Sixième République, proportionnelle, rôle du Premier ministre: les propositions de Boris Vallaud avant 2027

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Boris Vallaud à la tribune de l'Assemblée nationale, le 14 janvier 2025
Boris Vallaud à la tribune de l'Assemblée nationale, le 14 janvier 2025 - LCP
par Anne-Charlotte Dusseaulx, le Vendredi 3 juillet 2026 à 06:05

Dans une note publiée ce vendredi, le président du groupe Socialistes, Boris Vallaud, revient sur les débats budgétaires passés et défend l'attitude des siens. "J'ai l'intime conviction que nous avons été à notre place dans l'exercice de l'opposition", écrit-il, prônant la mise en place du scrutin proportionnel et "régime authentiquement primo-ministériel.

Alors que le Parti socialiste n'a toujours pas arrêté sa stratégie pour l'élection présidentielle – un vote de ses militants est prévu le 9 juillet –, Boris Vallaud a décidé de parler des institutions, dans une note de vingt pages publiée ce vendredi sur le site de la Fondation Jean-Jaurès et consultée par LCP. Parce que "nous ne connaîtrons peut-être plus jamais d'Assemblée [nationale] majoritaire", le président du groupe Socialistes estime qu'il faudra, dans les années à venir, "faire de la recherche de majorités texte par texte une méthode de gouvernement ou un mode d'exercice de l'opposition". 

Si la Ve République "est morte", l'élu des Landes écrit que "la VIe République n'est pas née", qu'il ne faut certes "jamais cesser de [l']espérer", mais qu'elle "ne naîtra pas d'un coup de force ou d'un rêve constitutionnel". Au contraire, à ses yeux, son avènement passera par "la capacité à faire vivre une démocratie du débat, du respect et de l'action". 

Or c'est bien ce que Boris Vallaud considère avoir fait ces derniers mois au Palais-Bourbon, en "refusant le trop facile 'à quoi bon ?'", écrit-il, au fil des pages. Avant d'ajouter : "L'opposition, quand elle est fidèle à son nom, ne se contente pas de dire 'non’ et de vociférer. Elle propose, elle résiste, elle construit."

À l'Assemblée, "les socialistes ont fait œuvre utile"

L'occasion donc pour le chef de file des députés PS de revenir sur les négociations budgétaires avec les Premiers ministres passés, de Michel Barnier à Sébastien Lecornu. "J'ai l'intime conviction que nous avons été à notre place dans l'exercice de l'opposition", "qu'importe qu'elle ait été souvent inconfortable", note-t-il, affirmant également que "les socialistes ont fait oeuvre utile", avec la suspension de la réforme des retraites et malgré le regret de s'être "heurté au mur du refus de taxer plus et mieux les très grands patrimoines". 

Un compromis ne nie pas le dissensus, ne solde pas le désaccord, ne fabrique pas une majorité artificielle. Boris Vallaud, le président du groupe socialistes

Car, poursuit Boris Vallaud, "toute autre perspective, le retour aux urnes notamment, n'était que la promesse d'un chaos supplémentaire, d'un affaiblissement plus grand face aux forces de l'extrême droite". Dans une Assemblée fragmentée, il n'existe plus, selon lui, le temps où "le seul devoir [de l'opposition était] la critique, aussi virulente que possible".

"Un compromis ne nie pas le dissensus, ne solde pas le désaccord, ne fabrique pas une majorité artificielle", affirme aussi le socialiste. Ou encore, quelques pages plus loin : "Le compromis n’est pas la fin de la politique comme espace de débat et de transformation. Il n'en est pas non plus et nécessairement la part maudite. Il peut en être l'exact inverse." Sans citer nommément La France insoumise, Boris Vallaud rejette le "tout ou rien" : "Ce jumeau maléfique du 'eux et nous' et d'une vision agonistique de la politique consubstantielle du populisme. Nous la laissons à d’autres."

Penser les législatives avant la présidentielle

Parce qu'il "est temps de rompre avec un présidentialisme épuisé", le député appelle alors à "inverser le calendrier électoral" en vue des négociations à venir dans la perspective de 2027. "Du contrat de législature d'une gauche plurielle naîtra le chemin d'une candidature commune. Pas l'inverse", met en garde Boris Vallaud, pour qui les élections législatives ne peuvent plus "être simplement pensées comme le troisième tour de l'élection présidentielle".  

Dans une interview au Parisien, datée de ce jeudi, le socialiste, qui défend la désignation d'un candidat en interne au PS et à Place publique, indique que l'heureux élu – il pourrait lui-même faire acte de candidature – aura ensuite "la charge de proposer un contrat de législature, un programme commun au reste de la gauche".

Dans sa note, Boris Vallaud prône également la mise en place du scrutin proportionnel qui "porte en lui la nécessité du compromis", voire "une forme d'éthique démocratique, c'est-à-dire de sagesse pratique qui permet de vivre ensemble malgré nos différences". Il appelle aussi "au passage à l'acte" quant à la "déprésidentialisation" avec la création d'un "régime authentiquement primo-ministériel", où le chef du gouvernement se verrait confier "le pouvoir de dissolution". Et ce, "pour réguler les majorités" et auquel pourrait répondre "une motion de censure constructive". 

S'il défend l'attitude des siens, l'élu se dit toutefois "incapable, à cette heure, de dire quel bénéfice politique les socialistes ont pu ou pourraient tirer de cette année singulière" ou à l'inverse "s'il [leur] en a coûté". Le débat budgétaire redébutera à l'automne. Que feront les socialistes, à quelques mois de la présidentielle ? "Nous autorisera-t-il des négociations sincères ? J'en doute. Nous verrons."