Covid-19 : "La pression épidémique reste très élevée", alerte Jérôme Salomon

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Soizic BONVARLET
le Jeudi 11 février 2021 à 15:00

Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, est revenu jeudi 11 février sur l'état de la propagation du coronavirus en France et de la mise en place de la campagne vaccinale alors que des variants circulent sur le territoire. "Les professionnels de santé se préparent à une possible troisième vague", prévient-il. 

C'est un nouveau seuil symbolique qui a été franchi en France, près d'un an après le début de la pandémie de la Covid-19. Mardi 9 février, l'agence Santé publique France a décompté que plus de 80.000 personnes avaient succombé à la maladie depuis mars 2020. Auditionné par les députés de la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale jeudi, le patron de la Direction générale de la Santé (DGS), Jérôme Salomon, est revenu sur l'état de la propagation du virus en France et tire un bilan de l'action de l'État.

Une circulation des variants importante en France, mais une présence "hétérogène" selon les départements

De la crise, Jérôme Salomon retient d'abord une "capacité d'adaptation exceptionnelle de la part des professionnels de santé", dont il salue "la mobilisation extraordinaire" depuis le début de la pandémie. Le directeur général de la Santé souligne aussi la mobilisation des Français, car, explique-t-il, les gestes barrières - qui ne faisaient pas forcément l'unanimité en mai - sont respectés et comprises. "On peut se féliciter, car nous prenons soin des uns des autres", dit-il. Concernant l'action du gouvernement, Jérôme Salomon rappelle les mesures fortes prises lors des deux premières vagues, et rappelle que la France dispose aujourd'hui d'une très forte capacité de tests. 

Mais la pandémie sévit toujours en France. "Nous continuons d'affronter une crise mondiale d'une violence inouïe", résume Jérôme Salomon. "La pression épidémique reste très élevée." Mercredi, quelque 27 417 personnes étaient hospitalisées dans toute la France. "C'était 20.000 lors du deuxième confinement, avec un pic à 32.000 en novembre. C'est un niveau équivalent à la pression hospitalière au Royaume-Uni", rappelle-t-il. Jérôme Salomon le précise : la situation n'est pas la même selon les territoires.

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Et pour cause, la présence des variants anglais et sud-africains de la Covid-19, qui induisent une très forte contagiosité, est très "hétérogène" selon les départements. Au niveau national, ils représentent tout de même 15% des contaminations, indique Jérôme Salomon. Interrogé par plusieurs députés sur le séquençage du virus, seule manière de savoir s’il a muté, le directeur de la DGS explique qu'il y a "un gros travail en cours des Agences régionales de santé et de Santé publique France, qui vont définir quelle est la meilleure stratégie." Jérôme Salomon souligne que le séquençage est devenu un "enjeu de surveillance nationale de la part de variants circulant en France" et que "les capacités ont plus que quadruplé ces derniers jours." Une nouvelle enquête flash a été menée et les résultats seront rendus publics ce jeudi. Ils devraient, en toute logique, être en augmentation, à comprendre l'infectiologue :

Les professionnels de santé se préparent à une possible troisième vague

Le vaccin, facteur principal de la stratégie de lutte contre le virus 

Mais l'exécutif tente de rassurer. Mercredi encore, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, indiquait lors du compte-rendu du Conseil des ministres, qu'il "existe bien un chemin pour éviter le reconfinement". Pour l'empêcher, le gouvernement mise sur la campagne de vaccination. Et Jérôme Salomon ne cache pas que la seule véritable issue ne pourra être constituée que par la progression de l’immunité collective. "Nous attendons une immunité collective et individuelle, soit post-infectieuse, soit post-vaccinale", a-t-il ainsi déclaré. Il se félicite donc de l’état d’avancement de la couverture vaccinale sur le territoire national : "Nous avons dépassé hier le seuil des deux millions de personnes qui avaient déjà reçu une injection de vaccin et plus de 440 000 en sont déjà à leur deuxième injection." 

Un état des lieux qui n’a pas suffi à satisfaire le député Les Républicains Jean-Pierre Door. "L’exécutif nous dit évidemment que tout va bien. Moi, je suis sur le terrain et je vaccine. Je peux vous dire que les problèmes sont multiples. Il n’y a pas assez de doses, des rendez-vous suspendus, des reports de vaccination", a affirmé le député du Loiret. "On est tout à fait conscients qu’il y a eu des difficultés", lui a répondu Jérôme Salomon, avant de revenir sur les chiffres : "Nous avons déjà des niveaux de couverture vaccinale qui sont importants, puisque mercredi soir nous étions à 67% de résidents en EHPAD vaccinés, et à 28% de professionnels [de santé] vaccinés." 

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Stocks stratégiques de masques : Jérôme Salomon veut rassurer

L’audition de Jérôme Salomon a également été l’occasion de revenir sur le stock stratégique de l’État en matière de masques, qui avait nourri la polémique lors de la première vague de la pandémie. Jérôme Salomon a, là encore, voulu rassurer, indiquant que les stocks s’avéraient à l’heure actuelle "très importants" et "totalement complétés." Il a aussi indiqué que ses services étaient plus préoccupés par l’avenir de ces stocks que par la capacité du pays à faire face à la demande actuelle. "Si dans quinze ou vingt ans, nous avons de nouveaux besoins, la question est de savoir si au niveau européen et au niveau national, nous sommes capables de répondre à ces besoins spécifiques", a déclaré l’infectiologue, avant de considérer qu’il y avait une "veille" à mener sur ce sujet de souveraineté nationale. 

Oui, McKinsey intervient, "Mais le pouvoir de décision est resté à l'État"

Cette question de souveraineté nationale est revenue dans le débat public depuis janvier, après les révélations de Politico. Selon le média politique anglophone, plusieurs domaines de la stratégie vaccinale mise en place par le gouvernement ont été confiés au cabinet de conseil américain McKinsey. Un article du journal Le Point début janvier indiquait que ces prestations extérieures s'élèveraient à deux millions d'euros.. Interpellé par le communiste Pierre Dharréville lors des questions au gouvernement mardi 9 février, le ministre de la Santé Olivier Véran a rappelé qu'il n'était "pas rare que des ministères, et pas que la Santé, fassent appel à des sociétés privées de conseil.

Interrogé sur cette polémique par le député LR Bernard Perrut, Jérôme Salomon reconnaît "qu'il y a eu recours à des cabinets de conseil". "Mais le pouvoir de décision est resté à l'État et les cabinets sont en appui sur l'opératoire", assure le patron de la DGS. 

"Un cauchemar sans fin" qui impacte la santé mentale des Français 

Si l’épidémie de Covid-19 mobilise une partie de l’attention de ses services et des personnels soignants, Jérôme Salomon a rappelé la nécessité de "maintenir un état de santé le plus satisfaisant possible dans toutes ses dimensions". Il a ainsi fait état de la dernière étude de Santé publique France, selon laquelle "29% des personnes signalent des états anxieux ou dépressifs" et insisté sur la jeunesse, particulièrement impactée. "Pour certains, cela ressemble à un cauchemar sans fin"a déclaré le directeur général de la Santé, avant d’enjoindre les Français à "être extrêmement vigilants (…) dès lors que l’on constate des modifications de comportements, troubles du sommeil, états anxieux, consommation [addictive] d’alcool ou de tabac."