Audiovisuel public: "Une commission d'enquête ne saurait être un procès à charge", souligne Jérémie Patrier-Leitus

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Jérémie Patrier-Leitus, lors de la dernière audition de la commission d'enquête sur la neutralité de l'audiovisuel public, le 8 avril à l'Assemblée.
Jérémie Patrier-Leitus, lors de la dernière audition de la commission d'enquête sur la neutralité de l'audiovisuel public, le 8 avril à l'Assemblée.
par Adèle Daumas, le Mercredi 8 avril 2026 à 18:31, mis à jour le Mercredi 8 avril 2026 à 18:42

La commission d'enquête sur l'audiovisuel public mène, ce mercredi 8 avril, sa dernière audition en entendant la présidente-directrice générale de France Télévisions, Delphine Ernotte. En ouverture de l'audition, le président de l'instance, Jérémie-Patrier Leitus (Horizons), a dressé un premier bilan des travaux de la commission. 

C'est la dernière séance. Après quatre mois d'auditions, souvent tendues, voire houleuses, les députés de la commission d'enquête "sur la neutralité et le fonctionnement de l'audiovisuel public" mènent, ce mercredi 8 avril, leur dernière audition. Depuis 16h, la patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte, est auditionnée par les membres de l'instance présidée par Jérémie Patrier-Leitus (Horizons). La présidente-directrice générale du groupe public avait déjà été entendue au début des travaux de la commission en décembre dernier. 

En préambule de cette audition, Jérémie Patrier-Leitus a dressé un premier bilan, essentiellement sur la forme, de cette commission d'enquête hautement médiatisée, qui s'est déroulée dans un climat souvent conflictuel avec le rapporteur, Charles Alloncle (Union des droites pour la République). "Viendra le temps de l'analyse, du commentaire et du bilan sur ce qu'elle révèle de notre vie politique", a-t-il estimé, regrettant une "démocratie du spectacle", où "les passes d'armes, les coups d'éclat, retiennent souvent plus l'attention et la lumière que le travail de fond".

"Je prends bien sûr ma part de responsabilité"

"Au terme de notre commission, une question vertigineuse s'impose à nous : que sommes-nous prêts, nous les responsables politiques, à sacrifier pour la reconnaissance, les paillettes, ces accessoires, ces poussières, ces quarts d'heure de gloire ?", s'est-il interrogé, alors que certaines auditions, comme celles de l'animateur Nagui, ou l'homme d'affaires Xavier Niel,  ont tourné à l'anathème et au règlement de comptes entre ceux-ci et le rapporteur. 

Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) a également dénoncé les "attaques, les pressions des réseaux sociaux et même les calomnies", assurant avoir voulu donner "sa place à chacun sans tomber dans la politique spectacle ou l'inquisition politique. Je n'ai pas pu le garantir à chaque instant, je le regrette, et en prends bien sûr ma part de responsabilité."

"Une commission d'enquête ne saurait être un procès à charge"

Alors que Nagui a déposé une plainte contre X pour cyberharcèlement, faisant suite à des propos tenus par Charles Alloncle dans le cadre de la commission d'enquête, le président de l'instance a souligné que "nous, les responsables politiques, n'avons pas le droit de jeter en pâture ou de désigner à la vindicte publique nos concitoyens" et déploré que la commission ait été le "triste théâtre" de telles pratiques.

Et de déclarer : "Une commission d'enquête est un outil puissant, essentiel dans notre travail parlementaire et plus largement dans notre démocratie, qu'il nous faut préserver. Mais il faudra le moment venu en interroger ensemble le fonctionnement et les règles. [Elle] ne peut se substituter au travail des tribunaux, elle ne saurait jamais être un procès à charge. Les insinuations, les diffamations, les accusations sans preuves, les mensonges, ne peuvent [y] avoir leur place sans risque de porter atteinte à la crédibilité de nos travaux."

Des "excuses" aux personnes "qui auraient pu être atteintes dans leur honneur"

Se félicitant du nombre d'auditions - 67 au total - menées avec Charles Alloncle, Jérémie Patrier-Leitus a souligné que 234 personnes avaient été entendues au fil de 200 heures de questions-réponses. Sans oublier de rappeler les "différences politiques nombreuses" et les "différences de méthode fondamentales" qui l'opposent au rapporteur. 

Le président de la commission d'enquête a enfin tenu à s'excuser auprès des personnes auditionnées, "si les propos qui ont été tenus dans l’enceinte de cette commission, ou à l’extérieur, ont pu porter atteinte à leur intégrité, à leur honneur". Il a en outre assuré de "toute [sa] reconnaissance pour leur engagement" les "salariés de l’audiovisuel public, qui ont pu se sentir blesser, remis en cause dans leur travail, leur mission et même attaquer".

A l'issue de l'ultime audition qui a lieu ce mercredi, Charles Alloncle (Union des droites pour la République) aura deux semaines pour rédiger son rapport, qui sera ensuite soumis à l'ensemble des députés de la commission d'enquête