Casse du Louvre: la commission d'enquête épingle la gestion "discutable et insuffisamment contrôlée" du plus grand musée du monde

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Le musée du Louvre (© Jon Luty / Public Domain Pictures)
Le musée du Louvre (© Jon Luty / Public Domain Pictures)
par Raphaël Marchal, le Mardi 12 mai 2026 à 20:31

Dans son rapport, la commission d'enquête mise en place à la suite du cambriolage du Louvre fustige les "failles" du plus grand musée du monde. Présenté ce mercredi 13 mai, le document rédigé par Alexis Corbière (Ecologiste et Social) souligne notamment que les enjeux de sûreté et de sécurité ont été "relégués au second plan, derrière des objectifs de rayonnement et d’influence".

Sans surprise, le Louvre occupe une place particulière dans le rapport de la commission d'enquête "sur la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées". D'abord parce que cette instance a été mise en place à la suite du spectaculaire cambriolage de l'institution culturelle en octobre dernier. Ensuite, parce qu'au fur et au mesure de l'avancée de ses travaux, la commission est parvenue à une conclusion : symbole de la France à l'étranger, le Louvre est aussi le "révélateur des dysfonctionnements du modèle muséal français".

Si ce n'est que tout y est amplifié, démesuré : avec ses 244 000 mètres carrés - dont 70 000 ouverts au public et ses 9 millions de visiteurs en 2024, le Louvre nécessite le déploiement de "moyens colossaux" pour sa sécurisation. Et l'intendance ne suit pas : le musée est concerné par d'importantes "défaillances" en matière de sécurité, dues en parties à l'obsolescence de dispositifs techniques, ainsi qu'à la configuration des lieux.

-> Lire aussi - Les pistes de la commission d'enquête pour remédier aux "dysfonctionnements" de la sécurité des musées

Les élus de la commission, présidée par Alexandre Portier (Droite Républicaine) et dont le rapporteur est Alexis Corbière (Ecologiste et Social), se sont notamment étonnés, lors d'une visite du musée, de "l’exiguïté" et de la "vétusté des équipements du poste de commandement central". Un élément pourtant essentiel : c'est dans ces locaux que remontent les images de la vidéosurveillance interne et externe de l'établissement.

Des alertes avant le casse

Dans son rapport, adopté à l'unanimité la semaine dernière, Alexis Corbière souligne que cette situation n'avait échappé ni aux personnels du musées, ni aux observateurs extérieurs. Deux audits successifs ont ainsi mis en évidence les faiblesses en matière de sécurité : le premier réalisé par l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (Inhesj) en 2017, le second par le joaillier Van Cleef & Arpels en 2019. Parmi les points d'alerte signalés : l'inexistence d'un schéma directeur de sécurité, ou encore la vulnérabilité des fenêtres de la galerie d'Apollon, qui serviront de point de passage aux cambrioleurs.

L’obsolescence des équipements ainsi que le manque de formation et de mobilisation des agents, dans un climat social particulièrement tendu, ont participé à un affaiblissement du niveau global de sécurité. Rapport de la commission d'enquête

L'élaboration d'un schéma directeur de sécurité a bien été lancée en 2017 par Jean-Luc Martinez, l'ex-président du Louvre (2013-2021). Mais la mise en œuvre de ce plan a accusé "d'importants retards" durant le mandat de sa successeure, Laurence des Cars (2021-2026), souligne la commission d'enquête. Et le rapport de fustiger "l'attention insuffisante" portée par la direction aux sujets de sécurité, mais aussi "l'hyperprésidence" qui a transformé les conseils d'administration en "chambres d'enregistrement".

Pour autant, la commission d'enquête juge que la direction n'est pas la seule responsable. Le ministère de la Culture aurait dû s'alarmer des retards pris sur une question aussi cruciale, alors même qu'il avait été tenu au courant des difficultés rencontrées par le musée, souligne le rapport. Cette absence de réaction illustre la nécessité que le ministère "joue pleinement" son rôle de tutelle, en lien avec la place Beauvau concernant les sujets de sécurité.

Le rayonnement avant la sécurité

Autre phénomène dénoncé par la commission d'enquête : les enjeux de sécurité ont été délaissés au profit des "objectifs de rayonnement et d’influence, érigés en priorités". Dans la lettre de mission adressée à Laurence des Cars, "la question de la sûreté et de la sécurité est quasiment absente, abordée essentiellement à l’aune de la conservation des œuvres et du récolement", pointe Alexis Corbière dans son rapport.

Si une leçon doit être tirée du vol du Louvre, c’est donc bien l’impérieuse nécessité d’assurer un suivi rapproché et régulier des grands établissements, gardiens de la mémoire nationale. Rapport de la commission d'enquête

En parallèle, la commission note qu'une politique d’acquisitions ambitieuse a été menée. Entre 2018 et 2024, le Louvre a ainsi mobilisé 105,4 millions d'euros pour enrichir ses collections, et 63,5 millions d'euros pour des aménagements muséographiques ; contre 26,7 millions d'euros pour la mise en œuvre de travaux d'entretien et de mise aux normes, et 59,5 millions d'euros pour des travaux de restauration. Si le rapport ne s'oppose pas à l'acquisition de nouvelles œuvres, il souligne que cette politique "ne peut s’effectuer au détriment de la sécurisation des collections déjà en dotation".

En février 2026, Laurence des Cars a démissionné de la présidence du Louvre, et a été remplacée par Christophe Leribault. Les joyaux de la Couronne, dérobés en octobre 2025, n'ont pour le moment toujours pas été retrouvés.