Les responsables des groupes parlementaires - à l'exception de ceux du Rassemblement national et de La France insoumise - seront reçus à Bercy, ce mardi 6 janvier à 17 heures, par les ministres Roland Lescure, Amélie de Montchalin et Laurent Panifous. Le gouvernement veut tenter d'avancer sur le budget, avant la reprise des discussions jeudi en commission des finances.
"Il faut un budget en janvier, il y aura un budget en janvier", car "il est temps de passer à autre chose", a déclaré ce lundi 5 janvier au matin sur BFMTV la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon. En cette rentrée 2026, et après dix jours de trêve des confiseurs, les choses n'ont guère changé pour l'exécutif : il doit toujours faire adopter un projet de loi de finances (PLF) par le Parlement – "au plus vite, en janvier", selon les mots prononcés par Emmanuel Macron lors de ses vœux aux Français le 31 décembre. Les discussions en nouvelle lecture vont débuter cette semaine, jeudi 8 janvier, en commission des finances à l'Assemblée nationale, avant un examen du texte dans l'hémicycle la semaine prochaine.
Faute d'accord en commission mixte paritaire le 19 décembre, les députés repartiront de la version votée en première lecture au Sénat fin novembre, qui portait le déficit public à 5,3% du produit intérieur brut (PIB) en 2026, quand le gouvernement souhaite le limiter à 5% au maximum. En attendant un budget en bonne et due forme, une loi spéciale a été votée le 23 décembre pour assurer la continuité de l'Etat et le fonctionnement du pays. Mais il ne s'agit que d'une solution temporaire qui ne permet pas de nouvelles mesures fiscales, ni de nouvelles dépenses.
Ce mardi, à 17 heures, les ministres Roland Lescure (Economie), Amélie de Montchalin (Comptes publics) et Laurent Panifous (Relations avec le Parlement) recevront à Bercy l'ensemble des groupes parlementaires, à l'exception de La France insoumise et du Rassemblement national, pour tenter de trouver un terrain d'entente. "Cette réunion de travail de fond a pour objectif de mettre à plat les principaux points de blocage identifiés lors de la commission mixte paritaire, afin de rapprocher les positions et de construire des compromis", explique l'entourage des ministres, précisant que sont conviés les représentants des groupes "ayant exprimé la volonté, en responsabilité, de sortir la France de l'impasse budgétaire".
Parmi les mesures qui seront évoquées : l'indexation du barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation, la taxe sur les holdings, la hausse des droits de timbres dus pour la délivrance de divers documents pour les étrangers, la taxe sur les emballages plastiques, ou encore la surtaxe de l'impôt sur les sociétés pour les très grandes entreprises, précise Bercy. "Le Sénat l'a supprimée [la surtaxe], moi, je souhaite qu'on la rétablisse", a affirmé le ministre Roland Lescure dimanche sur FranceInfo. "Nous pouvons avoir un budget de l'Etat voté avant la fin du mois de janvier. Les conditions sont réunies, je sens qu'il y a une volonté d'avancer et d'aboutir de la part des principaux acteurs", estimait le même dans Le Parisien ce week-end.
"Ne faisons pas perdre de temps aux Français pour des raisons politiciennes. (...) Je veux être clair : le budget 2026 n'est pas le premier tract de l'élection présidentielle ou des élections municipales", complétait dimanche sa collègue Amélie de Montchalin dans le JDD. Ce lundi, l'entourage des ministres explique que la réunion avec les groupes parlementaires "confirme la détermination" du gouvernement "à aller au bout du dialogue".
Après les discussions préparatoires et les débats à l'Assemblée nationale viendra l'heure du vote. C'est en tout cas toujours le souhait du gouvernement à ce stade. Et comme sur le budget de la Sécu, le gouvernement comptera notamment sur les socialistes - avec qui les échanges se sont poursuivis pendant les fêtes de fin d'année -, pour faire adopter le budget. Mais les dirigeants du PS ont prévenu : au mieux, les députés du groupe présidé par Boris Vallaud s'abstiendront sur le PLF, alors qu'ils avaient voté en faveur du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). "A ce stade, je ne vois même pas ce qui permettrait une abstention", avait même déclaré le premier secrétaire du parti, Olivier Faure, à la mi-décembre. Quoi qu'il en soit, l'abstention socialiste ne suffirait pas. Il faudrait aussi celle des députés écologistes, en plus du vote "pour" de l'ensemble des députés de l'ex-socle commun (Ensemble pour la République, Les Démocrates, Horizons, Droite républicaine) et du groupe LIOT. Ce qui paraît, au moins pour l'heure, hors de portée.
En cette rentrée 2026, l'une des issues pourrait donc être une non-censure négociée. En effet, si le gouvernement et les socialistes parvenaient à trouver une forme de compromis, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, pourrait alors faire adopter le budget en ayant recours au 49.3 – ce qu'il se refuse toujours à évoquer publiquement – sans tomber lors de la motion de censure qui suivra. Une autre solution, repoussée par le gouvernement, étant l'application du budget par ordonnances. Ce mardi, les ministres de Bercy et leur collègue des Relations avec le Parlement tenteront donc d'avancer sur le fond avec les responsables des groupes politiques avant la reprise des discussions à l'Assemblée nationale.