Exploitation des hydrocarbures: le rapporteur du texte appelle à la "désobéissance civile" en Guyane

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par Maxence Kagni, le Vendredi 12 juin 2026 à 16:03, mis à jour le Vendredi 12 juin 2026 à 16:15

L'examen et le rejet, jeudi 11 juin, d'une proposition de loi visant à abroger les interdictions de recherche et d’exploitation d'hydrocarbures dans les Outre-mer a provoqué la colère de son rapporteur, le député de Guyane Jean-Victor Castor (Gauche démocrate et républicaine). Selon lui, le vote de l'Assemblée nationale risque de "créer des troubles à l'ordre public" dans son territoire. 

C'est un vote qui illustre, selon le député de Guyane Jean-Victor Castor, la "continuité des rapports coloniaux" et une "façon paternaliste" de dire aux territoires ultramarins "ce qui est bon ou pas bon" pour eux. Ce jeudi, l'Assemblée nationale a rejeté la proposition de loi "visant à lever dans les territoires d'Outre-mer l'interdiction de recherche, d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures".

L'examen de ce texte, auquel le gouvernement est opposé, a provoqué de vifs débats dans l'hémicycle du Palais-Bourbon, comme cela avait déjà été le cas la semaine dernière en commission. Son rejet a mis en colère son rapporteur, Jean-Victor Castor (Gauche démocrate et républicaine) : "Moi, en tant que député de la Guyane, je vous le dis ici solennellement, parce que ça a été tout mon parcours politique, j'appelle les Guyanais à la désobéissance civile", a déclaré l'élu, à l'issue du scrutin final. Selon lui, ce vote risque de créer des "troubles à l'ordre public" dans ce territoire français situé sur la côte nord-est de l'Amérique du Sud.

Des propos aussitôt dénoncés par le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure : "Je regrette ce que vous venez de dire, je considère qu'aujourd'hui c'est l'Assemblée nationale qui s'est prononcée", a-t-il rétorqué à Jean-Victor Castor, très remonté, qui a dénoncé les conditions de rejet de la proposition de loi. 

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Le gouvernement veut une "offre électrique décarbonée" 

Adoptée au Sénat en janvier 2026, la proposition de loi vise à abroger dans les Outre-mer l'interdiction de rechercher et d'exploiter des hydrocarbures, inscrite dans la loi Hulot de 2017. Celle-ci était reprise hier par le groupe Gauche démocrate et républicaine, composé des députés communistes et de députés ultramarins, dans le cadre de sa journée d'initiative parlementaire. "Ce texte me paraît tout simplement anachronique face au chemin que nous avons parcouru", a répondu d'emblée le gouvernement par la voix de Roland Lescure.

Et le ministre d'ajouter : "Soyons réalistes, le pétrole n'est pas la solution au développement économique en Outre-mer", estimant qu'il n'y a "pas de ressources pétrolières exploitables dans des conditions économiquement viables dans les territoires ultramarins". Selon Roland Lescure, "l'enjeu dans les territoires ultramarins" est plutôt "de développer une offre électrique décarbonée, passant notamment par les énergies renouvelables, avec le photovoltaïque en Guyane" a-t-il, par exemple, indiqué. Le ministre s'est aussi dit favorable à un soutien à la "filière minière responsable".

Cette proposition de loi crée un mirage, celui d'une richesse qui tomberait du ciel. Roland Lescure (ministre de l'Économie et des Finances)

La position du gouvernement a été partagée par les groupes Ensemble pour la République et Les Démocrates. Et, comme en commission, La France insoumise, le groupe Socialistes et le groupe Écologiste et social se sont opposés au texte, ce qui a créé des tensions. "Oui, je ne me suis jamais rendue en Guyane, [mais] je suis comme vous Monsieur Castor, députée de la République, pour toute la République", a notamment lancé l'écologiste Julie Laernoes, dénonçant un texte qu'elle considère comme une "démission écologique, un pari économique catastrophique et une menace pour l'un des territoires les plus exposés par le changement climatique". 

"Vous risquez d'allumer quelque chose en Guyane"

Quelques minutes plus tôt, Jean-Victor Castor avait mis en garde ses collègues de l'Hexagone : "J'interdis à quiconque, en tant que Guyanais, de parler et de se sentir plus expert que moi", a-t-il martelé. L'élu, qui s'est prévalu du soutien de tous les élus de Guyane, a vivement répondu à Julie Laernoes, qui a parlé, selon lui, "de façon péremptoire, paternaliste" : "Faites attention à votre façon de parler", a-t-il cinglé à l'adresse de sa collègue écologiste. 

Vous n'avez pas à décider, pour nous, de notre trajectoire de développement. Jean-Victor Castor (député de Guyane)

Dénonçant l'"échec total de toutes les politiques publiques établies par l'État" dans les territoires d'Outre-mer, le député de Guyane a également interpellé Roland Lescure : "Vous n'avez aucune connaissance de la réalité de nos pays, aucune", a-t-il dit au ministre de l'Économie et des Finances. "J'ai rencontré tous les experts, ceux du Brésil, ceux du Suriname, et ceux du Guyana, tous disent que nous avons les mêmes caractéristiques géologiques, pédologiques et que nous avons affaire à la même nappe de pétrole et de gaz", a encore affirmé Jean-Victor Castor. "Si vous considérez qu'il n'y a rien, on interdit quoi ?", a-t-il demandé au ministre. 

L'élu a notamment reçu le soutien de l'autre député de Guyane, Davy Rimane (Gauche démocrate et républicaine) : "Qui a construit sa prospérité pendant deux siècles grâce au charbon, au pétrole et au gaz, pas la Guyane... mais les pauvres doivent rester verts, n'est-ce pas ?", a lâché l'élu, qui a promis "un lendemain au vote" de ce jeudi. Et de mettre en garde : "Vous risquez d'allumer quelque chose en Guyane que vous ne serez en aucune mesure de maîtriser."

Dans la même veine, le député de Martinique Jiovanny William (apparenté Socialistes) a prévenu que les territoires d'Outre-mer ne vont "pas se laisser faire". "Ce n'est pas à des écologistes dogmatiques de nous imposer leur vision décroissante de notre propre développement", a renchéri la députée de Mayotte Anchya Bamana (Rassemblement national). 

La proposition de loi a été soutenue par le Rassemblement national et l'Union des droites pour la République, qui ont même suggéré de permettre la recherche d'hydrocarbures sur l'ensemble du territoire français. Les groupes Droite républicaine et Liot, tout comme le groupe Horizons, se sont aussi prononcés en faveur du texte, alors que la loi Hulot, sur laquelle celui-ci veut revenir, a été adoptée quand Édouard Philippe était Premier ministre. 

Depuis des décennies, cet hémicycle ne nous écoute pas et cette législature ne fait pas exception. Davy Rimane (député de Guyane)

Lors du vote, la forte mobilisation des députés écologistes et insoumis a fait basculer le résultat : 74 députés ont voté contre l'article 1er du texte, tandis que 64 députés ont voté pour (le détail du scrutin à consulter ici). Sur les 42 votants issus des groupes La France insoumis et Socialistes, deux députés ont soutenu le texte : Jean-Philippe Nilor (LFI) et Jiovanny William (apparenté Socialistes), tous les deux élus de la Martinique. "Il y a des jeunes Guyanais, des adultes, des personnes âgées qui meurent et ça c'est de votre responsabilité, les habitants des Outre-mer n'ont pas à protéger la nature et la terre plus que vous !", a conclu Jean-Victor Castor, à l'issue de la séance.