Audiovisuel public: Delphine Ernotte face aux accusations et règlements de comptes pour la dernière audition de la commission d’enquête

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Delphine Ernotte à l'Assemblée, le 8 avril 2026
Delphine Ernotte à l'Assemblée, le 8 avril 2026
par Raphaël Marchal, le Mercredi 8 avril 2026 à 20:30

La commission d'enquête sur l'audiovisuel public a achevé son cycle d'auditions en entendant ce mercredi la patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte. Cette ultime audition a donné lieu à des échanges tendus entre la dirigeante et le rapporteur Charles Alloncle, dans la lignée du déroulé de la commission d'enquête.

Clap de fin pour la commission d'enquête sur l'audiovisuel public. L'instance présidée par Jérémie Patrier-Leitus (Horizons) a achevé ce mercredi son cycle d'auditions avec celle de la présidente-directrice générale de France Télévisions. Delphine Ernotte avait déjà été entendue en décembre, parmi les premières personnalités auditionnées. C'était avant la survenue de nombreuses auditions tendues, qui se sont multipliées au fil des semaines.

Cette dernière étape avant la période de rédaction du rapport n'a pas dérogé à la règle. Des échanges parfois vifs ont eu lieu entre la patronne de France Télévisions et le rapporteur de la commission, le député ciottiste Charles Alloncle. Le différend s'est d'abord tenu sur les chiffres, l'élu UDR reprochant à France Télévisions sa situation financière et son poids pour les finances publiques, affirmant que les dotations publiques de l’État ont augmenté de "136 millions d'euros entre 2015 et 2024".

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"France Télévisions coûte aujourd'hui 600 millions d'euros de moins aux Français qu'il y a dix ans", en euros constants, a martelé Delphine Ernotte. "France Télévisions coûte aujourd'hui un peu moins de 3 euros par mois aux Français, quand il coûtait pratiquement 4 euros il y a dix ans", a-t-elle poursuivi. Avant de reprocher à l'élu un "procédé manipulatoire", celui de "mélanger chiffre d'affaires et dotation publique" et d'additionner le contenu de deux rapports de la Cour des comptes, sans le préciser. "Ca fait 30 ans que je manage des entreprises. Je commence à mal le prendre", s'est-elle agacée.

"Des accusations très graves"

La discorde s'est poursuivie lorsque Charles Alloncle est revenu sur une affirmation de Jacques Cardoze, ex-présentateur de "Complément d'enquête", qui avait évoqué l'existence de "protocoles d'accord particulièrement onéreux" visant à "acheter le silence de victimes ou de témoins de déviances sexuelles". "Vos accusations sont extrêmement graves", a rétorqué Delphine Ernotte, demandant au rapporteur s'il détenait des preuves.

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Le député UDR a alors a affirmé qu'il avait reçu le témoignage d'une ancienne salariée licenciée après avoir dénoncé des faits d'agression sexuelle en 2009, et qu'il prévoyait de faire un signalement à la justice. La dirigeante s'est alors étonnée que Jacques Cardoze, qui n'a quitté France Télévisions qu'en 2021, ait attendue autant de temps pour parler de ces faits. Avant de réaffirmer n'avoir "aucune tolérance" pour les faits de harcèlement, moral ou sexuel.

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Même opposition entre les deux personnalités concernant des faits de "pantouflage" dénoncés par Charles Alloncle, qui a cité les cas d'anciens salariés ayant partagé leur temps entre France Télévisions et des sociétés de production audiovisuelle. Ou encore d'Arnaud Ngatcha, directeur des opérations spéciales de France Télévisions, élu adjoint d'Anne Hidalgo à la mairie de Paris, en cumulant "deux emploi à temps plein". "Si vous voulez que tous les élus locaux perdent leur boulot, voient leur rémunération baisser, changez la loi", lui a objecté Delphine Ernotte, tout en lui reprochant de "jeter des gens en pâture".

"Une société du spectacle"

Plus généralement, cette dernière audition a permis à plusieurs élus de procéder à un premier bilan de la commission d'enquête. Nombre d'entre eux ont affiché leur amertume. "A la place du spectacle déplorable et des polémiques suscitées, les auditions auraient dû faire davantage la lumière sur des interrogations de fond", a déploré Céline Calvez (Ensemble pour la République). La commission d'enquête aura "un peu été la quintessence de la société du spectacle : le buzz, le trash, le clash, les fake news, les approximations", a regretté Emmanuel Maurel (Gauche démocrate et républicaine).

Charles Alloncle dispose désormais d'une quinzaine de jours pour rédiger ses conclusions et ses recommandations, à partir de la soixante d'auditions réalisées. Les commissaires doivent voter le 27 avril pour ou contre la publication du rapport. En cas d'absence de feu vert, le document ne pourra pas être rendu public.