"Non à la loi Yadan": une pétition sur le site de l'Assemblée recueille 30 000 signatures en 48 heures et relance le débat

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Pétition Non à la loi Yadan
Pétition Non à la loi Yadan sur le site de l'Assemblée nationale - 02/04/2026
par Soizic BONVARLET, le Jeudi 2 avril 2026 à 15:43, mis à jour le Jeudi 2 avril 2026 à 17:40

Une pétition intitulée "Non à la loi Yadan" a recueilli plus de 80 000 signatures sur la plateforme dédiée de l'Assemblée nationale, dont 30 000 en 48 heures. Au-delà de la mobilisation citoyenne, elle demande aux députés de voter contre la proposition de loi qui sera examinée le 16 février dans l'hémicycle, et qui selon l'auteur de la pétition, opère "un amalgame entre antisémitisme et antisionisme".

Plus de 80 000 signatures, dont 30 000 en 48 heures. La pétition qui dit "Non à la loi Yadan", mise en ligne le 18 février dernier sur le site de l'Assemblée, semble connaître une accélération de son succès. Mercredi 1er avril, le texte porté par Caroline Yadan (apparentée Ensemble pour la République) a fait parler de lui, sa rapporteure ayant fait parvenir un mail à son sujet à ses collègues députés. Elle y disait "compter sur [leur] présence", ayant été envisagé un temps que la proposition de loi soit inscrite à l'ordre du jour de ce jeudi 2 avril.

"Amalgame entre antisémitisme et antisionisme"

Le texte, qui sera finalement bien examiné le 16 avril comme prévu initialement, suscite une franche hostilité, en particulier sur les bancs de la gauche. "Ce texte pose un problème de fond : il repose sur une confusion contestable, et même dangereuse, entre l’antisémitisme, la critique de l’Etat d’Israël et celle de la politique menée par celui-ci", avait notamment jugé Sandrine Rousseau (Ecologiste et social) lors de son examen en commission, quand Gabrielle Cathala (La France insoumise) avait accusé Caroline Yadan "d'essentialiser" la communauté juive en l'assignant à la politique d'Israël.

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La pétition déposée par Alexandre Balasse reprend cet argument d'"un amalgame entre l'antisémitisme et la critique d'Israël (antisionisme)". Amalgame qui n'aurait "rien d'innocent", "en 2025, un tribunal correctionnel [ayant] relaxé une personne accusée d’antisémitisme pour avoir soutenu la cause palestinienne". Selon l'auteur de la pétition, "on peut donc craindre que [le texte] ne cherche à contrer ces relaxes et à obliger les juges à opérer cet amalgame entre antisémitisme et antisionisme afin de faire taire toute critique contre Israël".

Oui, il faut lutter contre l'antisémitisme de toutes nos forces, comme contre toutes les autres discriminations. Mais pas en muselant la liberté d'expression ni en assimilant la communauté juive à la politique de Benjamin Netanyahou. Texte de la pétition mise en ligne sur le site de l'Assemblée nationale

La pétition, au-delà des signatures citoyennes, appelle les députés "à voter contre [cette proposition de loi] liberticide appuyant une politique colonialiste et génocidaire contre les Palestinien.ne.s". La ligue des droits de l'homme (LDH) a lancé la semaine dernière une démarche similaire en proposant une plateforme d'interpellation pour inciter les parlementaires à voter "contre la dangereuse loi Yadan".

Toute personne, de nationalité française ou résidant régulièrement en France peut déposer par voie électronique une pétition sur la plateforme dédiée de l'Assemblée nationale. Par défaut, la date limite de recueil des signatures est fixée à la fin de la législature en cours. En fonction de leur succès et de la volonté des députés de s'en emparer, ces pétitions peuvent être attribuées à la commission compétente sur le sujet concerné, parmi les huit commissions permanentes de l'Assemblée, afin de faire l'objet d'un débat.

Pour les pétitions ayant obtenu au moins 500 000 signatures provenant d'au moins 30 départements ou collectivités d'Outre-mer, la Conférence des présidents peut également organiser un débat en séance publique dans l'hémicycle. A ce jour, c'est l'opposition à la loi dite "Duplomb" qui a été l'objet d'une mobilisation record, avec plus de 2,1 millions de signatures recueillies sur la plateforme de l'Assemblée à l'été 2025. Si un débat dans l'hémicycle a eu lieu le 11 février, à défaut d'une valeur contraignante, celui-ci n'a pas permis d'abroger la loi. Le texte de Caroline Yadan n'ayant pour sa part pas encore été examiné, toute la question réside dans le fait que la mobilisation citoyenne soit en mesure ou non de peser sur le vote des députés.