœur de procédures du PNF, tout comme des élus locaux moins connus.

Dans ce contexte, l'adage "tous pourris" ne risque-t-il pas d'infuser dans la société ? Environ "8 % des 750 procédures" entre les mains du PNF sont des dossiers "politico-financiers" concernant "des élus de tout type", relativise Pascal Prache. "On va beaucoup" en parler, mais "92 % de notre activité, c'est autre chose".

Selon le magistrat, le PNF revêt un rôle "très significatif" dans la lutte contre la "défiance" vis-à-vis des institutions. Ses actions, comme les affaires de corruption ou de fraude fiscale, même si elles sont moins visibles qu'une "fermeture de point de deal", ont "un impact en réalité très fort sur la vie quotidienne".

Le coût annuel de la corruption en France, "quasi-impossible à chiffrer", se compte "en milliards d'euros", insiste le procureur. Au-delà de l'échelon national, Pascal Prache se félicite de l'amélioration, selon lui, de l'image de la France à l'étranger, quant à sa capacité à "gérer ces phénomènes corruptifs". Il donne ainsi l'exemple des "plus de 70" procédures "de corruption d'agents publics étrangers", toutes menées par l'institution judiciaire qu'il dirige.

Et le procureur d'affirmer que le PNF entend désormais se pencher sur des entreprises étrangères, avec "une activité économique en France", si elles "commettent des faits corruptifs à l'étranger".

(Avec AFP)