Le Parti socialiste est plus que jamais dans la confusion en vue de l'élection présidentielle de 2027. Le patron du parti, Olivier Faure, n'enterre toujours pas l'idée d'une primaire, malgré le départ fracassant de la direction du chef des députés, Boris Vallaud, qui propose, lui, d'organiser à la place "des rencontres de la gauche plurielle".
Le Parti socialiste se fracture un peu plus. Boris Vallaud a annoncé son départ de la direction du PS illustrant ainsi un désaccord de fond avec le premier secrétaire Olivier Faure sur la stratégie présidentielle de 2027. Difficile d'y voir clair à quelques mois d'une primaire aujourd'hui incertaine. Trois questions pour comprendre la crise au Parti socialiste.
L'annonce a été faite vendredi 8 mai : le patron des députés socialistes, Boris Vallaud, a décidé de quitter la direction du Parti socialiste - mais pas du parti en lui-même -, avec l'ensemble des membres de son courant, "Unir". Dans un courrier adressé au premier secrétaire du PS, Olivier Faure, l'élu et ses proches dénoncent, par la voix de leur mandataire le sénateur Alexandre Ouizille, une "collégialité bâclée", une "brutalisation du fonctionnement" des instances du parti, une "stratégie d'isolement et d'enlisement". "Je n'aurai pas ma place dans une direction qui choisit l'enlisement", avait déjà prévenu fin mars dans Le Parisien Boris Vallaud, qui acte donc une "situation de blocage", selon les mots de son entourage à LCP.
Il vaut mieux se dire les choses en mai 2026 qu'en février 2027. Un proche de Boris vallaud
"Quel est le sens de cette démission ? Qu'on prenne au sérieux mon inquiétude", a expliqué le président du groupe Socialistes à l'Assemblée nationale ce lundi 11 mai sur France Inter. "Tout le monde est en campagne, pas nous. [...] Comme beaucoup, je ne savais plus où nous allions", a-t-il ajouté celui qui plaide pour que son parti se prononce d'ici l'été par un vote sur le projet, la stratégie et le candidat en vue de l'élection présidentielle de 2027, qui se tient dans moins d'un an. Ce que refuse la direction. A ce stade, seul un vote sur le projet est prévu le 25 juin. "Le plus souvent désormais tu décides seul. Le plus souvent en dehors des instances, de plus en plus rarement réunies", déplore aussi, par écrit, Alexandre Ouizille dans le courrier adressé à Olivier Faure.
Auprès de LCP, un proche de Boris Vallaud explique que "rester, c'était cautionner" la stratégie "d'enlisement" d'Olivier Faure. "Il vaut mieux se dire les choses en mai 2026 qu'en février 2027", ajoute le même.
Avec sa démission de la direction du PS, Boris Vallaud emmène avec lui 24 personnes, dont 21 secrétaires nationaux, membres de son courant. Pour autant, cela n'empêche pas Olivier Faure de rester à la tête du parti. Mais il se trouve désormais davantage isolé. Il y a un an, en juin 2025, Boris Vallaud était arrivé troisième du congrès de Nancy, mais il avait fait le choix de se rallier à Olivier Faure, lui permettant de conserver son poste de premier secrétaire pour un quatrième mandat, face au maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol (dont le texte d'orientation était arrivé deuxième).
"On ne construit rien de durable en brutalisant ses partenaires", avait réagi vendredi la direction du Parti socialiste dans une déclaration transmise à l'AFP. "Rien ne nous fera dévier de notre volonté de construire une solution de rassemblement crédible, solide et capable de gagner pour empêcher l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir en 2027", avait-elle aussi précisé. Sur Franceinfo ce lundi matin, Olivier Faure a appelé à "éviter à tout prix une forme d'irresponsabilité". "Si c'est pour convoquer une nouvelle gauche plurielle, c'est exactement ce que je fais. Ce que semaine après semaine j'essaie de bâtir", a assuré le Premier secrétaire, qui "cherche une solution qui permette à tous d'avancer" et défend l'organisation d'une primaire à gauche, avec notamment Marine Tondelier (Les Écologistes), François Ruffin (Debout) ou encore Clémentine Autain (L'Après).
C'est bien le sujet qui est au cœur des divisions du Parti socialiste. D'un côté, Olivier Faure soutient l'organisation d'une primaire de la gauche non-mélenchoniste, voulue par les Écologistes et les anciens Insoumis François Ruffin et Clémentine Autain, et jusque-là programmée pour le 11 octobre et à laquelle il pourrait participer. La semaine dernière, le premier secrétaire a participé à un meeting en ce sens à La Bellevilloise, à Paris. "Je ne suis pas un fanatique de quelque processus que ce soit. [...] Ce dont je ne me départis pas, c'est l'idée d'un candidat commun", a-t-il déclaré ce lundi sur Franceinfo. "Les partenaires disent : 'Attendez, on veut bien une coalition, à une condition, c'est qu'on ait la règle de départage qui permet d'arriver à un candidat'", a ajouté Olivier Faure.
De l'autre, le chef des députés, Boris Vallaud, est opposé à la primaire et s'est rapproché ces dernières semaines du leader de Place publique, Raphaël Glucksmann – qui exclut de participer à une primaire en cas de candidature à la présidentielle –, et de l'ex-candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot. La primaire, "je considère que c'est d'abord une grande entreprise de désunion de la gauche où nous allons ouvrir des blessures qui ne cicatriseront pas ensuite", a-t-il répété sur France Inter. Il plaide donc pour une désignation rapide en interne d'un candidat socialiste pour 2027, puis pour une coalition plus large et propose de "convoquer des rencontres de la nouvelle gauche plurielle", allant de Raphaël Glucksmann à François Ruffin. L'objectif : tenter de s'accorder sur "un contrat de législature, un contrat de gouvernement et un candidat commun".
On ne voit pas bien l'issue. Le politologue Rémi Lefebvre à l'AFP
Les adhérents socialistes, eux, n'ont pour l'heure pas été sondés sur la stratégie à adopter, ce que déplore justement Boris Vallaud. Cette situation – primaire ou non – "gèle le PS, mais aussi toute la gauche", renchérit l'un de ses proches, pour qui cela doit être tranché par un vote. "Les Français disent à 85% qu'ils veulent une primaire de la gauche et des écologistes", rétorque pour sa part Olivier Faure. A cela s'ajoutent les prises de parole de François Hollande, qui n'exclut pas d'être candidat à la présidentielle. Dimanche sur France 3, l'ancien président de la République a jugé "qu'il n'y aura pas de primaire pour désigner un candidat avec la gauche au-delà du Parti socialiste", faute de majorité au sein du parti à la rose pour soutenir cette idée.
Pour le politologue Rémi Lefebvre, le PS se retrouve aujourd'hui "dans une impasse". "Olivier Faure pensait avoir Boris Vallaud à l'usure sur la primaire, ça n'a pas marché. Mais Boris Vallaud sous-estime l'importance du mode de désignation du candidat pour les autres partis. Il considère que le PS a vocation à produire le candidat, mais les autres n'accepteront pas", résume-t-il, interrogé par l'AFP. Avant de conclure : "On ne voit pas bien l'issue."