L'association AC!! Anti-Corruption a déposé plainte contre X samedi, estimant que le rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, Charles Alloncle (UDR) a influencé la teneur des débats en posant, selon elle, des questions envoyées par la direction de Lagardère News, la société contrôlée par Vincent Bolloré, afin qu'ils en tirent tous deux des intérêts. Sur RTL, le député a dénoncé une "tentative de diversion".
Charles Alloncle, rapporteur de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public, est visé par une plainte déposée par l'association AC!! Anti-Corruption ce samedi. L'association estime que le député du groupe UDR a pesé sur les débats en posant des questions directement suggérées par la direction de Lagardère News, société contrôlée par Vincent Bolloré.
La plainte contre X, pour prise illégale d'intérêts et trafic d'influence, a été envoyée samedi au procureur national financier (PNF) Pascal Prache, a expliqué Me Jérôme Karsenti à quelques journalistes, dont l'AFP. Cette plainte fait suite aux révélations du Monde, qui a révélé fin avril que la direction des affaires institutionnelles et réglementaires de Lagardère News avait envoyé des listes de questions à plusieurs députés, dont Charles Alloncle, afin qu'ils les posent aux personnes auditionnées.
"C'est une personne que je ne connais pas de Lagardère news qui a envoyé ces questions. C'est vieux comme l'Assemblée nationale. J'ai dû recevoir plusieurs centaines de contributions", a tempéré ce lundi le député UDR sur RTL, démentant avoir utilisé ces questions. Il également ailleurs indiqué n'avoir "jamais rencontré" la présidente de Lagardère News, Constance Benqué.
"Ces recommandations ont été envoyées au président macroniste de la commission, à d'autres députés. C'est une énième tentative de diversion, une énième tentative grotesque à quelques heures de la publication du rapport pour jeter le discrédit sur ces 400 pages d'un rapport rédigé de façon étayée et sérieuse", a poursuivi Charles Alloncle.
"Son comportement pendant les six mois de commission contredit cette thèse. Sa posture lors des auditions marquées par une hostilité systématique envers l'audiovisuel public [...] est identique à celle suggérée par le groupe Bolloré dans ses listes", affirme au contraire la plainte que l'AFP a pu consulter. Celle-ci rappelle que le président de la commission d'enquête, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), s'est interrogé sur l'impartialité de son collègue. Sur France Inter, il a suggéré que le rapporteur avait pu agir par commande "de personnes qui veulent racheter l'audiovisuel public à vil prix" ou le voir "disparaître".
Jérémie Patrier-Leitus a également jugé que des médias "très virulents à l'égard de l'audiovisuel public" ont "accordé une place très importante" au rapporteur de la commission. Selon AC!!Anti-Corruption, "il apparaît plausible que le groupe Lagardère News ait proposé à M. Alloncle de lui assurer une importante place médiatique permettant de propulser sa carrière politique", alors qu'il "était inconnu du grand public". De son côté, la société Lagardère News défendrait l'objectif "d'aboutir in fine à la réduction du périmètre de l'audiovisuel public, voire à sa privatisation", ce qui lui serait "favorable".
Après plusieurs mois de travaux émaillés d'incidents et d'épisodes de tensions, le rapport de Charles Alloncle doit être publié ce mardi matin. Plusieurs de ses recommandations phares ont été dévoilées par Le Figaro ce lundi matin.
(Avec AFP)