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Circo 2022 présidentielle

Le paysage politique en cartes à l'issue de l'élection présidentielle

Actualité
par Raphaël Marchal, le Mercredi 27 avril 2022 à 16:30, mis à jour le Jeudi 28 avril 2022 à 15:39

Emmanuel Macron a été réélu Président, mais dans un paysage politique qui a fortement évolué depuis 2017. Progression du vote en sa faveur au premier tour, confirmation de l'implantation croissante du Rassemblement national, poussée de La France insoumise, effondrement du Parti socialiste et des Républicains... Pour illustrer ces évolutions, LCP a réalisé une série de cartes interactives à l'échelle des circonscriptions législatives. Sans en tirer de conclusions prématurées en vue de l'élection des députés, ces cartes sont riches d'enseignements sur la recomposition politique en cours. 

Quelques jours après la réélection d'Emmanuel Macron en tant que président de la République, quels enseignements tirer de ce scrutin ? La première grande leçon est la quasi-disparition, dans le cadre de l'élection présidentielle, des deux principales familles politiques de la Vème République. Entamé il y a cinq ans, avec le score historiquement bas obtenu par le candidat socialiste, Benoît Hamon (6,4 % des voix exprimées), cet effacement s'est poursuivi, cette fois du côté de la droite : Valérie Pécresse (Les Républicains) tombant sous la barre fatidique des 5 %, qui donne droit à un remboursement substantiel des frais de campagne. 

Au niveau local, cette évolution majeure et soudaine s'observe facilement : sur 566 circonscriptions au sein desquelles sont élus les députés au niveau national (hors des 11 circonscriptions situées à l'étranger pour les Français vivant hors de France), Valérie Pécresse (LR) et Anne Hidalgo (PS) ne sont arrivées en tête nulle part. Pourtant, en 2017, le candidat LR, François Fillon, avait recueilli le plus de suffrages dans 53 circonscriptions, et ce malgré une campagne difficile, marquée par les soupçons d'emplois fictifs qui pesaient à l'encontre de son épouse à cette époque.

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Principal dynamiteur de l'ordre établi, Emmanuel Macron est arrivé en tête dans 256 circonscriptions au premier tour de la présidentielle, soit 27 de plus qu'il y a cinq ans. En gagnant notamment sur certains territoires jusque-là ancrés à droite : c'est le cas en Mayenne, en Lozère, dans la Sarthe, en Savoie et Haute-Savoie ou encore dans l'ouest parisien. Il progresse, par ailleurs, en nombre de voix au premier tour avec 9,78 millions de suffrages en 2022 à comparer aux 8,65 millions de suffrages de 2017. 

Premier tour : une France divisée en trois

Le paysage par circonscription de 2022 établit une France coupée en trois. Jean-Luc Mélenchon comme Marine Le Pen l'ont d'ailleurs parfaitement exploité, en se revendiquant chacun de leur côté première force d'opposition face au chef de l’État réélu. La candidate Rassemblement national est arrivée en tête dans 206 circonscriptions, contre 216 il y a cinq ans. Dans l'absolu, Marine Le Pen recueille toutefois davantage de voix en 2022 : 8,13 millions, contre 7,68 millions en 2017. La candidate du Rassemblement national s'est en particulier classée première dans sa propre circonscription du Pas-de-Calais, comme Jean-Luc Mélenchon dans les Bouches-du-Rhône.

Le chef de file de la France insoumise connaît la plus forte dynamique : il s'est classé premier dans 104 circonscriptions, 37 de plus qu'il y a 5 ans, une hausse de 55,2 %. Il est notamment arrivé en tête dans la 4ème de la Savoie, la circonscription du président du groupe MoDem, Patrick Mignola.

L'ouest et le sud-ouest français, déjà acquis à Emmanuel Macron en 2017, le restent en 2022. Les circonscriptions plus rurales ont davantage porté leurs voix vers Marine Le Pen, qui étend son influence dans une ceinture allant de la Creuse au Bas-Rhin, et qui reste majoritaire dans le nord-est de la France et dans le sud-est.   

Dans les grandes agglomérations et, à fortiori, dans la capitale, le vote se porte plus sur Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de La France insoumise progresse notamment en arrivant en tête dans de nouvelles circonscriptions à Lyon, à Marseille, à Paris et dans les départements de la petite couronne. Il réalise par ailleurs une performance en Outre-mer en arrivant en tête en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et à La Réunion.

Second tour : le RN se renforce

Comme en 2017, le second tour de l'élection présidentielle a vu s'affronter Emmanuel Macron et Marine Le Pen. L'issue a été la même, mais avec un résultat plus serré au niveau national (58,54 % pour Emmanuel Macron et 41,46 % pour Marine Le Pen contre 66,1 % et 33,9 % en 2017). Cette évolution s'observe aussi, logiquement, à l'échelle des circonscriptions. Ainsi, Emmanuel Macron se classe premier dans 406 des 566 subdivisions électorales, contre 521 en 2017. Inversement, Marine Le Pen arrive en tête dans 159 circonscriptions, contre 45 il y a 5 ans. À noter la particularité de la 3ème circonscription de la Marne, où les deux candidats sont arrivés à égalité cette année.

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Au second tour, certains territoires sont acquis à Emmanuel Macron. C'est le cas de l'ouest de la France, des grandes agglomérations, de l'Île-de-France, où il est rare que le président de la République n'atteigne pas plus de 70 % de voix. En revanche, par rapport à 2017, il perd systématiquement du terrain face à sa concurrente.

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Marine Le Pen renforce donc ses positions. C'est le cas dans les territoires qui lui étaient déjà acquis, comme les zones désindustrialisées du nord de la France. Elle creuse néanmoins nettement l'écart dans des circonscriptions plus contestées par le passé : en Corse et dans le sud-est, par exemple. Elle emporte, par ailleurs, un chapelet des zones rurales dans l'Indre, l'Aube, l'Yonne, la Nièvre, l'Eure-et-Loir, ou encore le Cher. Et elle renverse très largement des scores qui lui étaient défavorables dans les outre-mer. C'est le cas en Guyane, à La Réunion, en Martinique et en Guadeloupe, où elle obtient des scores très élevés, dans un contexte marqué par une très forte abstention et une défiance envers l’État.

Si elle reste largement battue dans le coeur des agglomérations, avec seulement autour de 15 % des voix à Paris, Marine Le Pen réussit toutefois à améliorer ses résultats y compris dans ces territoires, qui lui sont sociologiquement défavorables.

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De premiers enseignements en vue des législatives ?

À peine l'élection présidentielle achevée, les regards sont tournés vers les élections législatives que Jean-Luc Mélenchon a qualifiées de "troisième tour". Ces élections auront lieu dans les 557 circonscriptions qui permettent d'élire les députés les 12 et 19 juin. 

Si l'élection présidentielle et les résultats constatés au niveau national et local sont riches d'enseignements sur l'évolution du paysage et des rapports de force politique, il convient de ne pas en tirer de conséquences hâtives et prématurées en vue des élections législatives qui, au-delà des dynamiques nationales, sont aussi 577 élections différentes qui ont lieu dans autant de circonscriptions avec des équations personnelles et locales, ainsi que parfois des enjeux sur des thèmes particuliers.

Impossible donc, de calquer les résultats de la présidentielle pour prédire ceux des législatives, tant les deux scrutins sont différents. Notamment en raison du mode de scrutin qui fait que les candidats doivent réunir au moins 12,5% des électeurs inscrits au premier tour pour se maintenir. Sur le papier, il est donc possible d'avoir deux, trois ou quatre candidats en lice au second tour. Mais en pratique, et notamment en cas de forte abstention, il peut-être compliqué pour certains partis de qualifier leur candidat. En 2012, 34 triangulaires avaient eu lieu. En 2017, une seule avait été recensée, dans l'Aube. Cette année-là, moins d'un électeur inscrit sur deux s'était déplacé pour le scrutin. Un record d'abstention aux législatives sous la Vème République.

Dans la foulée de l'élection présidentielle, l'électorat du chef de l’État élu ou réélu reste, par ailleurs, habituellement davantage mobilisé que celui de ses concurrent du premier et second tour, ce qui a toujours permis au locataire de l’Élysée d'obtenir une majorité à la suite de son élection ou de sa réélection. Cette fois encore, Emmanuel Macron tentera donc de garder ses électeurs mobilisés. Tandis que les autres partis tenteront de faire de même, voire de remobiliser des électeurs qui leur ont fait défaut lors de l'élection présidentielle. 

 

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La recomposition du paysage politique, les enjeux des élections législatives et les règles de ce scrutin expliquent les différentes stratégies à l’œuvre actuellement. Les Républicains qui jouent leur avenir, alors qu'ils sont pris en tenaille entre La République en marche et le Rassemblement national, ont proclamé leur volonté de conserver leur "indépendance", même si certains sont tentés de rallier plus ou moins clairement le Président. A gauche, sous l'impulsion de La France insoumise, des négociations sont en cours pour former une alliance. Du côté de l'extrême droite, une alliance entre le Rassemblement national et Reconquête ne semble en revanche pas d'actualité. 

La période de dépôt des candidatures en préfecture pour les élections législatives sera ouverte du 16 au 20 mai.