Coupe du monde: France-Sénégal ou débat sur la Corse? Comment les députés vont s'organiser mardi soir

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Image d'illustration de football.
Image d'illustration de football. crédit Pixabay
par Maxence Kagni, le Mardi 16 juin 2026 à 07:05

L'équipe de France de football débutera sa Coupe du monde ce mardi soir contre le Sénégal, à 21 heures. Certains députés fans de foot s'organisent pour ne rien rater des exploits des joueurs de Didier Deschamps, alors que l'hémicycle débattra d'un projet de loi sur la Corse.

Ce mardi soir, la France aura les yeux rivés sur M6 pour regarder l'entrée en lice des Bleus dans la Coupe du monde 2026. En 2018 et en 2022, les matchs d'ouverture de Kylian Mbappé et de ses coéquipiers avaient été suivi par plus de 12 millions de téléspectateurs. Une performance qui pourrait se reproduire mardi : mais parmi ces fans de ballon rond, combien de députés regarderont le match France-Sénégal ?

A l'Assemblée nationale, où de nombreux élus se passionnent pour le football (même si l'équipe de France de foot parlementaire est en sommeil), l'examen du projet de loi constitutionnelle "pour une Corse autonome au sein de la République" doit débuter à 21h30, c'est-à-dire seulement trente minutes après le début du match. "Moi, je vais faire une partie hémicycle et une partie match", assume Julien Dive (Droite républicaine), interrogé par LCP.

"S'il y a une interruption de séance, ou une partie du texte moins urgente que l'autre, évidemment on peut aller regarder, il ne faut pas non plus faire les vierges effarouchées", déclare l'élu, qui explique que certains de ses collègues iront même voir le match dans des restaurants. D'autres, comme Ugo Bernalicis, se contenteront de regarder la première demi-heure du match, avant de rejoindre les bancs de l'hémicycle, au début de la séance.

"Je viendrai dans l'hémicycle en cas de besoin"

Mais plusieurs députés suivront le match en intégralité, en comptant sur leurs collègues pour les représenter lors des débats : "Il y en a chez nous qui ne sont vraiment pas foot, qui pensent par exemple que le PSG va participer à la Coupe du monde, donc mardi on va plutôt miser sur ces députés pour aller défendre notre vision sur le projet de loi relatif à la Corse", explique un député, qui préfère rester anonyme. 

Il est rare que les députés participent à l'intégralité des séances sur un projet de loi, notamment pour des raisons d'amplitude horaire (les séances pouvant débuter à 9 heures) mais aussi parce que certains sont retenus en commission ou dans leur circonscription. Alors, pour s'assurer que les travées de l'hémicycle soient suffisamment remplies, chaque groupe organise habituellement un système de "permanences", qui permet aux députés de se relayer. Il est très classique que les 577 députés ne se retrouvent pas en même temps sur le même texte de loi dans l'hémicycle. 

Les supporters de l'équipe de France se reposeront donc sur les autres députés qui ne souhaitent pas voir le match. "Si les débats sont âpres, que la majorité se joue à quelques voix, je viendrai dans l'hémicycle en cas de besoin", promet le député anonyme, qui regardera les Bleus "dans son bureau ou pas très loin" de l'Assemblée nationale. "Il y a déjà eu des occasions comme ça où on avait un certain nombre de députés dans l'hémicycle qui suivaient en parallèle certains grands événements, notamment sportifs, tout en gardant une oreille attentive sur le déroulé de la séance", raconte encore l'élu.

Une autre façon de faire de la politique

En plus de la séance publique, la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale pourrait travailler mardi soir, notamment sur une proposition de loi de Charles Alloncle (Union des droites pour la République), qui n'a "jamais raté un match de l'équipe de France en Coupe du monde de [sa] vie". Mais l'élu, âgé de 32 ans, espère que la séance de 16h30, qui doit finir à 20 heures, suffira à examiner son texte, relativement court et sur lequel peu de députés ont déposé des amendements.

"Je ne vois pas comment ça déborderait au-delà de 20 heures", calcule l'élu de l'Hérault. "Mais si le calendrier de l'Assemblée nationale impose un débat prolongé de ma proposition de loi, je ne vais pas l'abandonner pour un match, ce sera la première fois que je ne regarderai pas un match de l'équipe de France", souffle-t-il.

D'autres députés utilisent les matchs de la Coupe du monde pour faire de la politique, dans un cadre plus détendu qu'à l'habitude. C'est le cas d'Olivier Serva (Liot), qui organise un rassemblement avec son parti Utiles dans un restaurant du XVe arrondissement de Paris pour regarder le match. 

Julien Dive explique aussi qu'il organisera une diffusion du match France-Norvège le vendredi 26 juin, dans sa permanence parlementaire, "avec des jeunes, pour parler de politique en regardant le match". Le député LFI François Piquemal a déjà organisé deux projections du même genre, autour des matchs Mexique-Afrique du Sud et Allemagne-Curaçao, avec "à chaque fois cinquante personnes environ". Il renouvellera l'expérience le 26 juin.

"Compliqué de mobiliser"

Mais ces quelques défections ne devraient pas perturber le travail parlementaire, estime Sandra Regol (Ecologiste et Social). "Ce n'est pas la première fois que ça arrive sur un texte, ça n'a pas trop d'influence. Ce serait un quart ou une demi-finale cela aurait un impact, mais là je ne pense pas", affirme l'élue écologiste. Plusieurs députés interrogés expliquent en effet que le sujet n'a pas été débattu dans leur groupe. "La question d'un match ou non m'est totalement indifférente", abonde le président de la commission des lois, Florent Boudié (Ensemble pour la République). 

"Que le film du soir soit bon ou le match important, on privilégie les travaux à l'Assemblée nationale", explique aussi la députée de la Réunion, Émeline K/Bidi. "Cependant, sur ce genre de textes, de nombreux députés ne se sentent pas forcément concernés, je le vois tous les ans au moment des débats sur le budget des Outre-mer. Je crains que s'il y a peu de monde mardi dans l'hémicycle, ce soit parce que les députés ne se sentiront pas concernés par la Corse, et pas à cause du foot", affirme l'élue.

Le député de Corse-du-Sud, Laurent Marcangeli, est quant à lui fataliste : "Je serai présent et je ne suivrai pas le match car je suis très concerné par le projet de loi, mais pour les autres députés je ne me berce pas d'illusions, ça risque en effet d'être compliqué de mobiliser", conclut le président du groupe Horizons.