A huit mois de l'élection présidentielle, un sondage Harris interactive-Toluna a fait réagir dans le bloc central et a quelque peu tendu les rapports entre les équipes de Gabriel Attal (Renaissance) et d’Édouard Philippe (Horizons), talonnés voire devancés par Jean-Luc Mélenchon, et toujours loin derrière Marine Le Pen.
Il n'en démord pas. Dans une tribune publiée dans Le Monde ce mardi 25 août, le maire de Cannes, David Lisnard (Nouvelle Énergie), insiste sur la nécessité d'organiser "une grande primaire ouverte à tous" de la droite et du centre. "Être responsable aujourd'hui, c'est comprendre que sans candidat désigné démocratiquement, la droite et le centre ne seront pas en mesure de l'emporter", affirme celui qui est lui-même candidat à l'élection présidentielle de 2027, et qui a quitté Les Républicains fin mars. "Aucun candidat naturel ne s'impose à droite et au centre", estime-t-il, appelant à regarder la situation "avec lucidité".
La situation justement. Un sondage Harris interactive-Toluna pour M6 et RTL, le premier de cette rentrée politique, a été largement commenté. Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, se hisserait au second tour dans trois des cinq cas de figure envisagés pour le premier tour et pourrait ainsi défier Marine Le Pen (Rassemblement national), qui fait la course en tête.
Surtout, cette enquête montre qu'aucun des candidats du centre et de la droite ne parvient à prendre un ascendant décisif. Le candidat du parti Horizons Édouard Philippe perd trois points en un mois, faisant jeu égal avec Jean-Luc Mélenchon (17%) lorsqu'il est le seul représentant du bloc central. Quant au chef du parti Renaissance Gabriel Attal, il est mesuré entre 14 et 15%, s'il est seul candidat du centre, avec le leader insoumis toujours à 17%. Le représentant des Républicains, Bruno Retailleau, reste de son côté au-dessous de 10% dans tous les cas de figure.
"Édouard Philippe est en train de perdre son pari d'être le rempart au premier tour face à Jean-Luc Mélenchon et au second tour face à Marine Le Pen", a prestement réagi lundi l'entourage de Gabriel Attal auprès de la presse. "On nous avait promis une rentrée avec un candidat qui plierait le match", mais "le jeu est en réalité plus ouvert que jamais", a commenté cette source, qui insiste sur "le plus faible écart jamais enregistré" entre les deux hommes et estime que le sondage "remet un peu les compteurs à zéro". Le même ajoute que "l'enjeu des prochains mois" est de savoir "qui est le candidat leader du bloc central".
Je suis assez surpris par l'immaturité de ces propos dans un contexte où l'esprit de responsabilité et de rassemblement doit prévaloir. le porte-parole d'Horizons, Arnaud Péricard, à l'AFP
De quoi alimenter une confrontation. Les commentaires de Renaissance "n'augurent rien qui aille dans le sens du rassemblement", s'est agacé un soutien d'Édouard Philippe auprès d'Édouard Philippe. "Je suis assez surpris par l'immaturité de ces propos dans un contexte où l'esprit de responsabilité et de rassemblement doit prévaloir", juge aussi le porte-parole d'Horizons, Arnaud Péricard ; quand un autre soutien du maire du Havre tance : "Le principal enseignement (du sondage) c'est que Gabriel a fait de la communication pendant 60 jours et personne n'en a rien retenu."
Cet été, Gabriel Attal avait choisi de rester en "campagne permanente" enchaînant les déplacements, tandis qu'Édouard Philippe – qui est actuellement à La Réunion, après s'être rendu à Mayotte – avait préféré prendre des vacances. Les deux ont, en ce début de semaine, fait des propositions pour l'école, à une semaine de la rentrée scolaire (à lire ici et là).
Le président du groupe Les Démocrates à l'Assemblée nationale, Marc Fesneau a mis en garde lundi sur X contre les "querelles" de personnes. "Le vrai sujet n'est pas l'écart entre telle ou telle candidature, c'est la progression des extrêmes, nos seuls vrais adversaires. De quoi se réjouit-on au juste ?", s'est-il interrogé, avant d'ajouter : "Ce devrait être un électrochoc pour chercher plutôt ce qui nous rassemble et travailler sur le fond. (…) Cherchons à réserver nos attaques et notre attention à ceux qui sont un risque pour la France."
Interrogé par BFMTV ce mardi sur les propos du camp Attal, Édouard Philippe a appelé chacun "au calme des vieilles troupes". "C'est toujours très précieux", a répondu l'ancien Premier ministre. Il retrouvera son concurrent, et cinq autres candidats à l'élection présidentielle (Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Bruno Retailleau, Raphaël Glucksmann et Marine Tondelier) ce jeudi à un évènement de rentrée organisé par le Medef dans l'enceinte de Roland-Garros à Paris.
"Aujourd'hui ce que montre ce sondage, c'est qu'il y a deux candidats qui ont une dynamique, c'est Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, et que pour le reste, il n'y a plus de favori", a pour sa part commenté Gabriel Attal sur LCI mardi soir.
Les deux hommes, en campagne, expliquent depuis plusieurs semaines qu'un "rassemblement" se fera fin 2026 ou début 2027 en fonction des dynamiques – et des sondages ? – constatées. Un "comité de liaison", incluant les différents partis du bloc central (Renaissance, Horizons, MoDem, UDI), a également été mis en place afin de maintenir le lien et de bâtir une méthode de rassemblement. Reste la question du "comment".
(avec AFP)