Emmanuel Macron estime que son successeur à l'Élysée devra forcément "reprendre le chantier des retraites", alors que la réforme Borne, portant l'âge légal de départ à 64 ans, a été suspendue lors des négociations budgétaires avec les socialistes. Mais que proposent les candidats à la présidentielle de 2027 sur ce sujet ?
Interrogé sur France 2 hier, jeudi 18 juin, Emmanuel Macron l'a assuré : celui qui lui succédera à l'Élysée en 2027 devra "reprendre le chantier des retraites". "C'est indispensable dans un pays qui vieillit", estime le chef de l'État, pour qui "ne pas faire cette réforme serait "hypocrite", car "c'est le plus grand poste de dépenses publiques". Au cours de ses deux quinquennat, l'actuel président de la République n'a, quant à lui, pas réussi à mettre en place sa promesse initiale d'un "système universel" de retraite.
Une première tentative de réforme correspondant à cette promesse a d'abord été "suspendue" en 2020 en raison de l'épidémie de Covid puis abandonnée. En 2023, c'est une autre réforme - celle qui reporte l'âge légal de départ en retraite de 62 à 64 ans - qui est votée, avant d'être suspendue au cours de l'automne 2025 pour permettre au gouvernement, sans majorité à l'Assemblée nationale, de trouver un compromis budgétaire avec les socialistes.
"Je n'ai pas été suivi en totalité sur la question des retraites", a reconnu Emmanuel Macron, se disant même "obligé de constater" que la dernière réforme "n'a pas été [ni] acceptée [ni] soutenue" et que la "majorité parlementaire" issue des urnes après la dissolution de 2024 "est revenue dessus". "Je le déplore à titre personnel, mais c'est la vie démocratique", a-t-il réagi.
Alors que proposent celles et ceux qui briguent l'Élysée ? LCP fait le point sur les propositions des différents camps politiques.
C'est au Rassemblement national que la question semble la plus embarrassante et la réponse la plus confuse. Le patron du parti, Jordan Bardella, a jeté un pavé dans la mare en glissant à la presse allemande début mai que son parti était "en train d'examiner la question" d'un relèvement de l'âge légal. Alors que Marine Le Pen a tenté d'éteindre le feu et réaffirmé la position totémique du parti – revenir à 62, voire 60 ans, avec 40 à 42 années de cotisation –, Jordan Bardella persisté. "L'âge légal ne veut rien dire, ce qui compte c'est la durée de cotisation", a-t-il affirmé en promettant de présenter bientôt "un nouveau système".
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La suppression de l'âge légal, c'est ce que propose Gabriel Attal. "Le sujet n'est plus de savoir si c'est 62, 63, 64 ans. La question de l’âge légal ne sert plus à rien", a déclaré l'ancien Premier ministre sur RMC le 1er mai. Le patron de Renaissance veut se concentrer sur la durée de cotisation, avec "de vraies décotes et de vraies surcotes", estimant que "ça donne plus de liberté aux Français".
Son principal rival du bloc central, Édouard Philippe, qui avait été chargé de mener la première tentative de réforme d'Emmanuel Macron, est hostile à cet abandon de l'âge légal, ne croyant pas "au système dans lequel on renvoie à chacun la possibilité d'équilibrer collectivement le système". Associé par ses adversaires à la retraite à 67 ans pour en avoir évoqué l'idée il y a quelques années, le président d'Horizons expliquait fin mai sur France Inter "que nous allons tous devoir travailler un peu plus longtemps", mais "peut-être pas de façon uniforme tout le monde dans les mêmes conditions jusqu'à 67 ans".
Du côté des Républicains, Bruno Retailleau défend l'idée de repousser l'âge de départ à la retraite à 65 ans, position qui était déjà celle de Valérie Pécresse en 2022.
A gauche, le Parti socialiste souhaite, dans son projet présidentiel, ramener l'âge légal à 62 ans sans en faire "le critère central du système". Il propose une durée de cotisation fixée à 43 ans, "réductible en fonction de la pénibilité des métiers". Le presque-candidat Raphaël Glucksmann (Place publique) ne veut pas à ce stade s'avancer sur "une réforme détaillée", mais a indiqué début juin sur FranceInfo qu'il ne fera pas de l'âge légal "le totem absolu" et se concentrera "sur la durée de cotisation et la pénibilité du travail".
Pour La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon continue quant à lui de défendre "le retour au droit à la retraite à 60 ans pour 40 ans de cotisation". Il a d'ailleurs renouvelé cette promesse lors de son premier meeting de campagne à Saint-Denis le 7 juin.
À noter que si aucune nouvelle mesure n'était votée dans les mois qui suivront l'élection présidentielle, la réforme Borne reprendrait son cours en 2028 pour aller progressivement vers les 64 ans concernant l'âge légal de départ et 43 annuités de cotisation. Depuis la suspension de cette réforme, l'âge légal de départ est bloqué à 62 ans et 9 mois avec 170 trimestres de cotisation (42 ans et demi).
Dans son rapport annuel, qui date de la semaine dernière, le Conseil d'orientation des retraites (COR) prévoit désormais un déficit du régime de retraites de 2,4% du PIB en 2070, une nette hausse par rapport au 1,4% qu'il prévoyait l'année dernière. La dégradation s'explique principalement par la baisse de la natalité française, l'hypothèse de taux de fécondité passant à 1,45 dans l'édition 2026 du rapport, contre 1,8 dans celle de 2025.